De NKANI à DAH : L'étrange destin d'un homme...

L'intronisation de l'ancien Directeur de Cabinet du Président de la République Gabonaise comme Dah du Royaume d'Abomey au Bénin a fait l'objet de diverses interprétations. Explications.

 

 

 

 

 

 

 

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 « Le temps a ceci de particulier: c’est qu’il ramène les Rois sur leurs trônes et les bouffons dans leur cirque ». Cette phrase assez célèbre mériterait d’être revisitée à l’aune des informations faisant état du retour definitif du président gabonais Ali Bongo Ondimba et de l’intronisation de Sa Majesté Dah Houndji Hounnon de son état civil Maixent Accrombessi. L’un et l’autre étant en train de revenir chacun en ce qui le concerne sur leur trône.


En devenant gabonais et adopté à Bongoville le patriarche Omar Bongo lui attribuera le nom Nkani ce qui signifie Chef en langue Téké. Était ce prémonitoire ? Car ce nom préfigurait déjà d’une destinée royale. Pour ceux qui ont côtoyé la maîtrise des us et coutumes bantoues du patriarche, il n’aurait pas donné ce nom à un esprit léger ou ordinaire.


En effet, cette consécration marque la reconnaissance par ses pairs de ce fils de l’ancien Dahomey et qui a choisi de servir fidèlement et loyalement son frère Ali Bongo Ondimba.
D’ailleurs ce nom signifie dépositaire du pouvoir et des secrets des hommes. Mieux, l’emblème de cette lignée royale symbolise la fidélité sans faille au péril du sang et de sa vie. C’est à dire que ce fils est fidèle jusqu’à donner sa vie au service d’une cause. Est ce à cause de ses attributs qu’il finira combattu par les siens?
Le patriarche savait-il que son fils adoptif présentait des qualités humaines et spirituelles qui le conduiraient tôt ou tard à prendre le relais des pères? Et au service du président gabonais, il s’est avéré être un atout majeur de son action politique. Seul le temps semble aujourd’hui donner raison à celui que d’aucuns ont passé le temps à combattre, calomnier et rejeter alors qu’il s’avère désormais qu’il est plutôt la pierre angulaire qui doit cimenter le pouvoir du président Bongo.


Un petit rappel historique nous emmènerait à entrevoir la fin d’un des rois du Dahomey, Agoli Agbo, envoyé en exil au Gabon à la suite du sacrifice de 41 esclaves à la mémoire de son défunt papa dans le cadre de l’exécution d’un rituel. Ce dernier au Gabon prendra ses marques et y laissera une famille. D’ailleurs, combien de familles gabonaises aujourd’hui estampillées dans nos communautés ne portent pas des noms d’origine béninoises? Comme pour démontrer les liens anciens et séculaires entre ces peuples côtiers.

Qu’est ce qu’un DAH?


Un Dah est le dépositaire des secrets des hommes et l’intermédiaire entre Dieu, les ancêtres et les vivants. Ce rôle central dans le développement de nos communautés actuelles est plus que nécessaire à expliquer aux générations futures. Le Dah joue un rôle culturel, religieux et spirituel pour chacun des hommes. Il incarne donc les volontés de nos ancêtres. Notre compatriote qui a reçu la consécration  prouve donc à suffisance la nature de la quintessence spirituelle qui est la sienne justifiant une destinée hors pair. Omar Bongo avait donc vu avant tout le monde l’accomplissement de ce cheminement spirituel et avait jugé juste de lui donner le pseudonyme de Nkani pour symboliser l’homme qui fait le lien entre le monde des ancêtres et celui des vivants.


Cette couronne sur la tête du frère cadet du Président ne pourra que réconforter les assises du fauteuil présidentiel. Tout pouvoir est avant tout et d’abord spirituel dans les items africains et bantous. Les attributs du Dah vont sans nul doute participer à affermir le pouvoir du président gabonais convalescent. Un Dah n’a pas vocation à faire de la politique parce qu’il est au dessus des clivages politiques, il doit rassembler les hommes il ne peut donc pas avoir de parti pris. Ce rôle n’est donc pas compatible avec l’exercice de toute autre forme de fonction politique.

La fonction de Dah est le fruit d’une destinée, un statut social au dessus des considérations partisanes. Un Dah ne peut donc pas avoir vocation à faire de la politique mais plutôt à se mettre au service de son prochain en vue d'indiquer le chemin vers la vertu et la vérité tel que préconisé par les ancêtres et Dieu dont il est le mandataire.

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