La colère des manipulateurs en électroradiologie médicale

Peu connus et pas considérés, les manipulateurs en électroradiologie médicale ont décidé de se faire entendre. Rendez-vous est pris pour le 21 janvier, jour de grève nationale des manipulateurs en électroradiologie médicale.

Manipulateur radio ? « Jamais entendu parlé » diront la plupart des gens et pourtant, 90% de la population passera un jour entre nos mains. Qui sommes nous donc ? Techniciens spécialisés et soignants, nous ne sommes cependant considérés ni vraiment comme l’un et pas du tout comme l’autre. Dans les faits après 3 ans d’études paramédicales, les manipulateurs ont un domaine de compétences large tel que l’imagerie médicale en réalisant les actes de radiographie, IRM, scanner et aide opératoire en radiologie interventionnelle. Mais ils sont aussi présents dans les traitements de radiothérapie et les examens de scintigraphie en médecine nucléaire. Notre métier est indispensable aux diagnostics, aux suivis et aux traitements des patients, nous avons une place prépondérante dans le parcours de soin des malades dont nous sommes toujours au contact. N’est ce pas la définition même du soignant ? Pourquoi ce titre nous est il alors refusé ? Créé dans les années 70, ce métier n’a cessé d’évoluer avec l’apparition du numérique mais aussi dans d’autres domaines tels que la prise en charge de la douleur, l’hypnose, l’hygiène, la

radioprotection, le tutorat… sans que notre investissement ne soit reconnu. Nous avons absorbé cette surcharge de travail sans jamais nous plaindre et pourtant aujourd’hui nous sommes en grève et dans la rue, quelle en est la raison ? L’étincelle qui a enflammé notre colère a un nom « la prime Buzyn » dont nous ne pouvions pas bénéficier mais cela fait écho à un mal bien plus profond, un ressentiment contenu à tort depuis des dizaines et des dizaines d’années.

Encore une fois, nous les manipulateurs en radiologie avons été les oubliés des annonces de Mme Buzyn. Comment pourrait il en être autrement, nous ne sommes que 35000 sur tout le territoire et n’avons jamais exprimé notre mécontentement ?
Depuis novembre dernier, une mobilisation sans précédent est apparue. Les manipulateurs ont décidé d’être enfin dans la lumière, d’exprimer leur malaise et de faire connaitre leurs conditions de travail dégradées auxquelles ils doivent faire face tous les jours.

Comme tout le reste du milieu hospitalier, nous subissons les coupes budgétaires qui empêchent le remplacement du matériel vieillissant et ne permettent plus des embauches pérennes. Ces conditions usent le personnel qui doit sans cesse composer avec des remplacements de nuits, de
week-ends tout cela au détriment de la vie familiale. Malgré cela, nous faisons au mieux pour les patients car ils sont et resteront toujours notre priorité. Ce ne sont et ne seront jamais des clients. Aujourd’hui il faut faire vite, bien et avec moins de moyens mais quand les pouvoirs publics
comprendront ils que la santé n’est pas une entreprise ?

Pour se faire entendre, les manipulateurs ont décidé de mettre fin aux glissements de tâches chronophages (brancardage, secrétariat…) dans le but de se recentrer sur la prise en charge des patients. La cotation des examens, un acte médical qui nous était imposée depuis toujours
et que nous avons décidé d’arrêter a eu pour conséquence de fortes pertes financières pour les établissements. Il aurait été si simple que les médecins prennent le relai d’un acte qui finalement leur revient mais les directions de tous les hôpitaux de France ont préféré faire pression sur les manipulateurs et les menacer car nous en sommes arrivés à des menaces de sanctions disciplinaires et de retenues sur salaire courrier à l’appui.

C’est intolérable et inacceptable. Nos demandes de rendez-vous auprès de la ministre de la santé Mme Buzyn sont restées lettres mortes, encore une marque de mépris supplémentaires à notre égard. Nous voulons une revalorisation salariale en regard de nos niveaux de compétences et
de responsabilités, le renforcement des moyens financiers destinés à améliorer nos conditions de travail et recruter des manipulateurs sur des emplois non précaires. Nous devons pouvoir accéder aux formations afin de faire évoluer nos qualifications et de pouvoir atteindre des niveaux
supérieurs.

Les manipulateurs demandent une reconnaissance de leur statut de soignant et de la pénibilité de leur métier. Est il vraiment sérieux de croire qu’à plus de 64 ans nous pourrons encore soigner correctement nos patients ? Nous devons pouvoir partir à la retraite plus tôt et sans décote.
Notre combat ne fait que commencer mais nous ne céderons pas aux menaces et il serait malvenu de prendre notre manque d’expérience en terme de lutte sociale pour de la faiblesse.

Nous ne lâcherons pas. Rendez-vous est pris pour le 21 janvier, jour de grève nationale des manipulateurs en électroradiologie médicale.

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