Candide, le retour…
Métisse afro-asiatique, intégrée en France depuis ma naissance, dans un milieu relativement privilégié à l’époque, je me suis toujours sentie française (hormis les quelques années passées à l’étranger).
Mais depuis quelques temps, quelque chose a changé au pays de Voltaire…
Auparavant la France avait le cœur assez vaste pour englober les citoyens du Monde qui comme moi ont des semelles de vent. C’était même une de ses marques de fabrique, comme un creuset alchimique.
Picasso y avait posé ses valises. Marie Curie y faisait éclore son génie. Frédéric Chopin s’y épanchait.
Personne, non personne n’aurait songé un seul instant à les renvoyer dans leur pays d’origine…
La couleur de peau n’était pas un obstacle non plus, mais une chance pour qui a lu les vers affûtés des écrivains de la négritude armés de leur plume émancipatrice : Césaire, Senghor…
Camara Laye a donné à la francophonie une aura toujours plus vaste.
Peter Brook a revisité les classiques. Djibrill Diop Mambéty a redonné à la tragédie sa dimension universelle.
La liste est en réalité beaucoup plus longue, de tous ceux qui ont fait la France.
La frontière, la véritable frontière est celle des valeurs. La frontière est avant tout symbolique.
Je suis définie comme immigrée par opposition aux Français de souche. C’est un concept très nouveau pour moi. Je n’ai une étiquette sur le front qu’à partir du présupposé de notre opposition intrinsèque.
Sans cette opposition, je ne suis qu’une citoyenne comme les autres. Et comme tout être humain, je suis en quête de sens.
L’identité, qu’elle soit ethnique, raciale ou nationale est un questionnement universel.
Cependant, il y a plusieurs optiques :
- Celle étriquée qui se définit par opposition à l’Autre, l’ennemi potentiel
- Celle plus perméable qui se définit comme un jeu de poupées russes de plusieurs appartenances imbriquées entre elles
Seule la seconde approche me semble viable dès lors qu’on espère un jour sortir des guerres et des conflits incessants.
Seule cette seconde approche englobante rend compte de la complexité de nos identités composites.
Je suis donc d’origine afro-asiatique, franco-anglaise par la naissance et par le cœur… Sur mon âme est tatouée mon appartenance aux peuples premiers, fils et fille de la Terre-Mère.
Merci
Maï Kouyaté