Catastrophes plus ou moins naturelles

Pendant que certains se demandent comment sauver des vies, d'autres planifient comment en supprimer, quand ce n'est pas la majorité qui n'y pense même pas. Il est difficile d'imaginer pourquoi nous devrions pleurer davantage quelqu'un qui décède parce qu'il fait partie de notre voisinage, plutôt que parce qu'il a été assassiné dans une université kenyanne, ou encore tué par accident dans une catastrophe naturelle au Népal.

Le plus dur reste de tolérer la détresse de ceux qui restent après avoir perdu leurs proches. Par accident, maladie ou meurtre, au bout il y a cette ablation d'une partie de soi accompagnée d'un sentiment d'injustice. La vie est injuste donc, puisque tout cela existe dans la vie. Alors comment envisager de pouvoir vivre heureux, en attendant la condamnation ultime de la mort pour chacun d'entre nous? Essayons peut-être de ne pas frustrer nos rêves et de nous rendre utiles et généreux en faisant de notre mieux pour tenter de dénouer cet antagonisme, de supporter l'existence.

Seulement le laisser-aller général est si puissant, le monde va tellement de travers, qu'il devient impossible d'avoir ne serait-ce qu'un millième de conscience de ce qui s'ébranle devant nous. Alors il ne faut pas oublier qu'il en est de même pour ce qui est simplement sublime - bonté, nature, créativité, fraternité... Si se concentrer pour réduire l'injustice autour de soi peut paraître une tâche incommensurable et faire perdre la raison à plus d'un, on pourrait dire aussi que s'occuper de relever et nourrir les merveilles qui nous entourent est une immense occupation qui, elle, ranimera les troupes. Rien de tel qu'un bon yin yang pour s'en sortir, donc.

C'est ce même équilibre qui devrait être enseigné afin de permettre aux utilisateurs de ne pas disparaître dans le virtuel qui nous absorbe. Les idées que l'on dépose sur la toile ont beau être réelles, elles devraient ne pas se faire tisser entre elles pour y rester, mais plutôt tremper tout le tissu afin de circuler entre les vraies vies, tout simplement. Et empreints de cette conscience de vivre, de grands groupes de personnes ne pourraient que réagir lorsque la propagande dicte de s'enorgueillir d'avoir encore vendu des Rafale - comme de la fierté du passé napoléonien, des colonies ou des victoires de Louis XIV - ou qu'elle passe sous silence le terrible danger qui nous guette tous avec les incendies actuels autour de Tchernobyl - comme celui qui caractérise le principe de tout joujou produisant de l'énergie nucléaire, ou celui qui consiste à consommer des produits d'origine artificielle, industrielle et sans éthique, qui additionnés, engendrent au bout le déréglement climatique le plus déplorable de l'Histoire.

Finalement, de Pierre Rabhi à Paul Hellyer, en passant par Etienne Chouard et Jeremy Rifkin, où que se situe l'optimisme et l'idée d'un complot mondial, il est un principe de réalité observée qui ne devrait laisser aucune conscience indifférente. L'assoupissement des masses asservies est un cercle vicieux exponentiel vers une autodestruction individuelle puis globale, à travers les agissements contre notre santé physique et mentale, contre notre milieu de vie, menant aux conflits et à l'injustice. Si quelqu'un considère cela intolérable, c'est qu'il fait partie de la brèche capable d'agir puisque capable de voir que par exemple l'intelligence de la communication non-violente n'existe plus chez les dirigeants corrompus par l'argent et le pouvoir, voire même déchus et capturés dans l'antre du commerce, dans laquelle essayer de se décoller peut être synonyme de mort rapide. Leurs décisions riment plutôt avec les caprices et l'égocentrisme, le désir immédiat d'enfants de moins de 3 ans. Alors qui préfère les mensonges qui maquillent aux vérités qui réveillent? Soyons la société qui a mieux à faire que de se laisser mutiler par des modèles sans empathie et des produits qui se font soi-disant indispensables.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.