Le Green Deal: marque déposée, occasion manquée

Après des mois d’agitation et de grands discours autour du Green Deal, le Parlement européen vient d’apporter mardi dernier son soutien à un énième accord de libre-échange avec le Vietnam, à rebours de ses prétentions écologiques. Ce vote démontre les incohérences fondamentales d’un Green Deal marketing, qui affiche des objectifs ambitieux mais refuse de se donner les moyens de les atteindre.

Le Green Deal avancé par la Commission européenne est un vaste plan liant pour la première fois les enjeux environnementaux à l’ensemble des politiques publiques, du transport à l’agriculture, en passant par notre modèle industriel ou encore notre fiscalité. Elle propose ainsi un “paquet” de programmes pour faire de l’Europe le premier continent climatiquement neutre d’ici 2050. Cette transversalité est un progrès : la Commission reconnaît qu’on ne pourra décarboner l’économie sans développer les modes de transport propres ou rénover massivement les logements.

Mais derrière ces objectifs louables, le Green Deal version commission refuse de tourner la page des politiques libérales et austéritaires qui nous ont emmenés tout droit à la catastrophe climatique. Libre-échange, croissance, austérité et le tout-marché demeurent la religion dominante : comment penser que les mêmes recettes qui ont causé la crise climatique seraient désormais à même de nous en sortir ? Le parlement européen ne fait guère mieux et après une nuit de négociations, la résolution accouche d’une souris : pas d’appel à la commission à revoir sa copie sur la politique agricole commune ou ses politiques d’austérité, aucun objectif contraignant en matière d’énergies renouvelables ni de remise en question du marché carbone ou du libre-échange.

Pourtant, ce travail inédit sur le Green Deal offrait l’opportunité de transformer en profondeur nos modes nos modes de production et de consommation pour s’adapter aux deux défis majeurs du 21ème siècle : le changement climatique et l’explosion des inégalités. En sortant les investissements verts et sociaux du calcul des déficits nationaux ou encore en permettant à la Banque centrale européenne de prêter aux Etats aux taux avantageux qu’elle réserve aux banques, l’Union européenne aurait pu donner un véritable sens à ce Green Deal : un plan massif d’investissement public et de transformation écologique de notre société, créateur de centaines de milliers d’emplois. C’est la philosophie du “Green New Deal” social et écologique développé par Alexandra Ocasio-Cortez et Bernie Sanders aux Etats-Unis, dont l’Union européenne reprend le nom en oubliant tous ses principes fondateurs.

A la place, la Commission préfère s’en remettre aux marchés privés, dont il est totalement vain d’attendre le moindre effort pour assurer une transition écologiquement efficace et socialement juste.

 
Pire encore, en faisant de ce Green Deal une “nouvelle stratégie de croissance”, la commission européenne ignore les pollutions générées par les produits qu’elle importe. Grâce au libre-échange, l’UE organise de manière cynique la délocalisation de ses propres émissions ! Nul besoin de transformer en profondeur notre modèle productif quand on peut faire fabriquer par d’autres les biens polluants que nous consommons. Voilà pourquoi la Commission continue de négocier malgré le Green Deal une vingtaine d’accords de libre-échange aux conséquences dramatiques pour la Planète.

 
La crise climatique ne s’arrêtera pas aux portes de l’Europe ! Y répondre nécessite de prendre en compte l’impact environnemental mondial de l’Union européenne et d’admettre qu’il faudra s’attaquer à l’ensemble des chaînes de production et de consommation. Défendre un “Green Deal” tout en votant un accord de libre-échange avec le Vietnam est une absurdité. Comme vouloir faire de l’Europe un “champion du climat” tout en défendant le pacte de croissance et de stabilité est une mystification. Face à l’écologie libérale des institutions européennes, le groupe de la Gauche unitaire européenne porte une réelle alternative : un véritable Green New Deal social et écologique s’appuyant sur des investissements publics massifs, un protectionnisme solidaire et une dimension sociale centrale.

Notre climat et notre monde changent, mais nos politiques stagnent. Pour faire face à la nouvelle ère environnementale qui s’est ouverte, nous devons enfin rompre avec une idéologie libérale d’un autre temps.

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