La menace qui pèse actuellement sur l’Europe doit nous inciter à un rappel historique.
Le traité de Versailles, signé le 8 juin 1919, stipulait par son article 42 que toute présence militaire allemande en Rhénanie était interdite. L’historien Jacques Bainville avait alors dénoncé ce traité comme une erreur pouvant entraîner un nouveau conflit, l'Allemagne se trouvant ainsi humiliée.
Le 7 mars 1936, violant cet article 42, Adolf Hitler ordonne l'entrée de trente mille soldats allemands dans la zone démilitarisée de la Rhénanie. La France condamne alors officiellement cette action mais sans prendre la moindre mesure concrète. Toutefois, il ne s’est trouvé ensuite personne pour déclarer : « Il ne faut pas humilier Hitler ». Respectant leurs engagements, le 3 septembre 1939, au surlendemain de l’invasion de la Pologne, l’Angleterre puis la France ont lancé un ultimatum à l’Allemagne. Après la défaite de celle-ci, les frontières des pays européens sont restées assez stables, jusqu’à la dissolution de l’URSS en décembre 1991.
Élu président de la Fédération de Russie en 2000, Vladimir Poutine réprime une deuxième insurrection tchéchène, attaque la Géorgie en 2008 puis entreprend de grignoter l’Ukraine. En août 2014, des forces russes interviennent pour aider les séparatistes à résister à l'armée ukrainienne. La Russie annexe ensuite les oblasts de Donetsk et de Louhansk et, le 24 février 2022, une colonne de ses blindés pénètre en Ukraine. Depuis trois ans, la soldatesque russe écrase l’ensemble de l’Ukraine. Mais un dirigeant politique européen a pu dire : « Il ne faut pas humilier Poutine ».
Le philosophe Nicolas Tenzer, né le 25 février 1961, a publié en janvier 2024, aux Éditions de l’Observatoire, un ouvrage intitulé « Notre guerre ». En voici quelques phrases :
La guerre est donc là, à nouveau, en Europe.
Pendant vingt-deux ans, Poutine n’a fait qu’avancer et le monde libre a reculé devant lui.
Emmanuel Macron avait résumé, début 2022, comment il voyait les prochains jours et les prochaines semaines : « Le pire est encore à venir ».
Nous restons avec une question douloureuse : aurions-nous pu éviter que plus d’une centaine de milliers de vies ukrainiennes – et, avant, syriennes – soient anéanties par la barbarie russe ?
La réalité des crimes est là. Après ces actes, Poutine redeviendra un partenaire : certains, dans leur abandon de toute décence et de tout jugement, semblent l’envisager.
On pense le crime comme le moyen d’une fin, certes inacceptable, alors que le crime est devenu le but.
Venons en à un souvenir personnel. Au cours de mon voyage de fin d’études dans les pays de l’Est, il y a soixante ans, à Moscou, mon groupe fut introduit dans une salle. Face à nous, sur un mur, s’étalait une carte du monde sur laquelle les pays communistes se paraient d’une belle couleur rouge. Dix ans avant la chute de Saïgon, le Vietnam y figurait déjà comme une tâche écarlate. On prêtait alors aux Soviétiques la parole suivante : « Ce qui est à nous, est à nous. Pour ce qui vous appartient, négocions ! »
Ouvrons donc enfin les yeux.