Un Green New Deal écologique et social

Inondations meurtrières en Allemagne et en Belgique, températures records en Amérique du Nord, feux géants en Sibérie... les impacts du dérèglement climatique sont de plus en plus violents, partout sur la planète.

Les fuites du prochain rapport du GIEC nous alertent sur un réchauffement climatique encore plus rapide que prévu, et le seuil de 1,5°C pourrait être franchi dès les prochaines années. Le monde est désormais plus chaud qu’il ne l’a jamais été au cours des 12 000 dernières années. Sur tous les continents, de nombreuses personnes subissent déjà les conséquences d’un climat déréglé. Les populations les plus affectées sont aussi les plus pauvres, alors même qu’elles sont pourtant les moins responsables de la destruction de l’environnement.

Nous ne pouvons pas rester immobiles face à la lenteur des négociations internationales sur le climat. Nous ne pouvons pas accepter cet échec collectif devant l’urgence climatique. 

Les dirigeants du monde ont trop tardé à agir malgré les alertes des scientifiques. L’espoir est réapparu lorsque la jeunesse s’est mobilisée avec une force incroyable, partout dans le monde, et a réussi à mettre le climat à l’agenda politique. Mais la frustration des jeunes activistes se fait de plus en plus grande face à l’inaction climatique des gouvernements. Les grands discours sont rarement suivis d’actions et le “business as usual” reste la règle. 

Le mois dernier, le G7 a présenté un nouveau partenariat nommé “Reconstruire un monde meilleur”, qui ne fixe aucune échéance  pour la sortie du charbon et échoue à soutenir les pays les plus vulnérables au changement climatique. 

La Commission européenne a également présenté, en fanfare, son “paquet climat” la semaine dernière. Malgré certaines avancées, l’Europe n’est même pas certaine d’atteindre l’objectif de réduction de ses émissions de 55% qu’elle s’est fixée pour 2030, déjà loin des 65% nécessaires pour respecter l’Accord de Paris. En choisissant d'étendre le marché carbone aux transports et aux bâtiments, la Commission fait par ailleurs encore le choix de faire payer le coût de la transition aux ménages les plus pauvres.

Face à l’inertie politique et aux mesures tardives et contre-productives, nous, femmes et hommes politiques du monde entier, devons maintenant agir plus vite. Nos électeurs nous ont donné le pouvoir de modifier les règles au niveau national et mondial. Nous n’avons plus le temps, nous n’avons plus d’excuses. N’attendons pas le mois de novembre et la COP26, agissons dès maintenant avec radicalité et ambition pour un monde plus vert et plus juste. Nous avons un plan pour permettre l’épanouissement de chaque être humain dans le respect des limites planétaires, un plan pour lutter contre les inégalités sociales. Ce plan c’est le Green New Deal social et écologique.

Inspiré par le Green Deal mis en place par le Président américain Roosevelt pour faire face à la Grande Dépression des années 30, le Green New Deal s’appuie sur deux piliers. Il s’agit d’abord de repenser nos systèmes financiers et fiscaux pour qu’ils répondent aux besoins des peuples et garantissent les ressources nécessaires à la bifurcation écologique.  Le second pilier comprend des investissements massifs dans les énergies renouvelables, la réduction des déchets et l’efficacité énergétique afin de lutter contre la surconsommation des pays du Nord. Cela signifie qu’il faut radicalement changer nos manières de travailler, produire, cultiver la terre, se nourrir, se déplacer, se chauffer... Le Green New Deal doit ainsi permettre à la fois de réduire notre dépendance aux énergies fossiles et d’inverser la courbe des inégalités.  

Nous sommes à un moment charnière de l'Histoire humaine. C’est une occasion unique d’améliorer les conditions de vie de chacun sur la planète, dans le respect du vivant. Il s’agit de garantir les droits fondamentaux de chacun : le droit à l’eau, le droit à une nourriture saine en quantité suffisante, le droit à la santé publique, au logement, au travail, à un environnement sain. Nous sommes de plus en plus nombreux à soutenir cette approche, du Bangladesh à l’Australie, de l’Europe à la Corée du Sud en passant par les Etats-Unis.

Malgré des avancées significatives, aucune des politiques actuelles n’a réussi à répondre à la fois à la crise climatique et à la crise des inégalités. Nous allons travailler pour changer cela et mettre en œuvre des politiques à la fois écologiques et sociales. Le Green New Deal que nous défendons est en rupture avec le système économique actuel, productiviste et extractiviste, qui détruit la planète et exploite les femmes et les hommes. 

Avec la création d’une Alliance internationale pour un Green New Deal nous nous engageons à travailler ensemble pour apprendre des uns des autres et coordonner nos forces pour promouvoir le Green New Deal dans nos pays respectifs et à l’échelle planétaire. Nos membres réunissent des représentants de tous les continents, des pays du Sud comme du Nord, dans un esprit de solidarité internationale et de coopération, pour développer une meilleure compréhension mutuelle et porter d’une même voix des solutions pour une justice mondiale. Il est urgent de construire une coopération internationale pour la levée des brevets sur les vaccins ou la restructuration de la dette des pays les plus pauvres afin de fonder un nouvel internationalisme, capable de répondre à la crise écologique et la crise des inégalités.      

La fin du monde et la fin du mois sont un même combat, travaillons ensemble pour l’avenir de tous. Notre bateau coule, ne laissons pas les passagers de seconde classe sans canot de sauvetage.

Manon Aubry, Eurodéputée française

Clive Lewis, Député du Royaume-Uni

Caroline Lucas, Députée du Royaume-Uni

Paola Vega, Députée du Costa Rica

Joenia Wapichana, Députée du Brésil

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