Le nom en Psychanalyse

Le nom en psychanalyse assigne le sujet au piquet du moi, au piquet de l'imaginaire, au piquet de la jouissance, autrement dit au piquet du réel et plus exactement au piquet de la mort. Le nom est la pierre tombale du sujet !

Le nom en psychanalyse assigne le sujet au piquet du moi, au piquet de l'imaginaire, au piquet de la jouissance, autrement dit au piquet du réel et plus exactement au piquet de la mort. Le nom est la pierre tombale du sujet !

Dés qu'on inscrit son nom on s'inscrit en tant que mort. Comment pouvoir transmettre dans mes écris du vivant, alors que je tiens à inscrire mon nom ? Dans l'absolu, je suis toujours amputé d'une part de vérité dés lors que je tente coûte que coûte d'inscrire mon nom.

Une polémique est née récemment au sujet des blogs, à savoir que leurs auteurs souhaitent rester anonymes. Un député s'oppose. D'une part, ils ont raison, puisqu'ils ne cherchent pas la gloire, la renommée, l'hypertrophie, puisqu'ils ne veulent pas mourir, puisqu'ils veulent que la lettre puisse se déplier et se déployer sans qu'elle ne soit attachée à quelque macchabée, avec ou sans déboires. Ils retrouvent une certaine liberté et non pas une liberté certaine, puisque la liberté est un délire, qu'on le veuille ou pas ! Il n'y a que dans la folie qu'on retrouve la liberté vraie, dans laquelle le sujet s'est tissé une toile à la dimension du cosmos. C'est une véritable danse cosmique de la lettre comme l'attestent certaines pathologies psychotiques.

Cependant, pour revenir à nos internautes libres et anonymes, sans nom et sans corps, internet leur donne une certaine liberté - presque folle puisqu'ils peuvent dire tout ou n'importe quoi, comme je suis en train de le faire. Ceci est au service de la jouissance, une jouissance sans nom, mais une jouissance quand même. De quelle jouissance s'agit t-il, si ce n'est de la jouissance perverse ! La jouissance par définition serait un au delà du plaisir. C'est une part de soit même qu'on essaye de protéger, de conserver pour l'éternité. C'est une part de soit même élevée au rang de déesse, au dessus de tout, et surtout... inattaquable. Avec Internet ce nouveau mode de communication, c'est une nouvelle ère qui s'annonce, c'est pour la première fois que l'être humain communique avec ses semblable sans engager son corps, sans engager sa chair. Nous n'allons plus à la rencontre de l'autre à corps perdu. Pourquoi une psychanalyse ou une psychothérapie ne peuvent se faire au téléphone ou par internet? question à 41 Euro! Parce que tout simplement, en présence de l'autre en chair et en os, je peux mourir à tout moment, et le psy peut mourir à n'importe quel moment! C'est une célébration de la pulsion de mort : la reconnaitre, la respecter, la dépasser et ne pas être à son service. Dans ma rencontre avec l'autre, si je mets des barrières et je me protège, je ne dis pas la vérité et je suis au service de la pulsion de mort .

Ce nouveau mode de communication, n'engage plus le corps, il n'engage que le doigt- c'est le désir au bout du doigt et au bout des ongles- c'est aussi le désir au bout de la rétine! Je ne risque pas de perdre un bras ou une jambe, je ne risque pas de perdre une oreille, je ne risque pas de perdre un oeil. C'est le désir à l'oeil comme disait Lucien Israël . Sur Internet c'est gratuit, c'est permis, il n' y a plus d'institution, il n' y a plus de règles et le savoir est partout, et dieu sait que le savoir n'a rien à voir avec la vérité . Le savoir a quitté l'institution, il a quitté l'école, il a quitté les églises, il a quitté l'université et il est allé se loger dans cette boite noire qu'on appelle Internet . Ni foi, ni loi, les jeunes ne respectent plus le professeur, ils l'éclaboussent, il n'est plus le dépositaire du savoir, il est disqualifié. Le savoir déborde de toutes parts et circule dans des self-services à coup de mégabits .

Si le député a voulu inscrire une loi, une règle, inscrire de l'institutionnel c'est pour que les anonymes puissent avoir un nom, un corps attaquable, punissable afin de limiter sa jouissance. Nul n'est au dessus de la loi, nul n'est au dessus de la jouissance suprême. La loi est la jouissance suprême et la jouissance suprême n'est autre que la mort, le maître absolu. Il y a une part de perversion dés qu'on se protège au détriment de l'autre, et pour attaquer l'autre. Internet est une grande caserne, une grande garnison sans commandement avec des soldats qui tirent, dans certains cas, sur tout ce qui bouge. Le député a, pour une fois, raison!

Les blogs ! Un vrai phénomène de société. Certains préfèrent perdre leur nom, perdre une jouissance pour la remplacer par une autre. On peut distiller toutes sortes de venins : rumeurs, calomnies, manipulations, diversions et vérités je le jure! Certains croient qu'Internet est une vitrine officielle, un journal officiel. Il suffit de taper le mot clé et sésame ouvre-toi, un trésor à portée de main, chacun y va avec sa loi, tout le monde est élu pour écrire. C'est un véritable self service journalistique, un magret de canard déchainé. On a pas attendu internet pour le faire : les signataires du corbeau étaient aussi de méchants blagueurs, obscènes et féroces!

En réalité le blogueur anonyme - par sa signature anonyme - nous dit que le nom est personne. Imaginons un monde ou personne n'a de nom au sens filial du terme : que des pseudonymes. L'individu deviendrait unique, un électron libre, cosmique, sans liens, le fantasme de l'unicité serait atteint. C'est vrai que le sujet est seul dans ce monde - la famille est un fantasme. A prime abord, à propos de certains blogueurs anonyme, on pourrait croire qu'ils sont de petits pervers à la petite semaine égrainant leurs petits sadismes : calomnies, manipulations... Ce serait trop simpliste comme explication.

Être anonyme c'est être un inconnu, c'est être n'importe qui, c'est être dieu ! Puisque dieu se balade incognito dans ce monde- paroles d'Einstein - et n'est pas assignable à résidence d'un lieu.

L'anonyme animé par un fantasme de divinité ? Pourquoi pas.

Revenons à cette affaire du nom qui nous assigne à résidence d'une pierre, la pierre familiale, une pierre de rosace : il faudrait être un Champollion pour traduire ce qui se passe dans une famille. Le nom est toujours un nom mort, puisque celui qui l'a porté avant nous, père, grand-père ou arrière grand-père est mort - les psychanalystes diront 'c'est le père mort ou père réel'. Il arrive parfois qu'on perde ce nom : la femme sait bien le faire quand elle le tronque contre le diamant de ses épousailles. Et quand dans certaines cultures on porte deux noms - voir plusieurs -, c'est aussi une manière de le perdre puisqu'on ne sait pas lequel est vrai. C'est la confusion ; comme chez les espagnols, le nom est une auberge ! Nous ne pouvons pas servir deux maîtres à la fois.

Le nom peut se perdre aussi lors des colonisations - l'état moderne a transcrit à sa manière le nom des populations conquises, les colonisés perdaient leurs âmes et leurs lettres - comme il peut aussi se perdre lors des grandes persécutions, et se perd aussi de façon volontaire ou involontaire lors des migrations. Ce qui prouve que le nom est parfois lourd à porter ! De toutes manières, qu'il soit lourd ou aussi léger qu'une lettre, le nom n'indique pas l'identité vraie. Il n' y a d'identité que falsifiée. L'identité vraie n'existe pas !

 

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