Le jeûne des médias français

Je suivais hier le « direct » du Monde sur la quatrième journée de mobilisation nationale en France – une mobilisation qui, galvanisée par le sursaut démocratique de Nuit debout, n'en finit pas de prendre de l'ampleur, de s'enraciner dans l'esprit des gens, et que Le quotidien de référence couvrait avec ses articles auxiliaires habituels : La difficile convergence des luttes entre Nuit debout et les syndicats, À Paris, moins de manifestants contre le projet de loi travail, et cetera, et cetera.

Un « direct », donc, qui ne consistait en réalité que de « commentaires », de tweets et autres images instagrammées « depuis la première ligne des affrontements », postés à la fois par des « journalistes » et des « abonnés », et dont on ne retiendra que le style « j'écris à la police » du flux des phrases :

Nos journalistes filment en direct le début de la manifestation à Denfert-Rochereau.

Le cortège (...) est composé d'un côté de jeunes hostiles aux forces de l'ordre et de l'autre, de sections syndicales.

Arrivée du cortège des lycéens dans le calme place de la Nation.

Attention les casseurs entrent en scène !

Premiers lacrymos sur l'avenue Dorian. C'est en direction du cours de Vincennes et de l'avenue de Taillebourg que les heurts se déplacent.

Alors que le défilé à été émaillé par plusieurs affrontements, l'arrivée place de la Nation est calme.

(...) Un homme semble – vraisemblablement [sic !] – être frappé par un membre des forces de l’ordre. Cependant, la légende fournie par l’agence [quelle agence ? ndlr] ne précise pas les circonstances de cet instant (...)

Un groupe converge vers une faction de forces de l'ordre et jettent [sic] des projectiles.

Tout le monde veut rentrer chez soi [bonne nuit, ndlr].

On l'aura compris, Le Monde est infiltré et fier de l'être. Plus tard dans l'après-midi, tout le monde s'y mettait car La référence avait donné le la. Absolument tout le monde. Pas la peine d'esquisser un florilège, on a tous été submergés par le vibe. BFM ira jusqu'à « regretter de ne pas avoir pu filmer les jeunes, et de ne pas avoir pu les identifier ».

Les jeunes. Souvenons-nous de ce terme. Observons les oscillations de ce grotesque yo-yo médiatique : jeunes/jeunesse, jeunes/jeunesse, tic-tac, tic-tac...

Quand, dans un an, on appellera de la façon la plus dramatique à voter à droite pour éviter Le Pen, on les rebaptisera « jeunesse ». On parie ?

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