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Billet de blog 17 sept. 2017

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Depuis 1980, 170 216 Irlandaises ont avorté à l’étranger

Deux artistes ont présenté ce week-end à Dublin, la capitale, leur projet « Not at home » mettant en scène des témoignages de ces femmes parties avorter. La légalisation de l’avortement est de nouveau d’actualité en République d’Irlande, l’un des derniers pays d’Europe à restreindre ce droit. Un comité parlementaire commence à examiner les conditions d’un 4ème référendum sur l’avortement en 2018.

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Alors qu’un comité parlementaire irlandais commence à examiner les conditions d’un quatrième référendum sur l’avortement pour 2018, deux artistes ont présenté ce week-end à Dublin, la capitale, leur projet « Not at home », mettant en scène des dizaines de témoignages de ces femmes parties à l’étranger avorter. La République d’Irlande reste l’un des derniers pays d’Europe à restreindre le droit à l’avortement. Depuis 2013, cet acte médical n’est autorisé uniquement que si la femme est « en danger de mort ».

En moyenne, dix Irlandaises partent avorter chaque jour en Angleterre, au Pays de Galles ou encore aux Pays-Bas. Soit plus de 170 200 femmes en trente-sept ans selon le Planning familial irlandais. « On ne sait pas vraiment combien exactement. C’est sûrement plus. Certaines femmes donnent des faux noms, des fausses adresses... » En t-shirt et en culotte sous sa chemise blanche d’hôpital, Grace Dyas répète ces phrases plusieurs fois, plus ou moins fort, en regardant les personnes assises dans ce qui ressemble à une salle d’attente. Fauteuils verts, plantes vertes et une table sur laquelle croulent magazines people et prospectus sur la sexualité.

Nous ne sommes pas dans une clinique anglaise mais bel et bien à Dublin, la capitale irlandaise, à regarder la performance artistique « Not at home ». Grace Dyas, c’est la comédienne qui a eu l’idée il y a quatre ans avec la costumière Emma Fraser, de leur donner la parole, à ces femmes réduites à des statistiques. 

Depuis avril 2016, les deux artistes ont récolté une soixantaine de témoignages anonymes via le site internet éponyme Not at home. La performance qui en a découlé s’est déroulée ce week-end. En lisant et en écoutant ces bribes de vies, il en ressort surtout un énorme sentiment de honte et d’abandon de la part de leur pays qui stipule dans le huitième amendement de sa Constitution que « le droit de la vie de l’enfant à naître » est égal à celui de la femme qui le porte.

Si le huitième amendement était enlevé, « je ne l’aurais pas ressenti comme un exil. J’aurais ressenti que mon pays me respectait moi, ma décision, mon choix qui était le bon pour moi, ma vie. Je ne me serais pas sentie aussi pétrifiée et seule. (…) Je ne me serais pas sentie aussi fatiguée et découragée par le long voyage que j’ai fait dans cette ville et ce pays étrangers », atteste l’une. Une autre explique qu’elle « n’aurait pas dépensé tout l’argent qu’ [elle avait] gardé pour acheter des cadeaux de Noël à [sa] famille pour aller à Manchester. » Elle conclue : « Cela a été une expérience traumatisante et aliénante – avoir à quitter mon pays. Je suis toujours en colère de voir dont la façon dont les choses se déroulent dans ce pays et je suis si triste que plein d’autres femmes ont traversé ou traverseront ce que j’ai enduré. Ça suffit ! » Une autre Irlandaise décrit la honte d’être tombée enceinte si jeune, si « immature », du regard de ses camarades de classe pour avoir, au final, accouché d’un bébé mort-né.

La légalisation de l’avortement fait de nouveau les gros titres depuis ces derniers mois en République d'Irlande. En mai dernier, l’Assemblée citoyenne, composée de 99 habitants irlandais tirés au sort et une juge, a donné ses recommandations pour le droit à l’avortement après plus de six mois de réflexion sur le sujet. A la surprise générale, le rapport préconise le retrait du huitième amendement de la Constitution et l’autorisation jusqu’à 12 semaines de grossesse dans un grand nombre de situations : lorsque la vie de la femme est menacée de mort,  lorsque cela porte atteinte à la santé mentale et physique de la femme, viol, anormalités fœtales résultant à un décès avant ou après la naissance et raisons « socio-économiques ».

De ces observations, un comité parlementaire de 21 membres a trois mois à partir de la semaine prochaine pour réfléchir aux conditions du référendum qui se tiendra l’année prochaine -le quatrième en Irlande en trente-cinq ans-. Si les militantes féministes le voient d’un bon œil et capitalisent sur l’énorme succès qu’a eu le mariage pour tous adopté par référendum à plus de 60 % en 2015, la question de l’avortement est loin d’être aussi fédératrice.

Le Premier ministre Leo Varadkar, médecin de profession, a récemment fait part dans la presse irlandaise qu’ « il ne pensait honnêtement pas que la population irait aussi loin que ce que l’Assemblée citoyenne a recommandé. » Il a même expliqué au New York Times le 9 septembre que s'il n’ "acceptait pas le fait que le fœtus devrait avoir les mêmes droits que la femme, le fœtus ne devrait pas ne pas en avoir du tout. »

Le ministre des Affaires étrangères Simon Coveney a lui assuré qu’il serait « surpris » si les votants étaient d’accord sur ces prises de position très libérales « sans [avoir] beaucoup de débat » au préalable. « Ce n’est qu’un point de vue personnel. Nous avons un long chemin à faire et c’est une obligation, en tant que gouvernement, d’assurer un débat respectueux sur des sujets très, très sensibles [comme celui-ci] qui divisent l’opinion d’une façon très tranchée », rapporte l’Irish Independent.

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