Le poids des miettes

Oui, ce qu’a obtenu la Grèce par l’intermédiaire de Yánis Varoufákis lors du Bene Gesserit extraordinaire de Bruxelles, ce ne sont que des miettes. Et, vers la fin, aux derniers jours et heures des délibérations, il était parfaitement clair et acquis pour tous qu’elle ne demandait plus que ça, des miettes, bien moins que le minimum nécessaire à tous les niveaux, matériel, temporel, idéologique ; des concessions incessantes, des compromis, des reformulations… une interminable reculade titubante jusqu’à ce que ces putains de miettes, matérielles, temporelles, idéologiques, tombent enfin sur la grande table ronde des négociations. Une table ignoblement oblique.

Et pourtant, l’Histoire fonctionne différemment. Et le poids des petites choses dispose de multiplicateurs imperceptibles, sans odeur et sans écho, des facteurs insoupçonnés par leurs créateurs mêmes. Car, au moment où nous parlons, la superstructure connait son tout premier déplâtrage : elle se voit obligée d’écouter – juste d’écouter, pas encore de parler – un discours un tant soit peu politique. Les Juncker, Dijsselbloem, Schäuble, Moscovici, Lagarde et Cie sont menés à entendre l’air différent d’un discours politique direct et dialectique, qu’ils peuvent bien entendu, éduqués et compétents comme ils sont, parfaitement comprendre mais avec lequel il leur est, par définition, impossible de converser, puisqu’ils n’ont pas de telle prérogative, ni de mandat. Plus exactement, pour eux, cette fonction (au sens fonctionnaliste du terme) n’est pas prévue. Ils ne se trouvent pas là où ils se trouvent – ils n’ont pas été placés là où ils se trouvent – pour faire de la politique, cela crève les yeux. Leur rôle est à la fois sèchement idéologique et strictement exécutif. C’est-à-dire le contraire de la politique et de la dialectique.

C’est bien la politique qui a éclairé, ne serait-ce que provisoirement, les rides et les cernes des gens du Sud humiliés. Et ce qui compte, dorénavant, c’est qu’ils le savent.

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