Dans le détroit de la rue Crespin du Gast

Je sors de la salle obscure avec un sentiment de déjà-vu au degré de l'overdose. Au bout de quatre-vingt quinze longues minutes de pseudo-gore respectable, les âneries post-lynchiennes de Ryan Gosling ont fini par me taper sur le système. Ça y est, il l'a eu son film le beau gosse.

Je sors de la salle obscure avec un sentiment de déjà-vu au degré de l'overdose. Au bout de quatre-vingt quinze longues minutes de pseudo-gore respectable, les âneries post-lynchiennes de Ryan Gosling ont fini par me taper sur le système. Ça y est, il l'a eu son film le beau gosse. C'est un auteur maintenant. La honte du Young Hercules a été lavée au Dash béni du « film indie expérimental ». Rien de tout ça. Que du réchauffé pictural, du déjà fait, déjà essayé, déjà digéré... Du mauvais drame gothique à la construction inexistante et aux caractères pathétiquement irréels et arythmiques ; surtout, d'une transposition dramaturgique carrément insultante, dans une ville de Detroit à la dérive – et tristement « à la mode » –, où le bambin hollywoodien a souhaité situer son capricieux Lost River (et y faire jouer sa nouvelle compagne). Le seul choix du titre, d'ailleurs, parle très bien de l'ambition : « Lost » pour Lost Highway, « River » pour Mystic River... Οn pourrait donc s'attendre prochainement à un Mystic Highway – tiens, par Louis Garrel, pourquoi pas ?

Le drame, le vrai, de la ville de Detroit a déjà été joué. La désertification réelle, sauvage, suivit la dévastation sociale ; Michael Moore a fait son devoir de documentariste, Jim Jarmush y apporta sa contribution cinématographique majestueuse, philosophique. Gosling frappe trop tard, trop mollement, et surtout là où il n'y a plus rien à casser sinon les pieds de son auditoire.

Parlons de désertification et de vampires. Parlons de l'impact terrible, déshumanisant, d'une nouvelle invasion de morts-vivants sur les villes et les quartiers ouvriers : le péril par la gentrification. Car les Detroit brûlés existent aussi à cause des East End de Londres « fleuris » et « régénérés ». Et des « Perchoir » en face de chez moi, dans le onzième arrondissement de Paris. Les vampires de Jarmush dédaigneraient d'y poser les pieds. Ses zombies, par contre, font la queue pour s'y percher, en faisant garer leurs atroces Porsche Cayenne sur les pauvres trottoirs de l'Armée du Salut qui fait l'angle. Qui osera en faire un film « fantastique » ?  

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