Le vote… utile ?

Si tous les signaux précédents ne suffisaient pas, nous atteignons le point où ne pas agir revient à de la pure inconscience ou à de la véritable irresponsabilité. Les résultats d’un deuxième tour de régionales ne peuvent plus soulager les inquiétudes, mais l’ensemble des deux tours doit sans nul doute nous aider à prendre définitivement le pouvoir.

Il est évident qu’il devient de plus en plus insupportable d’envisager le « vote utile » tout comme le « vote contre », et que ce qui est terrifiant reste que le « vote sincère » devienne une utopie pour certains.

Et pourtant.

Eviter de sauter à pieds joints dans une piscine d’élus d’extrême droite est certes indispensable, parce qu’on y perdrait tellement pied que le risque de noyade emporterait la donne. Mais cela n’empêche que nous sommes malgré tout déjà engouffrés dans un système qui ne nous représente plus depuis bien longtemps, et que le fossé entre les personnes politiques et nous est abyssal. Alors on peut chercher le pourquoi du comment de tant d’absurdité accumulée, comment la modernité n’a pas été suivie par les traditions etc. etc. etc.

C’est là que je dis stop : se pencher sur des recherches d’explications est aussi attribuer aux énarques une place qui n’est même pas celle qu’ils prennent. Nos gouvernants et autres postulants à gouverner sont non seulement déconnectés du peuple, ils sont aussi tout bonnement façonnés par la finance et son absence d’éthique, sa soif intarissable de profit et son opportunisme immédiat démuni de conscience d’avenir. Et nous espérons que dans une COP ils prennent des décisions révolutionnaires ? Qu’ils proposent des programmes politiques révolutionnaires ? Que leur propagande soit de l’honnêteté affichée ?

Il est peut-être largement temps que de manière active notre bon sens prenne le dessus et que nous ne suivions pas leurs manières, ni pour aller dans leur sens ni pour les représenter - ce qui justifierait sinon encore plus leurs agissements crapuleux ou capitalistes.

Voter actuellement ne permet pas d’élire des dirigeants, mais permet juste de choisir à quelle vitesse on veut faire couler la barque.

Le monde du libre-échange ouvre les portes des pires injustices, généralise l’extrémisme qui s’auto-engendre et s’encourage entre fascisme et terrorisme, poussera encore et encore le dérèglement climatique jusqu’aux catastrophes naturelles les plus inattendues, tant que le choix du bon sens individuel, culturel et empathique ne sera pas à la mode.

Car c’est là que réside notre vote véritable, celui qui rendra le monde meilleur : tenir compte de ce qui arrive, voir que cela nous concerne tous, où que cela se passe dans le monde ; ne plus ignorer ni tolérer jusqu’aux plus petites injustices les plus proches, et partager ces informations pour offrir au plus grand nombre des parts de liberté.

Nos actes, aussi minuscules soient-ils, façonnent et nourrissent nos aspirations. C’est mathématique : lorsque je cautionne, contribue et investis dans ce qui ne ressemble pas au monde que j’attends, il ne faut pas espérer que Superman vienne nous sauver.

C’est nous qui avons tout le pouvoir, car même les plus grosses multinationales ne seraient personne sans nous.

A nous de situer l’éthique de nos quotidiens personnels sur l’échelle de nos choix.

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