Lappas marche

Un hommage au sculpteur grec George Lappas (1950-2016)

Lappas marche. Il est en mouvement, un artiste en swing perpétuel. Lappas s'articule tel un solo de basse et de trompette, ses figures le suivent toutes nues sous leur velours rouge, l’entourant de tous parts, évoluant en formations – certaines d’entre elles marchent déjà devant lui et ouvrent la voie. Elles ouvrent la voie. Lappas marche comme un roi, comme un agriculteur, l’espace lui appartient, le monde est son champ semé de dés bidimensionnels qui, lancés au hasard, donnent des doubles-quatre et des doubles-six. Des trois-deux, des doubles-quatre et des doubles-six.

Lappas avance, Lappas marche. Ses figures s'assoient et se mettent à poser ; lui, il continue. Lappas erre dans la rue d’Héphaïstos et sur la place d’Abyssinie, scrute le mouvement des autres il promène son regard en quête du paradoxe, en quête du rationnel : d'un objet. Dans l'atelier Vert des Beaux-arts d'Athènes, il ne flâne pas : il avance. Lappas ne parle pas. Lappas marche. Il se rappelle, il supervise les aspects de la folie, les égarés, les muets, les foules qui fusionnent sans jamais devenir une masse, ceux qui volent en nageant, ceux qui plongent sans voir, les héros, les joueurs qui ont tout perdu. Les joueurs qui sautent dans le vide ; le salto mortale de notre époque. Les jazzmen qui ne dorment pas, qui ne dorment jamais. C’est ça : les yeux de Lappas sont les yeux du jazzman qui ne dort jamais.
Lappas relie les mégawatts du monde. Lappas se gratte le dos avec des ventilateurs et des pioches. Lappas sait. Lappas marche.

 

 

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