Mon courrier Papillon, alors ça servirait à rien ?

Par Laurent Boyet, président-fondateur de l'association les Papillons. Auteur du récit d'Inceste "Tous les frères font comme ça" paru le 25 janvier 2016 aux éditions France loisirs. L'association les Papillons s'est donné pour mission de libérer la parole des enfants victimes de maltraitances avec ses boîtes aux lettres dans les écoles et les clubs de sport.

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Alors ça servirait à rien ? Les livres de quelques courageux.ses, les vagues #metooinceste, les interviews, les reportages, les lois qu'on veut changer, les commissions qu'on veut créer, les belles intentions des ministres... Tout ça pour rien ? Tout ce bruit pour finalement maintenir les enfants victimes dans le silence et à nouveau faire comme si tout allait bien dans le meilleur des mondes ?

Quelque part, en France, sur ce mot volontairement flouté, un enfant a trouvé le courage d'écrire sur l'inceste d'un frère. Au même moment, la Direction Académique du Loiret nous demandait de retirer deux boîtes aux lettres Papillons déployées depuis quelques semaines et dans lesquelles les enfants nous avaient beaucoup écrit.

C'est peut être ça le problème. Il y avait peut être trop de mots. Les enfants nous racontaient le harcèlement scolaire qu'ils vivaient, les incivilités, les attouchements dans la cour, vécus comme de véritables traumatismes par les jeunes filles. Et puis, au milieu de tout cela, il y eu deux situations qui ont justifiées une information préoccupante à la CRIP du Loiret.

Nous ne sommes pas là pour stigmatiser l'éducation nationale. C'est tout le contraire même. Alors pourquoi nous considèrent ils ainsi ? Pourquoi nous méprisent ils ainsi ? Mais s'il n'y avait que nous à pâtir de leurs frilosités complices, ça ne serait pas grave. Mais au milieu de leurs inactions, il y a des enfants, des enfants qui comptaient sur nous, des enfants qui, en écrivant si souvent à la boîte aux lettres Papillons nous montraient qu'ils avaient confiance en nous.

Alors on se décourage, juste le temps de reprendre son souffle. Et on repart, avec encore plus de hargne. On met dans la boucle les député.e.s locaux qui prennent immédiatement contact avec le rectorat. On fait des interviews pour les montrer du doigt, pour qu'ils assument. On se bat. 14 mots dans les boîtes aux lettres hier... Oui on se bat. Parce que notre dispositif fonctionne et que les enfants attendent. On ne lâchera rien. Jamais. C'est peut être ce qu'ils espèrent. Ils risquent d'être déçus...

www.associationlespapillons.org

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