Où en est le Golfe ? Décrypter pour aller plus loin.

Où en est le Golfe ? Décrypter pour aller plus loin.

Où en est le Golfe ?

La célèbre salle Médicis du sénat français a accueilli lundi 7 janvier de 18h à 21h un important colloque sur la crise du Golfe intitulé : Où en est le Golfe ? Décrypter pour aller plus loin.

Cette rencontre était organisée par le CEPS (Centre d’Etudes et de Prospectives Stratégiques) en partenariat avec l’IPSE (Institut Prospective et Sécurité en Europe) l’institut Robert Schuman pour l’Europe et la revue de la Défense Nationale.

Les 200 invités parmi lesquels de nombreux chefs d’entreprise, élus, hauts fonctionnaires, consultants, journalistes ont été reçus par M. Loïc Tribot la SPIERE, délégué général du CEPS et M. Xavier IACOUVELLI, sénateur du Groupe d’amitié France-pays du Golfe au sénat.

Ils ont tous les deux  dans leurs mots d’accueil insisté sur l’importance de ce colloque eu égard à la gravité de la crise avec comme corollaires les terribles incidences sur les familles séparées et déchirées et la désastreuse  guerre au Yémen et ses 8 millions de personnes en proie à la famine.

Ils nous ont rappelés que le Yémen nous concernait en tant que Terreau potentiel du Terrorisme. L’aîné des frères Kouachi n’y a-t-il pas été formé et entrainé ?

A l’instar de la plupart des intervenants de ce colloque ils ont souligné l’échec du Blocus lancé par l’Arabie Saoudite et ses alliés contre le Qatar qui au fond en a fait une formidable opportunité pour diversifier ses approvisionnements et renforcer ses liens avec la Turquie et dans une moindre mesure l’Iran.

Deux tables rondes étaient prévues. Une première ayant comme thème : « Réalité et impacts de la crise du Golfe » avec comme intervenant : Monsieur Louis BLIN chargé de mission Monde arabe et musulman au Centre d’Analyse de Prévisions et de Stratégie du Ministère de l’Europe  et des Affaires Etrangères, M. David RIGOULET-ROZE chercheur associé à l’IPSE et M. Jean YVES TOLOT conseiller du CEPS. Le Modérateur en était M. Emmanuel DUPUY, président  de l’IPSE. Monsieur DUPUY a introduit la table ronde en rappelant que la crise n’avait pas vraiment débuté le 07 juin 2017 avec le Blocus mais couvait déjà depuis quelques années avec les velléités de leadership qatari. En tout état de cause le Blocus qualifié de transitoire par le FMI n’a pas permis le contrairement de l’Iran et encore moins l’asphyxie du Qatar pour preuve le succès du forum de Doha.

Les intervenants de cette table ronde ont dans l’ensemble abondé dans ce sens.

Monsieur David RIGOULET-ROZE a rappelé que Doha ne craignait pas le boycot et citant l’émir TAMIM que les Qataris étaient cent fois mieux sans le quartet. Son intervention a porté sur les formidables opportunités que le Qatar a développées avec succès pour échapper aux effets négatifs du blocus grâce à son fond souverain de 300 milliards de dollars. Il a mis en exergue la plus grande attractivité du Qatar par rapport à l’Arabie Saoudite avec 2,6% de croissance économique et le satisfecit du FMI en matière d’investissements directs étrangers.

Jean-Yves TOLOT a renchéri en insistant sur les nombreuses entreprises Saoudiennes qui ont perdu des marchés au Qatar, les difficultés de Dubaï et en comparaison les excellents résultats de la bourse de Doha reflet de cette attractivité du Qatar pour les grandes entreprises mondiales notamment Françaises comme « Thalès », « Total », la Ratp … Le business continue plus que jamais.

Louis BLIN a insisté sur l’ancienneté de la crise et les raisons liées à la menace des frères musulmans soutenus par le Qatar ainsi que la crainte de l’expansionnisme de l’un des alliés du Qatar, l’Iran prompt à profiter du désengagement Américain dans le Golfe.

Soulignons d’emblée que ce dernier point a été relativisé voire contesté lors de la 2ème table ronde par Monsieur l’Ambassadeur BESANCENOT conseiller diplomatique du gouvernement pour le Golfe et Monsieur Michel MAKINSKY chercheur à l’IPSE et à l’université de Liège qui pour sa part a affirmé que l’Iran n’avait pas les moyens de ses ambitions dans le Golfe. Iamvi TOTSI vice-présidente de la Commission des Droits de l’Homme de la Conférence des OING du CONSEIL DE L’EUROPE était la 3ème intervenante de cette 2ème table ronde intitulée : « Le Golfe : Un espace en tension perpétuelle ? » ; animée par Jean-Christophe PLOQUIN rédacteur en chef de LA CROIX et président de l’ASSOCIATION DE LA PRESSE DIPLOMATIQUE.

Tous les trois ont abordé la question des relations avec l’Iran comme élément de crispation et mis en parallèle de leadership Saoudien et Emirien face à la volonté du Qatar de préserver une véritable indépendance et une politique originale consistant à donner la parole à la rue arabe. Le soutien du président TRUMP à MBS et MBZ a été analysé comme tributaire des contrats promis et risquait de changer car au final sur les 100 milliards de dollars de promesse seuls 4 milliards étaient sûrs.

D’autre part la convergence des Européens sur l’analyse de la crise et l’affaiblissement de MBS ainsi que la consolidation de l’axe Téhéran, Moscou, Ankara constituent aux yeux des panélistes des facteurs d’optimisme renforcés par les imbrications des populations et le poids de la géographie de territoires condamnés à vivre ensemble.

En conclusion de cette rencontre, Monsieur Ibrahim Sorel KEITA PDG de BDM TV et vice-président du CLUB GEOPOLITIQUE après avoir résumé l’essentiel des interventions a insisté sur les droits humains dont les violations flagrantes dans cette région principalement en Arabie Saoudite et aux Emirats Arabe Unis entachent les velléités réformatrices de leurs dirigeants et les mettent au ban de la gouvernance démocratique mondiale.

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