voyage au coeur de la Birmanie

Voyage au cœur de la Birmanie

(Décembre 2014)

Malik BOUMEDIENE

 

Je souhaitais passer plusieurs jours au bord de la mer pour me reposer de la vie parisienne. Il me fallait alors une destination au soleil. Ce fut la Birmanie. L’arrivée à Ngapali (Golfe du Bengale) témoigne de la beauté de ce pays. Sable fin, soleil, palmiers, plage déserte, hôtels de luxe. Les vacances se présentaient très bien. L’hôtel dans lequel je résidais se trouvait sur la plage même au milieu des cocotiers. Un Hôtel non pas de luxe mais de niveau moyen fondu dans la nature et tenu par un allemand. Je constate très vite que les birmans sont un peuple très accueillant, très chaleureux et curieux de connaitre les étrangers de passage. Le Tourisme connait ses débuts en Birmanie et va se poursuivre à très grande vitesse (nous avons par exemple le projet de construire un nouveau aéroport à Mia Hou où de très beau temples existent). Les jours à la plage se suivent et se ressemblent : baignade, soleil, jus de fruits, restaurants, poisson frais grillés. Je suis emporté par la beauté et la tranquillité des lieux. Au bout d’une semaine, survient soudain un malaise. Mes vacances ne pouvaient se résumer à un occidental sur une plage déserte. Il me faut aller à la rencontre du peuple birman, et me confronter à la réalité birmane. Ce premier contact va avoir lieu avec mon chauffeur de la journée. Je lui ai demandé de m’emmener voir un village loin de la plage et de son luxe et des quelques touristes occidentaux fortunés venant des quatre coins du monde. Celui-ci m’emmena à la découverte d’un village à 30 kilomètres de la plage. Je découvre l’état de la route. Absence de goudron ou très peu de goudron. Une route de sable et de cailloux et de trous. Tout de suite on peut s’apercevoir de la pauvreté de l’Etat dans sa capacité à mettre en place des routes convenables afin de garantir une bonne circulation. Non arrivons au village. La rupture avec la vie des hôtels est stupéfiante. Je vois une quinzaine de maisons fait de bois léger et composées d’une seule pièce sans eau. La pauvreté des lieux est très forte. Un mariage était fêté ou l’on pouvait voir une dizaine de personnes manger quelques assiettes de riz accompagnés d’une maigre sauce. Je constate aussi que tout au long de notre chemin afin d’arriver au village nous croisons des personnes âgées et des enfants mal vêtus et mal chaussés, voir nu pied. Sur le chemin du retour je me risque d’interroger notre chauffeur sur le gouvernement. Un ami, qui était à mes côtés, me fait signe de faire attention à ce que j’allais dire. En effet, en Birmanie les questions concernant le gouvernement sont des sujets sensibles et souvent il arrive que les guides soient également des personnes renseignant les autorités sur les voyageurs trop curieux. La seule question que je lui poserai sera de savoir s’il est content de son gouvernement. Je m’attendais à ce que celui-ci me réponde par l’affirmative. A ma grande surprise il commença à critiquer le Président comme le Gouvernement mettant en avant la cherté de la vie et la pauvreté. Cette première échappées dans les terres ne pouvait que m’encourager à aller plus loin. J’avais un billet d’avion pour Bagan, haut lieu touristique pour la visite de la ville aux 2000 temples. C’est à ce moment-là que je rencontre une personne qui me propose de quitter ces lieux touristiques pour me rendre à Mia Hou, une petite ville près de Sittwe. Je prends un billet pour le bateau pour le lendemain 6 heures du matin. Mia Hou est une petite ville dans les terres. Nous sommes dans la Birmanie réelle loin des rares ilots de tourisme se trouvant en Birmanie. Me voilà enfin au cœur de la Birmanie. La ville est très pauvre. La route est faite de terre. Le séjour à Mia Hou sera très instructif puisqu’il s’agit d’une ville représentative des petites villes et villages birmans. Je rencontre des birmans mais aussi des touristes de passage. Les temples sont très beaux et une ambiance particulière se dégage des paysages. Le peuple Birman est très chaleureux et curieux de ces visiteurs venant de si loin. Cependant, plusieurs informations viennent à ma connaissance dans les discussions. Un premier enseignement consiste dans le fait que l’armée contrôle véritablement le pays et les temples. En effet, auprès de chaque temple les moines sont surveillés par des policiers en uniforme ou en civil. J’apprends aussi que l’armée s’est reconvertie dans le libéralisme pour ce pays anciennement communiste. L’armée se partage ainsi la richesse du pays investissant dans le tourisme, la banque et les affaires de manière générale. Le gouvernement s’est lancé dans une politique de privatisation à tout va au bénéfice des généraux reconvertis dans le monde des affaires. J’apprends aussi que certains hôtels sont interdis aux étrangers et que ces derniers ne peuvent être logés chez l’habitant. Les birmans ne peuvent ainsi recevoir à leur domicile des amis étrangers. Les étrangers font l’objet d’un contrôle permanent également. C’est ainsi que la moindre réservation de bus ou de bateau nécessite la présentation du passeport ou un relève à chaque fois un ensemble d’information. De plus il arrive fréquemment qu’une personne en civile lors de vote attente au quai d’embarquement pour un bateau vous demande votre passeport et note sur son cahier un ensemble d’information. Le contrôle est permanent. Il en est également en matière de location de véhicules puisque l’on ne peut conduire seul un véhicule. Nous devons prendre obligatoirement un chauffeur birman. J’apprends aussi que le salaire moyen en Birmanie est de 50 dollars pour de longues journées de travail allant bien haut delà de ce que nous connaissons en Europe. Mais il faut savoir qu’une grande majorité de la population vit avec moins de 1 dollars par jour. Me revient alors en tête ces hôtels à Ngapali où le prix de la nuitée se situe entre 40 et 300 dollars. Quel birman peut y accéder !!!! L’analphabétisme est important car la Birmanie est avant tout rural. L’Etat n’accorde pas d’importance à l’éducation. Cette pauvreté on peut la voir dans ces birmans mangeant à même le sol le soir dans la rue où sont cuisinés différents plats à base de riz. Le prix de la viande comme celui du poisson sont élevés. J’ai vu des personnes marcher pieds nus sur des cailloux, des personnes âgées portant des poids importants. Et puis il y a ces images qui ne me quittent pas. Sur le bord des routes des dizaines de femmes voir des filles de 15 ans en train de casser des cailloux afin de constituer de petite pierre pour fortifier les routes. Je m’interroge s’il s’agit d’un travail forcé ? J’apprends qu’il n’est pas rare que l’armée réquisitionne des personnes afin de travailler. Ces femmes et ses jeunes filles me donnaient l’impression d’être en situation d’esclavage sous la direction d’un homme qui ne cessait de leur donner des directives. Je n’ai pu m’empêcher de prendre discrètement deux ou trois photos. A Mia Hou je découvre que les maisons sont faites la plus part du temps de bois. Il s’agit de simples cabanes précaires d’une quarantaine de mètres carrés surélevées pour faire face à la mousson. On fait à manger sur le sol devant la maison. Le feu se fait grâce à quelques morceaux de bois. Pour l’eau il faut aller le chercher au puit. J’apprends aussi que les capacités de soins sont très limitées. On me fait comprendre qu’en cas de problème il ne faut pas compter sur des soins dans la Région mais se rendre à la capitale ou aller sur Bangkok ou enfin se faire rapatrier. La grande majorité des Birmans ne peuvent accéder aux soins. De tout cela il ressort que nous sommes en présence d’un Etat social très faible ayant choisi la voix du capitalisme, du libéralisme sauvage où chaque jour on doit se battre pour manger et assurer un repas à sa famille. Je discutais avec une italienne vivant en France qui n’a cessé pendant trois jours de se plaindre du taux d’imposition en France me disant qu’ici en Birmanie c’est la libre entreprise et qu’il y a du dynamisme. J’ai bien eu du mal à lui faire comprendre que malheureusement le marché ne peut avoir pour résultat l’égalité dans l’accès aux droits sociaux élémentaires. Et que c’est bien grâce à l’imposition en France que nous avons notamment un système de soin qui garantit aux riches comme aux pauvres à un accès aux soins de qualité. Je lui ai dis qu’elle devrait rencontrer des personnes atteintes de maladies graves et devant se faire soigner aux Etats-Unis ou en Australie. L’accès aux soins reste conditionné par votre puissance financière et la santé à un prix. Je pense que je ne suis pas arrivé à la convaincre et pour cause j’ai appris dans nos discussions qu’elle était propriétaire de plusieurs appartements sur Nice et qu’elle était d’une famille aisée du Sud de l’Italie. Il faut bien se faire à l’idée que nous ne défendons pas les mêmes intérêts…. Lors de ce voyage j’ai pu aussi m’apercevoir que nous étions en présence d’un Etat policier. Il s’agit d’une véritable expérience. En effet, les livres d’histoire font référence à la notion d’Etat policiers portant atteinte aux libertés individuelles mais c’est toujours une expérience d’être confronté dans la réalité à cet Etat. Nous étions un groupe de trois personnes ayant la volonté de visiter un temple. Nous achetâmes des tickets. Cependant, un gardien nous demanda nos tickets après quelques minutes et un de nous ne l’avait pas, perdu probablement au fond de son sac ou…. !! (Bref). Ne pouvant présenter un ticket il nous demanda de ressortir. Nous nous sommes exécutés mais celui-ci ne cessait de nous suivre jusqu’à la sortie afin de s’assurer que nous respections bien ses directives. Nous pensions être sortie de cette situation et que cela allait en rester là. Mais au moment où nous sortions il fit signe à une personne sur la route qui nous interpella. Un de mes amis me précise tout de suite qu’il s’agit de la police politique et civile. Effectivement cette personne se dirigea vers nous et d’un seul coup nous étions entourés d’au moins quatre personnes qui semblaient se connaitre. Il s’agissait bien de policiers en civils. Nous avons dû nous justifier expliquer la situation pendant dix minutes afin qu’ils nous laissent repartir. Cette scène a pu me faire prendre conscience qu’une police omniprésente dans la population afin de la contrôler porte véritablement atteinte à nos droits les plus essentiels. Concernant la Birmanie ce qui m’a frappé c’est l’absence de policiers en uniforme dans la rue. Lors de mon voyage en Birmanie une question me revenait sans cesse : « Mais où sont les forces de l’ordre ? ». Je comprends mieux. La force des Etats autoritaires consiste peut être à faire en sorte que la police sans être véritablement visible est partout cependant. Aujourd’hui j’étais devant mon hôtel afin de préparer mon départ vers la capitale. Puis viens une personne m’accoster. Elle semble handicapée mentale mais tient des propos cohérent. Elle me dit qu’il a été professeur puis me pose quelques questions en anglais. Je ne le comprends pas toujours car il a des difficultés d’articulation. Une autre personne d’une vingtaine d’années vient vers moi et m’explique l’histoire de ce professeur. Il me raconte de celui-ci a bien était professeur par le passé. Cependant, il militait contre le gouvernement et faisait partie de l’opposition. Il a été arrêté par les autorités et intégré de force dans l’armée. Depuis qu’il a quitté l’armée il en est ressorti en ayant des problèmes psychologiques importants. Cet Etat Policier se manifeste aussi à travers l’accès à internet. En effet Internet ne fonctionne pas vraiment. Certains sites sont interdis. Cela n’est pas dit explicitement mais la connexion ne se fait pas. Lorsque internet fonctionne c’est très lent. Ensuite il faut savoir que l’on ne peut avoir internet à son domicile, comme dans les hôtels, sans autorisation préalable des autorités.

En conclusion ce voyage au cœur de la Birmanie me pousse à affirmer qu’il existe au sein de ce pays un contrôle politique, social, économique et culturel. J’ai bien peur que la marche vers la démocratie sera longue. Le peuple Birman n’a pas le temps d’attendre… La communauté internationale doit se mobiliser au plus vite. Il est nécessaire de conditionner l’aide internationale et les financements internationaux à des conditions très strictes ainsi qu’à des contrôles continus. Il faut aller dans le sens d’un gèle les avoirs à l’étranger des grandes sociétés birmanes comme des responsables politiques ou économiques qui pillent les richesses de leurs pays au détriment du peuple Birman. Il faut soutenir l’opposition Birman dans sa lutte pour une démocratie réelle. Il est nécessaire d’apporter des restrictions à la libre circulation en Europe de l’élite Birmane. Je comprends qu’il soit nécessaire de respecter la souveraineté d’un Etat. Mais cette souveraineté ne doit pas apparaitre comme un argument pour l’élite d’un pays pour mettre sous contrôle tout un peuple. La souveraineté étatique a une limite qui est la protection des droits élémentaires des peuples. La société internationale doit protéger tous les peuples soumis à un régime politique qui bafoue ses droits élémentaires. Si aujourd’hui il est nécessaire de réagir c’est parce que la Birmanie est un pays riche : gaz, bois, pierres précieuses, pétrole. Cette richesse doit aller au peuple Birman et non pas à une élite politique et économique corrompu vivant dans l’abondance et la richesse. Une dernière question se pose à moi: dois-je revenir en Birmanie ? la réponse est affirmative. Le tourisme permet au peuple Birman de rester en contact avec le reste du monde. Le tourisme permet aussi aux petits commerçants et autres professions de faire vivre leur famille et subvenir à leurs besoins. Si vous devez aller en Birmanie vous serez très bien accueilli par ce peuple. Je vous encourage à y aller. Le pouvoir voit dans le tourisme une manne financière importante pour ses élites mais il craint aussi ce tourisme qui apporte de nouvelles valeurs, des valeurs libérales et démocratiques. Le peuple Birman je l’espère doit s’éveiller. Aidons-le… !!!

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.