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Billet de blog 9 mai 2020

Le monde d’après à la lumière du territoire

L’adaptation du déconfinement aux réalités de chaque territoire illustre la prise de conscience tardive et inefficace du gouvernement, de l’enjeu central du territoire. Durant cette période, la pandémie révèle des inégalités territoriales corrélées, exorbitantes et cumulatives. Quel monde d’après souhaitons-nous et comment y parvenir ? Réflexion et proposition d'un groupe de citoyen.ne.s.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

L’adaptation du déconfinement aux réalités de chaque territoire, avec des dates d’ouverture de commerces différentes, des plans de transports adaptés à chaque région voire à chaque ville, illustre la prise de conscience tardive et inefficace du gouvernement, de l’enjeu central du territoire.

Durant cette période, la pandémie révèle des inégalités corrélées, exorbitantes et cumulatives. Le creusement de ces dernières entre collectivités vient renforcer les démarcations entre les populations - inégalités urbaines (résidents en milieu pavillonnaire, à la campagne, ou dans des immeubles plus ou moins denses), générationnelles (inégalités de l’accès au soin et au numérique selon les régions et départements), salariales (personnes vulnérables –migrants, personnes âgées et isolées- et travailleurs de cordée de métiers ordinairement déconsidérés mais dont le rôle s’est révélé essentiel dans la solidarité et la survie nationale).

Pour exemple, la surmortalité du département de Seine-Saint-Denis (93) a été éclairée à plusieurs reprises par des analystes : la densité du nombre d’habitants/m², la fragilité économique, le défaut d’une information éclairée et compréhensible, l’accès aux soins réduit, les pathologies chroniques de la pauvreté comme l’obésité exacerbent l’apparition du Coronavirus dans ces populations.

Le territoire humain, extension du territoire animal, est l’enjeu de la pratique d’un pouvoir, articulant une conception de l’intérêt général à des particularités locales. Nous gageons que le prisme du territoire permet de penser une humanité à la fois solidaire et moins fragile et en appelons au renouveau d’une politique nationale d’aménagement du territoire, conduite sur le long-terme, largement décentralisée et déconcentrée. L’invitation à arpenter l’univers des possibles, proposée par plusieurs organisations ces dernières semaines, n’est pas un simple exercice de style. Elle se manifeste par l’élaboration d’une pensée complexe de la société sur le rôle dévolu aux institutions, et la proposition de solutions pour répondre aux enjeux sociaux, environnementaux, et économiques.

Quel monde d’après souhaitons-nous et comment y parvenir ?

Une réforme du service public et des institutions : des décisions plus locales et une justice fiscale

Le service public doit retrouver son sens extensif de mission d’intérêt général et de proximité. Il faut réinvestir le service public avec des moyens conséquents afin de réduire les fractures économiques et sociales. Or, la réforme des services publics impulsée en 2019 par le gouvernement d’Edouard Philippe a pour but assumé d’en réduire les moyens : suppression de 120 000 agents fonctionnaires, favoriser les contrats courts, dits contractuels, au détriment des CDI et recrutements sur concours, et du gel du point d’indice. Le financement d’une réforme du service public est possible par une recette simple : la justice fiscale. Il s’agit d’imposer de manière pérenne et unitaire les profits des multinationales ainsi que de renforcer les sanctions de fraude fiscale. La réforme fiscale indispensable nécessite de repenser l’impôt des particuliers tout en taxant le capital davantage que le travail. Au minimum, la mutualisation au niveau européen des dettes des pays membres, au meilleur cas l’annulation de celles-ci, permettront d’éviter la spéculation sur la dette et de renforcer le sentiment de la solidarité européenne.

Des services de santé à proximité

Les restrictions budgétaires dans les hôpitaux, la tarification à l’activité (T2A), la réduction de lits, sont dénoncées sans relâche par les soignant-e-s depuis 10 ans – elles avaient tout de la catastrophe annoncée. Les départements d’Outre-Mer sont les plus touchés par les déserts médicaux. L’efficacité du maillage sanitaire, l’accès à des services de soin de qualité et de proximité sont des conditions de la vie des français-e-s qui pourraient s’inscrire dans une démarche de qualité pour obtenir des soins en moins d’une heure. Sur le court terme, il s’agit d’attirer de nouveaux médecins sur les territoires délaissés en multipliant les mesures incitatives financières, d’offres de loisirs, et d’écoles. Les entreprises de secteurs stratégiques (pharmacie, biotechnologie...) doivent être relocalisées en France pour assurer une production constante, adaptative et accessible et parer aux pénuries lors de crises sanitaires.

L’école de la République comme ascenseur social sur tous les territoires

L’école primaire et secondaire se caractérisent par une rareté des établissements classés Réseau d’éducation prioritaire (REP) ou REP+, dans des zones rurales de fort décrochage scolaire, le manque d’écoles publiques dans certaines communes et le faible taux d’encadrement. Nous souhaitons une école de la République, avec un nombre de classes pérennisé dans le temps pour le primaire, une éducation transversale à l’écologie par l’exploration de la faune et la flore locales, ainsi que la mise en place par l'Etat de la fibre sur l'ensemble du territoire pour mettre fin aux zones blanches numériques et au désenclavement des territoires. Renforçons et valorisons les formations professionnelles en favorisant la pluralité des enseignements et leur reconnaissance dans notre société. La réduction des inégalités passera aussi par une équité dans la qualité, la quantité de l’enseignement proposé et la formation continue.

Le rayonnement de la recherche française à l’international

La recherche médicale et sur la sobriété énergétique ne peuvent se mener à l'aune du court-termisme. Le statut des vacataires et contractuels, sans protection salariale, doit être reconsidéré, en tant qu’élément clé du dynamisme de l’université et de la recherche. La générosité des fondations caritatives ne peut se substituer à un investissement étatique conséquent et constant dans l’A.N.R qui doit réformer ses appels pour intégrer le financement de projets ayant moins de résultats préliminaires. Ces mesures simples permettront d’attirer les étudiants les plus brillants, de créer des collaborations nécessaires, et de faire rayonner la recherche française à l’international.

Une culture française soucieuse des différentes échelles

Après un désengagement de l’Etat dans la culture par des baisses budgétaires successives, le secteur subit une perte de revenus considérables. La pandémie risque d’accentuer les inégalités territoriales de maillage culturel, fragilisant davantage grandes et petites structures. Garantir la diversité de l’offre culturelle est nécessaire, par des aides ciblées pour les artistes, structures et projets artistiques expérimentaux. Pour ce faire, il faut limiter la fuite de capitaux en instaurant une taxation plus juste des géants numériques afin de les faire participer au système de rétribution des artistes. La politique culturelle doit également permettre le renforcement du soutien aux initiatives culturelles locales ainsi qu’aux fonds régionaux. Une culture diversifiée est un moyen de démocratisation de l’éducation et un levier économique puissant qui favorise l’attractivité des territoires : tourisme, restauration, hébergement, patrimoine historique.

Re-créer un tissu industriel local et national et favoriser le circuit court

Les industries clefs, telles l’automobile et l’aéronautique, doivent faire l’objet d’une véritable politique stratégique de l’Etat pour faire face au choc économique. Celle-ci doit cependant être conditionnée à des critères précis d’éco-responsabilité et des promesses contractuelles de transition écologique. Les délocalisations, vécues avec douleur par les salariés, entrepreneurs et élus locaux, se traduisent par une perte d’emplois, des exodes régionaux, un manque à gagner pour le marché du travail français, une perte de puissance stratégique préoccupante et un impact environnemental lourd. Il faut engager une relocalisation pérenne pour rendre la France à nouveau souveraine en matière de production. L’économie de proximité permettra de dynamiser l’emploi et lutter contre le chômage : le rapprochement des sites de production et du marché garantira des prix bas et justes pour le consommateur et le producteur. L’autonomie alimentaire, actuellement de trois jours pour les communes, sera assurée en cas de catastrophe, comme la pandémie de Covid-19. Cette focale sur le local participera à la réévaluation de métiers dits « invisibles » mais essentiels : agriculteurs, caissiers, éboueurs... Ainsi le monde solidaire se réinvente : la productivité locale permettra à la France d’être un relai pour nos voisins européens et à l’international en cas de désastre sanitaire ou humanitaire et d’honorer l’héritage des droits de l’Homme.

  Nous devons nous assurer que l’échelon territorial ne soit pas une simple variable d’ajustement du gouvernement mais une base essentielle dans la réflexion sur le monde d’après. La pandémie révèle l’importance de l’enjeu de l’égalité des territoires pour résorber les inégalités, favoriser la cohésion sociale et la solidarité nationale. Il témoigne aussi de l’urgence, vitale, de l’amélioration de la gouvernance nationale et territoriale à cet égard.

Le groupe Manifestons au Balcon

Créé le 21 mars 2020, Manifestons au Balcon est un groupe citoyen d’individus d’horizons politiques et apolitiques divers, formé en protestation aux ordonnances du titre II du volet social de l’urgence sanitaire. Des membres du groupe ont décidé de se réunir pour écrire sur un sujet qui leur semblait particulièrement crucial et laissé à l’écart des discussions actuelles : les inégalités territoriales, le monde d’après à la lumière du territoire. Cela ne préjuge pas des idées du groupe Facebook “Manifestons au balcon” sur la question.

Un livret d’explication juridique sur les ordonnances et les raisons de se mobiliser est disponible sur le groupe Facebook.

Dominik Abbas, étudiant en science politique, militant UNEF,

Nathan Abou, secrétaire national des Jeunes Socialistes (MJS),

Monique Aglae, militante du Parti Socialiste

Hayat Alim’ze, étudiante en communication publique,

Émilie Alonso, fonctionnaire territoriale, militante Jeunes Socialistes (MJS) 

Pierre Amon, ingénieur-conseil en éco-conception,

Laure Assayag, doctorante en études politiques,

Loïs Ben Aïoun, ingénieur,

Emma Bordier, doctorante en astrophysique,

Quiterie Bordier, étudiante en médecine,

Michel Canet, docteur en histoire et enseignant, militant du Parti Socialiste,

Éric Checco, metteur en scène, directeur artistique,

Elie Claustre, étudiant en droit, militant de la France Insoumise,

Maxime Daeninck, étudiant, Président de l’association Débattre en Sorbonne

Johnny Delort-Dedieu, enseignant-Formateur à l’INSPE - UPEC, militant du Parti Socialiste,

Caroline Dugue, assistante sociale, militante de la Gauche Républicaine et Socialiste,

Jérémy Ferrant, enseignant,

Brice Gaillard, docteur en sciences politiques, militant du Parti Socialiste,

Mathias Goldberg, étudiant en kinésithérapie, militant Génération·s,

Rémy Goubert, représentant CVL dans le Cantal,

Christophe Grégorio, militant associatif, retraité,

Fréderique Grisel, étudiante en droit,

Witold Hochgürtel, étudiant en Histoire

Pamela Hocini, chargée d’indemnisation des victimes, syndicaliste CGT, militante France Insoumise,

Karolina Kazmierska, artiste plasticienne,

Lev Khvostenko, réalisateur,

Julien Le Provost, étudiant en droit, militant de la Gauche Républicaine et Socialiste,

Dominique Lerch et Anne Boyer Lerch, retraités,

Marie Noëlle Lienemann, Sénatrice de Paris Gauche Républicaine et Socialiste, Ancienne Ministre du Logement,

Florian Mazet, étudiant en sciences politiques, militant de l’UNEF, élu au Conseil d’Administration Université Paris 10 Nanterre,

Valentin Morgado, cadre de la fonction publique, militant du Parti Socialiste,

Mathilde Nutarelli, étudiante en économie, militante Génération·s,

Alain Pachot, référent de la GRS Seine-et-Marne,

Damir Pinek, doctorant en physique,

Inès Rabeï, étudiante en sciences politiques, militante Jeunes Socialistes (MJS),

Shaïstah Raja, étudiante en droit, militante de la Gauche Républicaine et Socialiste,

Luc Rangon, fonctionnaire territorial, militant du Parti Socialiste,

Etienne Sauthier, enseignant,

Isabelle Simon, enseignante,

Brayen Soorana, collaborateur parlementaire, militant de la Gauche Républicaine et Socialiste,

Félix Terrier, étudiant en édition,

Yvanna Trambouze, scénariste,

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