En 2004, un médecin israélien, Yuval Bitton, avait sauvé la vie de Yahya Sinouar, devenu plus tard chef du Hamas à Gaza. Le neveu de ce médecin a été tué environ vingt ans après, lors du pogrom du 7 octobre 2023, commandité par ce même terroriste.
Yuval Bitton était dentiste, puis agent du renseignement dans les prisons de l’Etat hébreu, jusqu’à sa retraite, il y a deux ans. En juin 2024, sur France info, il a raconté à Thibault Lefèvre sa relation particulière avec Yahya Sinouar.
En 2004, le docteur Bitton, âgé alors 37 ans, dirigeait, depuis un peu moins d'une dizaine d'années, la clinique dentaire du centre pénitentiaire de Beer Sheva. Au début de l'année 2004, le détenu numéro 733-333-5 se présente à l'infirmerie. Il semble désorienté et se plaint de douleurs à la nuque : « J'ai établi le diagnostic. C'était un accident vasculaire cérébral. C'est moi qui ai décidé de le faire évacuer en urgence à l'hôpital. Un abcès lui appuyait sur le cerveau. Ils l'ont drainé ».Yuval poursuit : « Après l’opération, il a écrit une lettre à la direction du Hamas et il leur a mentionné que je l'avais sauvé et qu'il m'en était reconnaissant ». Amer, montrant la photo de Tamir, tué à 38 ans pendant l'attaque du kibboutz de Nir Oz, Yuval ajoute : « Sinouar a en quelque sorte remboursé sa dette le 7 octobre, quand le Hamas a attaqué et que mon neveu a été kidnappé et assassiné ».
Le plus dur pour l'ancien dentiste, c'est d'être convaincu que le massacre aurait pu être évité : « En 2004, Sinouar me l'a dit en face-à-face : "Nous patienterons jusqu'au jour où vous serez affaiblis et, à ce moment-là, nous vous attaquerons. Aujourd'hui, vous êtes forts, mais vous vous désintégrerez peut-être de l'intérieur, car vous avez beaucoup de failles. On fera une trêve, mais le jour où nous identifierons que vous êtes faibles, on vous attaquera" ». « Vingt ans ont passé et c'est ce qui s'est arrivé » se remémore le docteur.
Aujourd'hui, Yuval Bitton ne regrette pas pour autant d'avoir sauvé la vie de Yahya Sinouar : « Ce sont nos valeurs. Et si c'était à refaire, sans hésiter une seconde, je recommencerais ».