D'une lucarne l'autre – De Public Sénat à Ruquier

 

 Ces dernières 48 heures, deux émissions "lucarnières" assez éclairantes en matière de mœurs  politiques ont été offertes à notre libre appréciation.

Commençons par la plus sérieuse, celle de Public Sénat relative à l'affaire TAPIE, ou plutôt aux "affaires" du personnage.

Un journaliste investigateur dont je ne chanterai pas la louange pour ne point paraître trop flagorneur, journaliste dont il me faut cependant reconnaître qu'il fut clair, méthodique, scrupuleux en ses affirmations, implacable en ses conclusions, nous donna des  l'affairiste en question une description fort exhaustive en même temps que précise et argumentée.

S'il n'est pas question ici d'ajouter à l'adresse du Rastignac vieillissant l'invective ou l'expression des sentiments qu'il inspire, il ne me paraît pas inopportun de dresser quelques constats d'évidence :

- Lorsque certains parlent d'UMPS, il n'y a pas lieu de trop se scandaliser lorsque l'on apprend (ce que l'on savait déjà, mais qui est ici brillamment et méticuleusement exposé) que de Mitterrand à Sarkozy le bougre a su tisser un réseau relationnel remarquable de continuité autant que d'efficacité.

- Lorsque l'on constate les bredouillis répétés de dame Lagarde, l'on se demande comment les Français peuvent envisager de faire de cette personne une éminente compétitrice présidentiable.

- Lorsque l'on apprend qu'une sorte de camarilla (j'ai failli écrire camorrilla) sarkozienne aurait organisé dans un palace marocain "una  preparazione preventiva" (l'italien s'impose), on relativise fortement les quelques certitudes innocentes qui nous restaient quant à la probité ou l'intégrité de ceux qui naviguent dans les sphères du pouvoir.

L'exposé rigoureux de ces turpitudes effectué par l'investigateur, et les pertinentes observations d'un autre intervenant, spécialisé en "droit des arbitrages", m'ont heureusement donné à penser qu'il existait encore quelques "chevaliers blancs" dans le paysage médiatique et civique français.

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Le lendemain, je me suis aventuré chez Ruquier, bien qu'assuré de devoir supporter  comme à l'ordinaire les criailleries aussi véhémentes  que généralement stupides de la questionneuse de service, et les développements amphigouriques de son compère. Je ne voulais rien manquer des propos  de la "femme politique" qui nous était promise ce soir là.

A l'annonce de sa candidature aux primaires "républicaines" (on pardonnera mon obstination à utiliser les guillemets en la matière) je n'ai pu m'empêcher de rire (et de me gausser)  aussi bien  intérieurement qu'extérieurement.

Et puis je me suis demandé s'il ne s'agissait pas là d'un simple stratagème, ou d'une mise en scène digne de  quelque commedia dell arte, montée de toutes pièces  par maître Sarko et sa servante Morano.

Expliquons nous : si d'aventure la dame donnait suite à ses actuelles velléités, son langage et son propos valoriseraient de facto  son gourou Nicolas.

- Il n'aurait aucune peine à paraître plus intelligent et plus cultivé qu'elle malgré son propre déficit en ce qui concerne la seconde qualité.

- Il paraitrait surtout, dans la perspective d'un recentrage, moins excessif et plus "humain" que notre héroïne en matière de politique migratoire, car plus extrémiste et plus péremptoire qu'elle en ce domaine, " faut le faire" comme dirait un habitué de Café du Commerce.

Ceci étant, bien qu'elle se soit évertuée à paraître ce qu'elle n'est pas, ou le contraire de ce qu'elle est, la Nadine n'a dû convaincre que les jocrisses et les benêts.

Elle aurait désiré que l'on  retienne également d'elle que désormais elle était reçue par les "grands" du Liban et de Jordanie, qu'elle n'hésitait pas à visiter quelques camps de réfugiés et qu'elle avait acquis de petites lumières en matière de politique étrangère.

Las ! Ses progrès ne me sont guère apparus avec évidence,  bien que Ruquier ait suggéré qu'elle pouvait raisonnablement  envisager, Sarko revenu au pouvoir, de ne plus stagner dans des secrétariats d'État sans relief,  ou des sous-ministères sans grandeur, mais qu'elle pouvait derechef prétendre au prestigieux ministère des affaires étrangères.

Ceci dit, ce soir là chez Ruquier, si Nadine a tout de même pu paraître quelques instants moins vulgaire et moins "madame sans-gêne" qu'à l'ordinaire, elle a également pu, à côté du journaliste de "Valeurs Actuelles" laudateur de Torquemada Zemmour, et pour qui Marine Le Pen est "trop à gauche", donner la fugitive impression qu'il y avait pire.

 

PS 1 : S'agissant de Morano, je m'étonne tout de même qu'étant elle-même, à ce qui se dit, fille d'immigrée piémontaise,et  portant par ailleurs le nom d'un village de Calabre, elle puisse se montrer aussi "expéditive" et intransigeante en matière de "migrance." Il est vrai d'une part que l'on trouve toujours plus immigré que soi et que, d'autre part,  tout immigré "installé" se montre généralement très exclusif (c'est le cas de le dire) à l'encontre des néo-arrivants.

Nous noterons qu'en présence d'un invité de race jaune, après avoir clamé que la France était un pays de race blanche et devait le rester, retrouvant un peu de sa délicatesse coutumière, notre pasionaria sut confier à ce dernier qu'elle lui trouvait un teint assez blanc malgré ses origines. C'est du moins ce que j'ai cru saisir de son acte de contrition.

P.S 2 : il ne me déplaît pas, j'en conviens, de voir en Zemmour un nouveau Torquemada. La connaissance biographique du célèbre inquisiteur permet un tel rapprochement.

 

 

 

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