Soucieux de diversifier mes placements financiers, j’avais successivement ouvert des comptes dans plusieurs établissements bancaires différents. Les années passant, je me suis bientôt trouvé titulaire de nombreux comptes, ce qui me rendait difficile d’apprécier le montant de ma « fortune ». J’ai alors de décidé de réduire le nombre de ces établissements et entrepris d’en supprimer.
Attentif à ne pas permettre à un citoyen de profiter par trop des libéralités du livret d’épargne dit Livret A, l’État interdit la détention de plusieurs livrets A. Ainsi, lors d’un de mes passages dans une de ces agences, mon conseiller financier m’a proposé d’ouvrir dans sa banque un livret de son cru, se chargeant de toutes les formalités liées à la clôture de celui que je détenais ailleurs. J’ai accepté son offre et ai reçu quelques jours après un courrier commençant par ces mots : « vous avez sollicité … »
Je lui ai répondu ainsi : « Puisque vous semblez l’ignorer, il me faut vous indiquer que je ne suis pas " un solliciteur " mais " un client " ». Je me suis abstenu de lui préciser ce qu’était un « client », me contentant de joindre à ma réponse un extrait du Dictionnaire de la Langue Française informatisé dans lequel on lit :
« Solliciter est un verbe transitif signifiant :
- Chercher à obtenir (une faveur, une grâce ou un droit) d'une manière instante, par des démarches auprès d'une autorité compétente ou d'une personne influente, ou bien :
- Demander avec déférence, dans les formes requises par l'usage ou par la bienséance, ou encore :
- Demander d'une manière vive, pressante, avec instance ».
Comme je faisais part à un ami de mon étonnement au reçu d’une telle missive, celui-ci me répondit que, tout naturellement, il arrive que l’on emploie un mot plutôt qu’un autre, sans que cela ait quelque importance. Je suis d’un avis différent. Si l’on admet qu’il soit admissible de ne pas être rigoureux dans son expression orale, il n’en va pas de même dans un texte écrit, destiné à formaliser la position d’une institution. Les mots ne sont jamais innocents et l’actualité nous le démontre régulièrement. Le verbe « sollicité » employé ici démontre que cette banque ignore tout des rôles respectifs d’elle-même et de ses clients. Un client choisit une banque et lui confie des fonds qui lui appartiennent. Cette banque propose, et non offre, comme on le dit improprement, des services, pour lesquels son client la paye et leurs échanges sont définis par un contrat signé par les deux parties.
Les banques se fourvoient quand elles se comportent comme si elles faisaient à leurs clients une grâce en leur fournissant des services. Elles s’appliquent tout simplement à assurer leur subsistance. Leurs clients leur font confiance jusqu’à déposer chez elles des fonds et il appartient à ces institutions de s’en montrer dignes.