Prime optionnelle

Notre président vient d’arbitrer : les entreprises de plus de 50 salariés qui versent à leurs actionnaires des dividendes en augmentation par rapport à ceux de l’année précédente devront verser une prime à ces mêmes salariés. Je reconnais bien là quelques-uns des traits de notre président :
Notre président vient d’arbitrer : les entreprises de plus de 50 salariés qui versent à leurs actionnaires des dividendes en augmentation par rapport à ceux de l’année précédente devront verser une prime à ces mêmes salariés. Je reconnais bien là quelques-uns des traits de notre président : sa capacité à trancher les débats qu’il a lui-même suscités, son goût pour la division et son sens très singulier de la justice.

 

 

Le pouvoir d’achat étant en berne, il était important pour son plus ardent défenseur de démontrer de façon éclatante son souci d’aider un peu les oubliés de la croissance.

 

Ne seront bien entendu pas concernés ceux dont l’emploi ne génère pas de bénéfices. Donc les fonctionnaires, tous ces fainéants qui n’apportent rien au grand veau d’or, ceux qui nous soignent dans les hôpitaux, assurent notre sécurité, éduquent nos enfants, entretiennent nos routes, cherchent dans nos laboratoires, et je pourrais poursuivre ainsi longtemps. Eh bien, pour tous ces inutiles, nib, pas de rab !

 

Les entreprises de moins de 50 salariés ne seront pas obligées de verser cette prime. Même si leurs employés contribuent à la croissance de notre PIB, les mille euros annoncés sont très hypothétiques.

 

Pour les autres entreprises, il conviendra d’abord qu’elles aient distribué des dividendes, ce dont elles peuvent parfois se dispenser, que ces dividendes soient en augmentation et surtout qu’elles aient fait des bénéfices, que certaines sont habiles à minorer pour limiter l’impôt.

 

Enfin, le montant de cette prime résultera d’une négociation entre la direction et les partenaires sociaux. Quand on connaît la façon dont des directions se comportent dans ces négociations : « vous n’êtes pas d’accord, soit ! On le consigne au P.V., mais ce sera comme nous avons décidé » et quand on a pu savourer l’attitude d’un gouvernement face à des millions de manifestants lors de sa réforme des retraites, on n’a guère de doute sur l’issue de telles négociations.

 

Précision ultime : cette prime sera pérenne (précision à l’intention de notre souverain omniscient, il ne s’agit pas ici de quelque argent périn) et donc versée encore (sic) en 2012. Évidemment ! Cette loi ne pourra être appliquée qu’après avoir été votée et une fois connus les résultats de l’exercice 2011, donc fort opportunément juste avant l’élection présidentielle.

 

Merveille des merveilles : les heureux, et rares, bénéficiaires d’une fraction des mille euros annoncés avec tambours et trompettes à Charleville-Mézières sauront alors exprimer leur gratitude et leur confiance à notre noble défenseur des masses laborieuses.


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