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Billet de blog 13 nov. 2012

What Canaille I Do ?

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Le pardon nécessite le labourage du cœur endurci par l’hiver des affres. Il faut cultiver la terre du cœur, le rendre meuble afin de le préparer à recevoir la graine semée par notre main blessée, mais originellement généreuse. Il faut bien souvent des années pour que le pardon devienne un arbre qui donne des fruits mûrs ; accepter et affronter les diverses intempéries qui ravagent le champ de notre bonté d’âme. Mais qui persiste à semer l’empathie et la compassion récolte toujours la maturité et la perspicacité du cœur, la finesse et la subtilité de l’esprit.

L’homme qui n’arrive pas à se pardonner et l’homme qui ne veut pas se pardonner sont deux hommes différents. Le premier n’a pas les outils. Il a besoin d’apprentissage pour s’exercer à l’art de l’agriculture existentielle. Il a besoin de mettre sa vie en jachère. Le second à une parfaite connaissance des dispositifs, il connaît les techniques et les mécanismes qui lui permettraient de guérir de sa propre malédiction, mais il refuse de les utiliser. Il est sans pitié avec lui-même. Sans scrupule avec autrui. Il est le bourreau et la victime en parfaite connaissance de cause. C’est un châtiment qu’il s’inflige : nourrir une puissante culpabilité, une enclume qui pèse mille fois le poids de la faute supposée ou réelle.

En quelque sorte, il fait de sa souffrance une profession. Il se destine à gâcher toute relation humaine. Faites-lui confiance, et vous perdrez votre dignité. Aimez-le et vous y laisserez des plumes. Ces hommes, ces femmes qui ne se pardonnent pas le péché, la faute, l’erreur de parcours, la peur, la honte qui les habite par effraction depuis si longtemps, sont des hommes et des femmes qui ont fait le pacte des Rages et des Rouges colères, signé un jour d’une violente couleur. Si vos douleurs sont muettes, leurs blessures sont bavardes, de vraies pipelettes. Leurs rancunes sont raffinées.

En définitive, le désespoir flatte leur tristesse. Ils agissent toujours dans l’intérêt de leur désarroi. Ils s’attachent à toujours donner le pire d’eux-mêmes, avec rigueur. Ils ont assassiné leur amour-propre pour ravager l’estime de soi. Ils ont renoncé au pardon en désespoir de cause pour devenir, fatalement, des fossoyeurs du quotidien. Leurs corps sont des cercueils où agonise le cœur, qu’ils essayent d’enterrer vivant. Ils vivent dans le même cimetière que la plupart des gens de ce siècle, celui qu’on appelle la solitude intérieure. Ils sont les croque-morts des émotions. Leurs habitudes sont meurtrières. Leurs réflexes, funestes.

Comment pourriez-vous les maudire dès lors qu’ils considèrent être la malédiction en personne ! Non. Passez votre chemin, vous n’arrivez pas aux chevilles de leur haine. C’est qu’ils ont trouvé le sens de leur vie dans le non-sens de leur biographie. Leur raison d’être, ils l’ont déniché dans le chaos de la tourmente. Ils méprisent et maudissent les gens heureux de vivre à qui ils cherchent des noises. Ils souffrent, alors ils font souffrir autrui. Ces hommes et ces femmes en colère, courroucés jusqu’à l’os, sont compliqués, contradictoires, tourmentés, mais néanmoins, « civilisés ». Ils sont des hommes et des femmes de leur époque :

Excellents dans la folie.
Éloquents dans l’inimitié.
Des dandys de l’antipathie.

Ils ont le monopole de la constante mauvaise humeur. Leurs concurrents sont des petits râleurs. Ils ont l’esprit froid, incolore, puissant comme le fer. Qui les haine, les suivent !

Certains(es) d’entre eux sont les rejetons d’un père solitaire et d’une mère silencieuse, d’indécrottables fatalistes. Ils sont nés accueillis dans les bras de l’échec parental. Leurs parents ne leur ont jamais souri. Des enfants qui ont grandi à reculons, en cultivant la rancune avec l’amour du travail bien fait. Ils ont pris soin de leur rancœur comme on soigne les apparences. Leur amertume a grandi au fil des anniversaires et s’est fortifiée avec le temps. Une colère responsable et autonome, élégante et bien sapée. Ils sont dans le textile des tourments humains, dans l’injure et l’outrage de luxe.

D’autres se suicident, écrasés par le fardeau du calvaire.

D’autres encore arrivent à sublimer la coriace souffrance et deviennent des sages.

D’autres apprennent à vivre avec, comme on vit en couple, en ménage, pour le meilleur et pour le pire.

Certains ont appris à rire de leur soufre. C’est ce qu’ils appellent « Souffrir ». Ils pleurent aussi. Mais, ô chers amis effarouchés, ne soyez pas tristes. Leurs larmes ont le goût du miel.

Ils sont nerveux, névrosés. Ils n’ont pas de regrets, pas d’espoirs, pas de rêves. Et n’allez surtout pas leur parler d’amour. Ils vous frapperaient et considéraient l’attaque comme un cas de légitime défense. Ils sont farouches et belliqueux dès qu’il s’agit de défendre l’honneur de leur tragédie.

Une vie entière ne suffirait pas à dire ce qu’ils sont sur le cœur, à parler du monstre qui ronge leur entraille. Ils ne veulent pas crever l’abcès intérieur. Ils refusent mordicus de guérir du mal-être. Guérir. Ce mot leur est insupportable, inaudible. Que deviendraient-ils, sans leur souffrance ? C’est leur déraison d’être. Ils portent sur le visage les stigmates d’une irascible mélancolie. Ils ne s’en cachent pas. Ils assument avec méthode la géométrie invariable de leur insondable tristesse. C’est qu’ils considèrent le maquillage, le vêtement comme une mascarade, un piège à idiots. Les intérimaires du bonheur, comme ils les nomment, dissimulent le talon d’Achille Universel sous de belles chaussettes et de brillantes chaussures en cuir. Ils camouflent leur solitude sous de beaux textiles de marque à la mode. Et de préciser que la plupart des hommes de ce siècle trichent avec leurs sentiments qu’ils déguisent en les coiffant d’une perruque ; ils pensent souffrir incognito ; les allures sont étincelantes, certes, mais dans les cœurs, des nids de vices sulfureux.
Pauvres bêtes égarées dans leur ego, empêtré dans leurs travers, pensent-ils.

Un fardeau de rires.
Un fagot de larmes.

Ainsi souffrent en silence ou dans le fracas, des hommes et des femmes qui ne s’autorisent aucune remise de peine, et s’interdisent le sursis de leurs détresses.

La culpabilité est un désert. Se pardonner, et tout est repeuplé.

Majead At-Mahel

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