Voici deux histoires, un drame et un conte. Commençons par le drame.
Dans le Midi, une professeure agrégée de lettres modernes, âgée de trente ans, séparée de son mari, et un de ses élèves de seconde, de quinze ans son cadet, sont amants. Les parents du jeune homme saisissent le juge pour enfants. Puis, le père porte plainte pour enlèvement et détournement de mineur. La jeune femme est arrêtée puis détenue pendant cinquante jours. Le mois suivant sa sortie, elle est condamnée à douze mois de prison avec sursis. Une loi d'amnistie en préparation lui aurait permis de continuer à exercer mais le parquet fait appel a minima. Convoquée au tribunal, la professeure tombe en dépression et se suicide le mois suivant. Quelques jours plus tard, interrogé sur ce drame à la fin d'une conférence de presse, le Président de la République cite Paul Éluard : « Moi, mon remords, ce fut la victime raisonnable au regard d'enfant perdue, celle qui ressemble aux morts qui sont morts pour être aimés ».
Poursuivons avec le conte.
Dans le Nord, une professeure de lettres classiques de quarante ans rencontre, au cours d'un atelier de théâtre, un élève de seconde âgé de quinze ans. Entre eux naît une relation et les parents de l’adolescent l’envoient à deux cents kilomètres dans un lycée d'excellence. Le couple de la professeure est aussitôt brisé, après vingt ans de mariage, et trois enfants. Son divorce prononcé, la professeure épouse son prince charmeur. Celui-ci, dix ans plus tard, est élu Président. Une fée vient conclure ce conte, la voilà Première Dame ! Puis, huit ans plus tard, un soir, dans les coulisses d'un théâtre, l’insulte aux lèvres, oubliant son rang, le premier, elle s’abaisse au dernier.
Un demi-siècle sépare ces deux histoires. Il ne semble pas que la Société ait progressé dans l’intervalle.