Les nouveaux bolcheviks

Mme Bachelot a affirmé mercredi 15 juin qu'elle aurait voté la proposition de loi socialiste relative au mariage homosexuel. Les députés UMP Philippe Meunier, Jacques Myard et Jean-Paul Garraud, membres du collectif de La Droite populaire, réclament depuis sa démission du gouvernement.

 

Ces parlementaires seraient bien inspirés de prendre quelques cours d’instruction civique. L’assemblée nationale se compose de députés élus au suffrage universel direct. J’ignore si un collectif se diffère sensiblement de quelque amicale, telle celle des pêcheurs à la ligne, mais, ce qui est certain, c’est que, le plus souvent, les députés se font élire sous une étiquette politique et reçoivent ainsi mandat pour s’inscrire dans un groupe politique et un seul. Rejoindre ensuite un ou plusieurs collectifs est une démarche purement personnelle. Au cours des sessions, les lois sont discutées à l’initiative du gouvernement, on parle alors de projets de loi, ou à l’initiative de députés, il s’agit dans ce cas de propositions de loi.

 

Les projets de loi émanent du gouvernement qui est lui-même issu de la majorité parlementaire. Ils sont en principe soutenus par les députés des partis composant cette majorité. Si l’on comprend bien nos députés populaires de droite, si les députés de la majorité sont tenus d’adopter tous les projets de loi, il devient totalement inutile de procéder à un vote. On pourrait ainsi se limiter à une discussion, qu’on écourterait lorsque les mencheviks s’évertueraient à la prolonger au-delà du raisonnable

 

Les propositions de loi, elles, sont le fait des parlementaires. Par je ne sais quelle survivance obsolète de la démocratie, même les parlementaires de l’opposition sont habilités à faire de telles propositions ! Mais, comme ils sont minoritaires et que, bien entendu, aucun bolchevik, sous peine d’exclusion, ne s’aventurerait à joindre sa voix aux leurs, leurs propositions sont assurées d’être rejetées. On pourrait donc, là encore, faire l’économie, non seulement d’un vote, mais même d’un débat. Et, pourquoi s’arrêter en si bon chemin ? Puisque toutes les lois peuvent être adoptées par la majorité, plutôt que d’entretenir un parlement, on se contenterait, tous les cinq ans, de procéder à un vote pour déterminer l’équilibre des forces.

 

Dès septembre 2007, avant la crise présentée depuis comme la source de tous nos maux, François Fillon déclarait : « Je suis à la tête d'un Etat qui est en situation de faillite ». N’hésitons plus. Nous avons désormais un guide éclairé qui a rabaissé son premier ministre au rang de collaborateur et qui, dans son infinie sagesse, décide de tout. Confions-lui tous les pouvoirs et débarrassons-nous de cette survivance archaïque, un parlement. Nous économiserons ainsi les frais de son entretien et tous les délais résultant de ces processus démocratiques dépassés.

 

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