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Billet de blog 11 janvier 2016

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Prose pour les errants

Sans feu ni lieu

Sans foi ni loi répliquent les hypocrites

Sans cave ni grenier

Sans toit ni porte

Sans chaise ni table

Sans lit ni fenêtre

Sans rien

mais comment vivre.

J’écris pour tous les sans-logis, les va-nu-pieds,

les trimardeurs, les vagabonds, les traîne-savates,

les chemineaux et les clodos,

pour tous les Benoît-Labre.

Il y avait naguère toujours la part du pauvre,

l’écuelle au bas bout de la table, la porte ouverte,

la paille pour l’étranger.

Je crie pour tous les déplacés, déracinés, déportés,

les zoulous, les aztèques, les indiens, les cajuns, les gens

du grand déménagement.

Je me souviens de l’an quarante

Juin rayonnait sur les blés bleus

Et sur les routes on mourait à foison

Je connais bien le rite des vandales

Les coups de crosse dans les vitres et le brandon

Jeté sur le plancher et le feu comme une vipère qui court

Et la clameur quand les poutres s’effondrent.

J’écris pour les fuyards, les Afghans dans l’anfractuosité

de la montagne, les Iraniens saignés aux quatre membres,

les Vietnamiens accrochés au bordage, les Juifs, dans les ghettos,

les pauvres Noirs écorchés par les chiens, les enfants d’Argentine

arrêtés dans le petit matin blême, tous les incarcérés

des goulags dans la neige.

J’écris pour les fils et les filles du vent, tziganes, manouches,

gitans, gypsies, zingari jetés hors des verdines vertes

et qu’on parque.

Écoutez piétiner les troupeaux des errants

Comme un tambour roulant avant l’appel des morts.

Ah croyez-moi, la peste fait tache sur le monde !

Quand les chiens faméliques sans niche et sans coussin

aboient à la lune

hurlent à la mort

Il ne faut pas dormir tranquille.

Je crie pour tous les Emmaüs

pour qu’on donne à chacun

son toit, sa hutte, sa natte, son coin,

sa part de feu

Mais qui écoute et qui entend ?

                                                                               Nantes, 1981.

                                                                      Yves COSSON (1919-2012).

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