Le putsch au Honduras en dessins

L'espoir que les putschistes aux commandes du Honduras depuis la fin juin rendent les armes s'éloigne. Samedi 17 octobre, le gouvernement fantoche a mis fin aux négociations en refusant le retour du président élu démocratiquement à la tête du pays en 2006.

L'espoir que les putschistes aux commandes du Honduras depuis la fin juin rendent les armes s'éloigne. Samedi 17 octobre, le gouvernement fantoche a mis fin aux négociations en refusant le retour du président élu démocratiquement à la tête du pays en 2006. Il y a une semaine, la police a même posté des tireurs d'élite autour de l'ambassade du Brésil à Tegucigalpa, où s'est réfugié le chef de l'Etat Manuel Zelaya le 21 septembre. Comment le pays en est-il arrivé là ? Délicate et graphique remise en contexte de Dan Archer et Niki Saval de l'université de Stanford.

« Au début du XXe siècle, la United fruit company (devenue Chiquita) et Standard fruit (devenue Dole) ont la mainmise sur la plupart des pays d'Amérique centrale. Quand ses intérêts sont menacés par la réforme agraire de Jacobo Arbenz au Guatemala, United Fruit installe le dictateur Carlos Armas, parachuté depuis le Honduras voisin. Dans les années 1970 et 1980, les multinationales du fruit facilitent l'installation de bases militaires américaines qui permettront de lancer des opérations depuis la région.

 

C'est depuis le Honduras que Ronald Reagan lancera ses opérations contre les sandinistes au Nicaragua et mettra l'Amérique centrale à feu et à sang. Bilan : 50.000 morts et un demi-million de réfugiés. L'ambassadeur américain John Negroponte transforme le Honduras en enclave militaire. (En 2004, il est nommé ambassadeur en Irak.] En 1982, le personnel de l'ambassadeur répertorie 300 cas d'abus des droits humains, mais John Negroponte omet de les mentionner dans ses rapports. Quand la guerre civile prend fin au Nicaragua en 1990, l'aide militaire et au développement au Honduras s'assèche. En 2000, c'est l'un des pays les plus endettés d'Amérique latine.

 

Elu en 2006, le centriste Manuel Zalaya semble prêt à servir les intérêts du monde des affaires. Pourtant, sous l'impulsion de forces populaires il augmente les salaires de 60% et engage des discussions sur une réforme agraire. En juillet 2008, il rejoint les huit pays du bloc anti-libéral Alba. En mars 2009, il propose la tenue d'un référendum pour une nouvelle constitution... Date prévue : 28 juin 2009.

 

Roberto Micheletti prend le pouvoir par la force. Son conseiller spécial Billy Joya Amendola est un pur produit de l'Ecole des Amériques. [Grâce aux techniques françaises développées pendant la guerre d'Algérie, près de 60.000 militaires latino-américains ont été formé par le Pentagone pour mener des « guerres subversives » contre tout gouvernement latino-américain basculant à gauche.] Joya a même suivi des stages « post-doctoraux » au bataillon 3-16 coupable des pires exactions contre les opposants de gauche. Même si les Etats-Unis n'ont pas, pour une fois, fomenté ce coup, le monstre est devenu incontrôlable. L'administration soutient Zelaya, mais n'a toutefois pas qualifié le coup d'Etat de « militaire » et demandé que le président du Honduras soit rétabli dans sa fonction. »

 

 

L'Alliance bolivarienne pour les Amériques (ALBA) réunie en sommet le 18 octobre 2009 en Bolivie regroupe le Venezuela, Cuba, le Nicaragua, l'Equateur, la Bolivie, la Dominique, Saint-Vincent, Antigua et Barbuda et le Honduras. Le Paraguay étudie une éventuelle adhésion.

 

Dan Archer est journaliste (www.archcomix.com) et instructeur à l'université de Stanford University. Nikil Saval est un doctorant à l'université de Stanford University et rédacteur au n+1 magazine (www.nplusonemag.com).

 

 

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