Une diète de Charybde

La fillette palestinienne qui, dans un allemand impeccable, ouvre son cœur à la Chancelière lui disant qu'elle souhaite rester en Allemagne (ne pas être expulsée vers les camps infernaux du Liban) afin de pouvoir poursuivre ses études et réussir une intégration visiblement très bien partie – de par ses propres efforts –, se prend une douche froide (en direct, devant ses camarades de classe), un discours technocratique pré-enregistré, pré-mâché, expliquant en gros que dans ce monde cruel il y a quand-même des règles, et que si l'on commençait par elle, on devrait par la suite accueillir tous les Africains (!) en Allemagne. La petite fille craque et se met à pleurer ; le robot Merkel semble bloquer pour une petite fraction de seconde. Elle prend alors l'initiative extra-protocolaire d'aller la consoler, et commence à se diriger vers elle avec des vrais pas d'androïde. Or, quand elle arrive enfin à traverser les dix mètres qui les séparent pour se mettre à lui faire des tapes maladroites dans le dos, ce n'est en fait que pour lui répéter de plus près – de très près, en effet – les tenants et les aboutissants de la règle : si, le monde est cruel, et tes larmes n'y pourront rien changer.

On peut imaginer que quand la séquence télévisée toucha à sa fin, la fillette fut livrée au Dr Wolfgang Schäuble et à quelques autres ministres des Finances de la Zone, notamment le Finlandais et le Slovaque, qui lui expliquèrent de nouveau la règle, cette fois-ci sans les tapes dans le dos.

Maintenant, vous comprenez un peu mieux la « situation grecque », voire la « situation européenne ».

 

(Détrompez-vous : le rôle de la social-démocratie dans tout ça ne fut que celui de la médiation. C'est-à-dire de celui qui tient sentencieusement la caméra).

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