Subterfuge d'un refuge

L’obscurité est mon refuge.Voyez donc ce parquet agonisant, ce plafond moribond,  ces meubles décrépits,  ces murs avachis, ce bâtiment sans pouls, cette couleur inanimée… Ma chambre est un caveau. J’habite dans une maison sans fenêtre. À quoi me serviraient-elles ? J’ai suffisamment regardé à l’extérieur pour me faire une idée très précise de la vie des hommes : misère et profondeur du vice. Et pourtant…

Je hais la lumière. Elle symbolise mes fiascos en amour et en amitié. J’aime ma solitude. Elle m’est aussi chère que la prunelle de mes yeux. Sans elle, je ne pourrais y voir clair. Et pourtant…

J’ai ouvert la porte de la Nuit, en désespoir de cause. Je n’aurai pas du. Je le regrette, mais c’est fait ! Je me suis approprié cet espace crépusculaire, je l’ai bâti avec les ruines de mon humanité, et j’ai consolidé le tout avec les vestiges de ma pitié. Dans l’ombre de ma disgrâce, j’attends les douze coups de Minuit. Je n’ai pas de rendez-vous avec le diable, mais avec mon prochain. Je m’habille et sors de mon antre. Je marche dans les rues comme un somnambule. Hagarde, évaporée, effacée…affectée ! J’avance sans savoir où je vais. Peu m’importe. J’ai juste besoin de prendre la température du monde des vivants. Toujours égale à elle-même : glaciale ! Je le sais pourtant, mais un besoin viscéral d’y croire encore et encore me pousse dehors. Être en mouvement, est une nécessité pour donner de l’air à mes pensées suffocantes.

Je chemine jusqu’à l’aurore avec la même conclusion : le monde ne changera pas tant que nous nous ne changerons pas nous-mêmes ! Maudite soit ma procrastination !

Je rentre dans ma tanière à la hâte. Mais après une journée passée dans mon repaire, je sais que je retournerai à mon indéfectible rituel nocturne.

Ah ! Si seulement on m’avait aidé à relativiser…si seulement on m’avait aimé…

 

Sentimentale Barbarie (2010) - Extrait

 

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