Montée de l'épidémie: le gouvernement renvoie les malades au travail

Modification à nouveau du décret sur les "personnes vulnérables" au COVID-19 en entreprises, après la gaufre du décret de cet été retoqué par le Conseil d'Etat (repère de gauchistes bien connu).

Cette fois c'est encore pire que la première. Je suis furieuse... Le gouvernement n'à de cesse que d'essayer de renvoyer au travail toutes les personnes malades ou en situation de handicap, bref ceux qu'il appelle "les personnes fragiles" et qu'il prétend défendre. Ce sont même sa justification à toutes les oppositions sur sa politique autoritaires : "ah mais on fait ça pour les personnes fragiles". Alors non... C'est faux. Et ce nouveau décret en est l'exemple criminel.

La liste des affections touchant les personnes vulnérables est certes, le même que le premier décret ou presque, même un peu élargie, (ils se sont souvenus que le Conseil d'Etat trouvait un peu cavalier de renvoyer les personnes atteintes de cancer et en traitement chimio était quand même un peu too much). Mais déjà il ne dit toujours rien des personnes accompagnant, vivant, ou ayant la charge de personnes malades ou vulnérables au COVID. C'est un grand manque...

Mais surtout ! Il définit dans l'article 2 une série de critères complètement hypothétiques, approximatifs et leurs contraires au passage qui rendent possible (et donc obligatoire) le retour au travail. Exemple : le premier critère.

- "L'isolement du poste de travail, notamment par la mise à disposition d'un bureau individuel" Pas mal pensez vous ? Mais attendez la fin de la phrase : "ou, à défaut, son aménagement, pour limiter au maximum le risque d'exposition, en particulier par l'adaptation des horaires ou la mise en place de protections matérielles".

Ah... Donc un bureau individuel... Ou pas. Un autre ?

- "L'absence ou la limitation du partage du poste de travail".

Donc absence de partage ? ou pas...

Et tout est à l'envie. En gros, libre à l'employeur ou la direction de juger de la qualité des protections sanitaires (le plus souvent individuelles...) des travailleuses. Avec le succès qu'on connait déjà aujourd'hui. Exemple à la BnF ? En moyenne 7 contaminations par semaines... Donc combien de chances pour nous de tirer le gros lot en retournant au travail ?

En cas de désaccord, nous devrons contacter la médecine du travail pour trancher. Je ne développe pas sur l'indigence générale de ces services partout sur le territoire et les attentes infinies pour accéder 10 min à un médecin qui ne nous connaît pas, notre travail, notre vie, notre dossier médical. Et malheureusement autre réalité dans une majorité d'établissements : la médecine du travail est juste totalement inféodée aux décisions et politiques de la direction et n'aura donc pas de scrupules à trancher pour le retour au travail. On les entend déjà aujourd'hui nous répéter pour certainEs à longueur de CHS CT "oui c'est sûr ce n'est pas optimal mais enfin vous comprenez... il faut bien revenir au travail. Le risque 0 n'existe pas." afin de justifier l'ouverture de nos établissements au public.

Le Décret ne dit évidemment rien de la question des transports... parce que de toutes façons on n'attrape pas le COVID dans les transports, c'est un fait connu.

Ce décret est donc publié en pleine remontée du nombre des contaminations, et de situation de presque saturation des lits de réanimation dans l'hopital public épuisé par la première vague et rendu exsangue par les politiques de casse de notre service public de santé. 500 morts hier. Quel sens du timing. Olivier Véran crie à l'Assemblée sur ceux qui ose questionner le non sens des mesures gouvernementales autoritaires et inutiles tout en refusant des moyens et des embauches à l'hosto... Et de l'autre côté il renvoit les personnes vulnérables au travail. C'est le "en même temps" de Macron.

Ceux qui le peuvent pourront (si les directions l'autorisent et le rendent possible...) télétravailler échapperont au retour sur site. Souvent les cadres et les boulot d'encadrement, intellectuels... Et encore une fois ce sont les boulots les plus techniques, les plus manuels, les catégories C dans le public, les plus bas salaires dans le privé qui vont retourner les premiers au travail. Nous qui étions déjà dans la peur de savoir nos proches au contact quotidien du virus au travail, maintenant c'est notre tour.

Choper le COVID pour ne pas être "payé à rien faire" avant de se retrouver à la porte des urgences ou des départements spécialisés fermée de nos hôpitaux voilà la société de Macron. On a reporté nos soins, nos opérations, nos tests médicaux depuis début mars... Autant dire que notre confiance dans la possibilité d'être soigné au mieux dans le cadre d'une pathologie aggravante est plus que limitée. Même si nous voyons et savons que les personnels de santé font plus que leur mieux et se tuent aussi littéralement au travail pour nous tous.

Quand on vous dit que ce gouvernement est criminel, et qu'il porte nos morts sur sa conscience et ses mains. Ce n'est pas une métaphore. Vous allez dire que je m'emporte... Mais nos parents et grands parents meurent déjà en EHPAD largement de cette incurie. Quand on vous dit que la manière dont on traite les personnes "les plus fragiles" socialement, psychologiquement et médicalement dit quelque chose de la société que nous voulons construire. On y est...

Jamais je n'ai autant ressenti dans ma chair que ma vie valait moins que leurs profits.

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