Souvenir - ذاكرة


Activiste syrien de 28 ans, originaire de Douma en banlieue de Damas, Majd Aldik a fui la Syrie fin 2014. En attente du statut de réfugié politique, il publie une chronique cet été sur Mediapart dans le cadre de l'opération OpenEurope.

 

J'attends le regroupement familial, ou la mort orpheline, depuis que suis devenu un réfugié Syrien en Turquie. Car j'ai le mérite d'avoir réussi à franchir l'épreuve des sept déplacements consécutifs… Je porte désormais avec eux le poids de la faute de cet homme qui a essayé de m'aider et qui est mort après avoir perdu son sang dans les bras de mon fils. Il était avec lui quand l'obus d'Assad fils l'a touché, juste avant d'arriver chez moi… Mon fils a continué sa route vers moi, son sang sur les mains, celui de cet homme qui est parti silencieusement vers sa dernière demeure. 

J'étais jeune quand j'ai construit ma maison pierre par pierre, sur la terre de mon père. Après mon 74ème anniversaire, la vie s'y est arrêtée. J'ai été vaincu par ces missiles dont j'ai entendu dire qu'ils étaient interdits…ils m'ont obligé à fuir après que j'ai vu le sang des gens de mon quartier couler devant ma maison, transportant avec lui la voix des blessés dont personne n'a entendu parler, à part les consciences de ceux qui ont pu respirer l'odeur de leur sang brulé. 

J'ai emporté dans mes oreilles le bruit du massacre loin de mes voisins, de ceux qui ont survécus. La mort dirigée par Bachar Al Assad et ses adeptes s'est chargée des âmes de ceux-là qui dormaient en bonne santé sous leur toit pour les transformer en poussière. Mon neveux était parmi eux, il va ce mois-ci célébrer ses deux ans de paralysie allongé sur un lit, du fait d'un éclat d'obus. 

Vieux, apeuré, fuyard, je compte mes derniers jours car je n'ai plus la capacité de nager et de m'accrocher à ces barques de la mort depuis que la courbure de mon dos a dépassé les 50 degrés. J'ai perdu l'ouï et, avec, j'ai perdu le désir d'entendre la voix de mes fils. Ils sont partis loin de moi dans l'espoir d'un regroupement familial… qui pourra enfin clore ce périple qui ne fait que m'éloigner de mon rêve de rentrer mourir chez moi. 

C'est le souvenir sanglant d'un vieillard Syrien.

 

منتظرا لم شملي  أو الموت يتيما  بعد ان تطورت  الى مرحلة اللاجئ السوري في  تركيا لتجاوزي بجدارة تلك النزوحات السبع المتوالية..  حاملا  معها  خطيئة  ذلك الرجل الذي حاول مساعدتي  والذي مات بعد ان نزف بين ذراعي ابني الذي كان معه  بقذيفة الأسد الابن  قبل ان يصل الى بيتي .. ليكمل ابني الطريق باتجاهي حاملا بين يديه  دماء ذلك الانسان الذي رحل بصمت الى مثواه الأخير

أرض أبي وبيتي الذي بنيته حجرا فوق حجر في  سنوات شبابي أتممت فيهم عيد ميلادنا الرابع والسبعين  ليتوقف الزمن عندها  , بعد هزيمتي امام  تلك الصواريخ التي كنت  أسمع انها محرمة .. و التي  أجبرني  على الهرب بعد ان  شاهدت دماء أبناء حارتي تسيل أمام منزلي ومعه صوت ألنازفين الذي لم يسمع بهم الا ضمير من اشتم رائحة دمائهم المحترقة

حاملا في أذني صوت المجزرة  بعيدا عن أبناء حارتي ممن نجى من الموت بعد أن تكفل الموت الذي يديره بشار الاسد ومن والاه بأرواح من كانوا ينامون تحت بيتهم سالمين قبل أن تسويها رميم , ومعهم ابن اخي الذي أصابته شظية جعلت منه مع اكتمال هذا الشهر يمضي السنتين على سريره مشلولا

 

عجوزا خائفا هاربا أعد أيامي الأخيرة  فاقدا لقدرتي على السباحة و اعتلاء قوارب الموت منذ ان تجاوز انحناء ظهري الخمسين درجة  ومعه سمعي الذي فقدته و أفقدني معه شهوة  الاستماع لصوت ابنائي الذين  رحلوا عني أملا بلم شملي ..  لتكتمل معها مسيرتي بالابتعاد عن حلمي بالعودة للموت في بيتي

تلك ذاكرة دموية لعجوز سوري 

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