Mon programme pour Nice

J’me présente, je m’appelle Henry, j’aimerais bien réussir ma vie… citoyenne.

Pour réussir cette vie, j’ai décidé, en ma qualité de farouche opposant aux combats de coqs,  à la présence des bêtes dans les cirques, y compris politiques, et à la chasse, entre autres aux électeurs, tels qu’ils sont pratiqués sans discontinuer depuis plusieurs mois sur l’aire niçoise, de me porter candidat aux municipales de l’an prochain.

Les deux coqs auxquels je pense vivaient en parfaite harmonie dans la même basse-cour depuis 25 ans mais, se sentant pousser des ailes, le plus petit, celui qui a la crête dégarnie, a commencé un jour à ergoter avant de finir par voler désormais en permanence dans les plumes de son aîné.

J’aurai donc face à moi, lors de cette élection, entre autres et en toute hypothèse, Estro sinueux et Eric si hautain.

L’un est Macron-compatible, l’autre semble Marion-compatible : je serai Mariole-compatible.

Mes concurrents sont ou ont été des francs-maçons ? Je serai l’euro-marin. Dois-je en effet rappeler que nous avons changé de monnaie depuis 17 ans et que nous n’avons pas besoin ici, au bord de la mer, de maçons pour construire des murs comme celui de Trump pour nous protéger des migrants, mais plutôt de marins pour arraisonner leurs bateaux ?

« Mon parti ? Comme celui des « constructifs », apparu juste après la dernière présidentielle, semble être mort-né ou en sommeil profond, je vais créer, à mon image, celui des « vieux constructifs » ».

Si son ex-ami de trente a, par force, cessé de faire la roue devant Sarkozy, puis Fillon, puis Wauquiez, la roue d’Estrosi va à nouveau tourner avec ma victoire, après celle de la loterie familiale de la gare du Sud puis celles de ses motos, et vous vous demandez à juste titre : que va devenir Christian une fois défait ? C’est une bonne question et j’ai une bonne réponse.

Vous vous souvenez peut-être que lors d’une interview il y a quelques années, il avait indiqué que, s’il devait à nouveau un jour être ministre, c’est à la culture qu’il aimerait officier.

Et bien, compte tenu de ses antécédents et comme il semble en assez bons termes avec le Président,  celui-ci pourrait lui confier le poste de Secrétaire d’Etat à la motoculture. Après tout, ne lui doit-on pas, à la suite de ceux obtenus sur les circuits, un certain nombre de magnifiques succès en matière de culture avec : l’aménagement par l’Architecte Jean Nouvel d’un musée dans la batterie du Mont-Boron, l’animation par Sophie Duez du plateau artistique des Abattoirs, la création par Françis Huster d’un théâtre dans l’ancien Musée de la Photographie ou le maintien d’Irina Brook à la direction du Théatre National de Nice ?

Quant à Eric Ciotti, une fois lui aussi battu, il retournera à son activité de député-crs (chrétienté, rigidité, sécurité).

Mais revenons-en à moi puisque c’est certainement ce qui vous intéresse.

Ma devise : j’hésite entre « Nice m’attend » et « Nice m’atteint au cœur » ; mais je bavasse trop et souhaite à présent aborder mon programme.

Ciotti veut avant tout baisser les impôts locaux en freinant les dépenses, Estrosi veut quant à lui privilégier les investissements ? : je ferai la synthèse en augmentant les impôts tout en supprimant les investissements.

J’aurai à choisir entre la position d’Estrosi qui veut envoyer le personnel du département à métropole-emploi et celle du duo (jusqu’à quand ?)  Ciotti/Ginesy qui plaide pour une métropole-nécropole.

Les habitants de la Trinité veulent que le tram aille jusque chez eux ? Et bien, moi Président, de la métropole, ils auront satisfaction, à Pâques ou à la Trinité.  (Bon, il semblerait aux dernières nouvelles que la position d’Estrosi sur la question ait tout récemment évolué).

Pour éviter dans le tram les frottements un peu appuyés contre les femmes, facilités par la promiscuité, je prendrai une mesure qui fera du bruit : faire circuler des rames-dames aux heures de pointe (!), sous réserve que cette mesure discriminatoire ait l’agrément de la Secrétaire d’Etat à l’égalité entre les femmes et les hommes, Mme Shiappa-pourcas, digne héritière du célèbre « Chiappa-can » que les vieux niçois ont bien connu.

Plus de tram à Nice donc moins besoin de bus. Qu’à cela ne tienne, nous transformerons ceux-ci, pour les habituelles festivités niçoises de février, qui auront lieu désormais sur la mer, en cars navals, avec gay pride sur chars à voile et à vapeur, grosses têtes deux noeux, ou trois pour les plus rapides, masques avec palmes au charançon rouge (c’est un nouveau modèle de char, importé),  interminables serpentins de mer et confettis découpés dans de la socca pour éviter la pollution et pour nourrir les poissons.

Installation au bord de l’eau, tout au long de la Baie des Anges, de rouleaux de barbelés afin d’empêcher l’accostage de bateaux de migrants. Bon, si cela améliorera nos statistiques de noyade à nous, mais pas à eux, ça ne va pas plaire aux nageurs qui ne pourront plus se mettre en grève alors, pour noyer le poisson, j’aménagerai pour eux des plages le long des berges du Var et j’instituerai le Dimanche comme « jour du baigneur ». J’ai obtenu la bénédiction du Pape qui, grand seigneur, a accepté pour une fois de ne pas prêcher pour sa paroisse, il est vrai de moins en moins fréquentée, en abandonnant la marque déposée du jour de son patron.  L’avantage du Var c’est l’absence certaine de requins, dans ses eaux du moins …

A l’embouchure de ce fleuve, remplacement de la zone « Natura 2000 » actuelle par une zone « naturisme de mise », les oiseaux à poil remplaçant ainsi ceux à plume qui seront invités à migrer à l’embouchure du Paillon, à l’arrivée des coulures vertes, où ils éviteront les coups de soleil.

Pour rajeunir la population niçoise, une mesure radicale importée des USA : remplacement sur la Promenade des chaises bleues actuelles par des chaises électriques, de la même couleur ; leurs utilisateurs n’y verront que du bleu.

Création au sein de la police municipale et en liaison avec les opérateurs de  téléphonie mobile d’une brigade de recherche des égarés en double file, particulièrement devant les débits de boisson.

Interdiction à la bande de constructeurs âpres au gain de continuer à bétonner à plein tube les collines niçoises, afin d’éviter de noyer leurs voies d’accès et le centre ville sous des flots, parfois communs, de pluie et de véhicules.

Création de la nouvelle prison, indispensable nous dit-on mais dont personne ne veut près de chez lui, dans l’enceinte du stade Allianz-Riviera, actuellement utilisée  à peine deux heures tous les quinze jours, avec transfert des prisonniers par tram sécurisé sur la plage gardée, les soirs de matches, cette solution permettant ainsi de régler d’un seul coup deux problèmes épineux.

Transfuser de fonds le quartier de l’Ariane pour qu’il décolle enfin et, pour faire le pendant, à l’Ouest, à l’Hôpital Ste-Marie, créer un nouvel hôpital psychiatrique aux Moulins pour ceux ayant un grain, ou plusieurs.

L’ancien hôpital du centre-ville, actuellement désaffecté, devrait pour sa part conserver son orientation de chirurgie esthétique. Après les seins-rocs, il est prévu désormais un hôtel de peau lisse : ira-t-on s’y dérider ?

Dans le cas où, comme cela est actuellement envisagé, la légalisation du cannabis interviendrait en France, j’autoriserai l’ouverture de canabistrots (il y a bien aujourd’hui des bars à chicha, pourquoi pas des bars à hachich ?) et je demanderai au Père Florini, curé chanteur et restaurateur de St-Pierre d’Arène, qui distille la bonne parole aussi bien que son « pastis de Nice », d’organiser une compétition entre les consommateurs de celui-ci et ceux du « cannabis de Nice » pour voir ceux qui arriveront le plus vite à notre destination finale à tous. On ne sait pas si celle-ci sera le paradis mais, en tout cas, elle n’aura rien d’artificiel. Le père en question, qui se prend pour un Jésus méditerranéen en changeant l’eau en alcool comme aux noces de Cana, devrait être en mesure de mettre sur pied un tel Cana-bis après transformation en chanvre des mauvaises herbes cueillies autour de la Madone d’Utelle.

Sur ce sujet, lorsque la vente libre de cette drogue fut autorisée pour la première fois aux USA, dans l’Etat du Colorado, j’avais pondu le 4.1 suivant qui, d’après l’Académie Française et moi-même, restera dans les mémoires :

  • Le titre : « Cannabis pas loin ».

« Dans les banques à Denver, ça craint pour toi dealer, on peut sans faire de foin ouvrir un compte joints ».

  • Et en postface : « OK, mais est-ce un bon plant ? »

Je reviens à mon programme. Attention, une mesure d’assez mauvais goût et mauvaises odeurs : pour décharger un peu Haliotis, création d’une nouvelle station d’épuration, à la Libération….

Suite aux plaintes répétées des riverains et, principalement, des rares agriculteurs  qui n’ont pas encore été chassés du coin et qui sont à l’extérieur toute la journée, concernant la répercussion des bruits entre les collines dominant de part et d’autre la plaine du Var, insonorisation de l’Echo-Vallée.

Mise en application immédiate auprès des chasseurs du nouveau précepte : « Balance ton port d’armes », au bénéfice du gibier, des promeneurs, des vététistes et des usagers des trains.

Je militerai pour que Nice la Belle garde sa splendide académie que le ministère voudrait greffer sur sa rivale phocéenne moins bien charpentée et j’appellerai à ce qu’on lui fasse enfin la cour, réservée jusqu’à présent à Aix la bêcheuse.

J’honorerai une personnalité très connue et appréciée tout particulièrement à Nice, d’origine bretonne et qui a été mariée deux fois et a eu trois filles et pas de garçon : je veux parIer bien entendu de Jean-Marie Le  ……. Clézio, qui s’est fait connaître par « Le Procès-Verbal » quand l’autre continue à se faire connaître grâce à ses nombreux procès pour  incartades  verbales.  Au sujet de Le Clézio, comment comprendre que l’on n’ait pas encore donné, à ma connaissance, au seul prix Nobel qui y est né, le nom d’une école ou d’un autre lieu public de la ville de Nice alors que, Estrosi et Ciotti pour une fois réunis, on a récemment inauguré en grande pompe le nom d’une rue niçoise – en cul de SAC ? - à Charles Pasqua ?

Il serait aussi question que la rue Deloye, dans le dos de la Société Générale, prenne le nom de « Spaggiari », en gardant l’esprit des lois… du milieu.

Instauration de cours obligatoires d’amabilité pour les taxis niçois dont l’impolitesse semble proportionnelle au clinquant et à la longueur de leurs autos et pour les secrétaires médicales qui semblent toujours frustrées que l’on prenne des rendez-vous avec leurs patrons plutôt qu’avec elles.

La mise en application de cet alléchant programme ne devrait pas pour moi tarder plus longtemps, avant que les diverses joyeusetés de l’existence ne viennent égayer mon futur : embonpoint à la ligne, dmla où tu veux, surdité pas un peu con ?, arthrose bonbon, prostate le terrain, avc sur le palier, cancer à rien de pleurer,  métastase sous la cafetière, parkinson avant d’entrer, alzheimer d’alors, le tout accompagné de force prélèvements à la source par l’école-labo des toubibs, coloscopie recto-verso, radios haute-fréquence, scanners de pas y toucher….  

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