Président constituant

Samedi 20 avril, sur Canal+, dans son émission Salut les Terriens, Thierry Ardisson avait parmi ses invités Thierry Mariani et Edwy Plenel. Celui-ci fait remarquer que les Français avaient tué le roi mais avaient conservé l’idée principale de la monarchie avec un Grand un. Comme Ardisson avance que c’était peut-être une conséquence de l’élection du président au suffrage universel, Plenel répond, à propos du président des États-unis : « Il peut pas nommer n’importe comment. Y’a des auditions au Congrès ». Le député du Vaucluse intervient alors énergiquement : « J’peux pas laisser dire n’importe quoi […] Nicolas Sarkozy a changé la Constitution. Pour toute une série de postes, il faut les voix des trois… » Là, il s’interrompt, hésite puis enchaîne « des trois-cinquièmes ». Plenel vient alors rétablir la vérité : « Non, c’est l’inverse, il faudrait que les trois-cinquièmes disent non ».


Sur ce dernier point, comme bien souvent, un doute m’assaille: ce député est-il un fieffé menteur, ou bien ne comprend-t-il pas les textes qu’il vote ? Mais ce n’est même pas ce qu’il y a de plus grave dans ces propos. Le pire, c’est son affirmation : « Nicolas Sarkozy a changé la Constitution », qu’il réitèrera un peu plus loin : « Nicolas Sarkozy a modifié la Constitution ». Cet élu, qui participe à l’élaboration des lois, semble oublier un principe fondateur de la démocratie, la séparation des pouvoirs. Il n’appartient pas au pouvoir exécutif de se mêler du pouvoir législatif, à plus forte raison de modifier la loi fondamentale dont le président est le garant. Certes, ce dernier peut proposer des évolutions législatives, mais assurément pas les réaliser.


Cet aveu candide correspond cependant à une réalité : dans sa pratique du pouvoir, Nicolas Sarkozy se soucie comme d’une guigne de la Constitution, lui qui a, contrairement à sa lettre et à son esprit, réduit le premier ministre à un rôle de potiche. Et là encore, il y a pis, une révision de la Constitution opérée sans tenir compte de la représentativité du Parlement. Suite à l’abondance de scrutins en 2007, les élections locales programmées pour cette même année avait été reportées à mars 2008. En conséquence, l’élection de la série A des sénateurs a, à son tour, été reportée au 21 septembre 2008 « afin d'éviter que cette dernière ne soit désignée par un collège en majeure partie composé d'élus exerçant leur mandat au-delà de son terme normal » (Conseil constitutionnel dixit). Nos gouvernants se sont donc montrés particulièrement avisés, et à peine truqueurs, en s’empressant de fixer en juillet la révision de la Constitution, changée par Sarkozy, avant le renouvellement partiel du Sénat. Pensez donc, la révision a été votée à deux voix de majorité or l’UMP a perdu dix-sept sièges aux sénatoriales tenues trois mois plus tard ! On se préoccupe de la représentativité du collège élisant pour six ans des sénateurs mais pas de celle du collège révisant une Constitution en vigueur depuis cinquante ans !

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