Chlordécone : Stupeur et indignation !

Déclaration du Conseil National des Comités Populaires (CNCP) – Martinique. Parue dans le journal « Asé Pleré, annou lité ! » du mois de février. Publiée sur le site de Voie Prolétarienne le 20 février 2021.

Après les procès de l’an dernier contre des militants anti-chlordécone, c’est cette fois la menace de prescription face aux plaintes déposées depuis 2006 par les associations, toujours sans suite, qui fait scandale. Et en plus, elles apprennent que les pièces ont été perdues au tribunal !!!
Face à la justice coloniale de l’Etat français qui ne se cache même plus pour défendre les empoisonneurs, nouvelle mobilisation le samedi 27 février, en particulier à 8h30 devant la Maison des Syndicats à Fort de France.
Pour l’occasion, nous publions un article paru dans le journal « Asé Pleré, annou lité ! » de ce mois de février, qui résume l’affaire.

Déclaration du CNCP – Martinique

CHLORDECONE : DLO DEPASE FARIN !

La question de l’empoisonnement au chlordécone est devenue un long feuilleton où le mépris vis‐à‐vis de notre peuple pousse des couches de plus en plus larges de la population à exprimer leur indignation et à se mobiliser. Le dernier épisode est cette annonce d’un possible non‐lieu après l’audition d’associations, constituées en parties civiles, et qui ont porté plainte pour empoisonnement.

Dlo dépasé farin ! Les premières plaintes ont été déposées en 2006. C’est une affaire que le journal Asé Pléré Annou Lité a suivi dès le début. Des associations comme l’Assaupamar (Association pour la Sauvegarde du Patrimoine de la Martinique), l’AMSES (Association médicale de Sauvegarde de l’Environnement et de la Santé) se sont exprimées. Ces associations, de même que l’association pour une Ecologie urbaine, ont été convoquées, le 20 janvier 2021, 14 ans après, devant le juge d’instruction pour être entendues.

Stupeur et indignation ! Le juge d’instruction annonce qu’on s’achemine vers un non‐lieu sous prétexte de prescription de 10 ans. Il y aurait en outre des documents ayant valeur de preuves qui auraient disparu du dossier judiciaire. Cela veut dire qu’il n’y aura pas de suite pénale ni de condamnation, alors que 92% de la population est contaminée au chlordécone et que le taux de cancer chez les ouvriers agricoles prend des proportions inquiétantes. Un empoisonnement sans coupables, sans condamnations ! Les Martiniquais ont besoin de vérité et de justice dans cette affaire. Nous ne pouvons rester sans réagir car ce scandale a atteint les limites de la moralité et de l’acceptable. C’est bien d’un crime d’empoisonnement à la chlordécone dont sont victimes les peuples de Guadeloupe et de Martinique. Il s’agit bien d’un crime d’Etat, comme le sang contaminé, l’amiante, le médiator… C’est l’Etat français qui a autorisé l’utilisation de ce produit dans nos pays, alors même qu’on en connaissait la dangerosité. Le pouvoir judiciaire protège l’Etat.

La lutte sur le plan judiciaire devra se poursuivre, et elle doit aussi continuer à se faire sur d’autres plans, comme les mobilisations et les manifestations pour exiger que les pollueurs soient condamnés, le travail de conscientisation et de propositions avec « Lyannaj pou dépolyé Matinik » et le Mouvement « Zéro chlordécone Zéro poison », l’action du « Collectif des ouvrier.e.s agricoles empoisonné.e.s par les pesticides ». Mais davantage encore, la capacité de notre peuple à s’unir autour de cette exigence fondamentale de justice, au‐delà des choix politiques, religieux ou philosophiques sera décisive pour l’issue de la bataille.

Conseil National des Comités Populaires

Asé Pléré Annou Lité n° 400, février 2021.

http://ocml-vp.org/article2181.html

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