A bas le Mondial du capital !

Il faut s'amuser mais ne pas oublier la réalité, voici un article qui remet les choses en place : 

A bas le Mondial du capital !

28 juin 2014

Actuellement et jusqu’à la mi-juillet, des millions de personnes regardent les matchs de la Coupe du monde au Brésil. Dans un des pays les plus fervents de ce sport populaire, nous avons assisté à de multiples manifestations, des émeutes et des grèves contre la tenue de ce tournoi organisé par la FIFA.

La FIFA est officiellement sans but lucratif, mais tout le monde sait que c’est une formidable machine à corruption, à gaspillage de fonds publics et d’engraissement des sociétés partenaires comme l’est le CIO pour les Olympiques, qui vont d’ailleurs se tenir au Brésil en 2016. Les différents paliers de l’État ont dépensé autour de 15 milliards de dollars pour construire d’immenses stades selon les normes de la FIFA, qui seront désuets dès que l’événement sera passé. Les autorités songent d’ailleurs à utiliser le stade de Manaus en Amazonie comme prison tandis que l’historique Maracana a perdu son charme, selon les dires de plusieurs équipes. Cela s’ajoute à une ségrégation, vu l’augmentation fulgurante du prix des billets. Les budgets pour la construction et la préparation de la Coupe du monde ont été largement dépassés, comme cela avait été le cas en Afrique du Sud où la dette du pays a doublé après le Mondial de 2010.

Le plus choquant est la leçon de patriotisme du gouvernement et de l’élite brésilienne, qui demandent aux masses populaires de ne pas dénoncer cette mascarade et de ne pas revendiquer une amélioration de leurs conditions de vie et de travail, dans ce pays gouverné par le Parti des travailleurs (PT) depuis 2002. Il faut que tout le pays s’unisse derrière sa sélection nationale et se montre fier du « développement » entraîné par la Coupe du monde. Ces réformistes bourgeois ne voient que la mince couche enrichie autour d’eux et ignorent la réalité ouvrière, paysanne et celle des pauvres des favelas, ces cités dans les collines entourant les grandes villes comme à Sao Paulo et Rio de Janeiro.

Les opérations de nettoyage des quartiers autour des stades ont déplacé près de 250 000 personnes, qui ont été expulsées sous la menace de la police et des fonctionnaires, qui marquaient à la peinture les endroits à expulser prochainement, comme une forêt à abattre. Déjà en juin 2013, les plus grandes manifestations depuis 20 ans s’étaient tenues au Brésil contre l’augmentation des tarifs du transport en commun – une mesure de trop dans l’augmentation générale du coût de la vie. Ces manifestations avaient été réprimées avec force, comme cela est la norme au Brésil. On a assisté encore cette année à une même répression contre les travailleurs et travailleuses du transport public, qui ont fait grève contre l’avis de leurs directions syndicales et ont offert le transport gratuitement certaines journées. Des enseignantes et enseignants ont aussi fait grève pour souligner les ressources insuffisantes pour leurs élèves, tandis que le gouvernement sort le chéquier pour la FIFA.

Comme le dit le Front populaire indépendant de Rio de Janeiro, une des nombreuses organisations luttant pour un changement révolutionnaire dans le pays : « Plus inquiétant que la campagne orchestrée pour discréditer ceux qui critiquent la Coupe du monde est le mouvement orchestré par l’État brésilien pour développer l’appareil répressif visant à étouffer les protestations lors du méga-événement – et très probablement encore après. Ce mouvement a agi sur deux fronts : législatif et apparent (militaire et policier). Les projets de loi qui visent à créer le délit de terrorisme au Brésil créent des failles juridiques de sorte que le pouvoir judiciaire puisse incriminer les mouvements sociaux et les manifestants comme des terroristes. »

Dans la plus grande impunité digne des pires moments de la dictature qui dura de 1964 à 1985, la police militaire envahit massivement les bidonvilles pour prétendument chasser les trafiquants de drogue, qui vont pourtant profiter du Mondial comme de l’exploitation sexuelle des Brésiliennes au service des riches touristes. Il s’agit d’un prétexte pour contrôler des foyers de résistance où oppression raciale, sexuelle et exclusion sociale sont vécues chaque jour, loin des centres commerciaux et des locaux de Petrobras.

Voici le compte-rendu de l’une de ces opérations à Manguinhos : « Une centaine de familles ont occupé un entrepôt (vide) derrière la bibliothèque Parque. La police militaire a tenté de retirer de force les familles. Face à la résistance des habitants, la police a tiré des gaz lacrymogènes et des grenades assourdissantes ; la population a répondu par une grêle de pierres et de bouteilles. Ensuite, la police a commencé à tirer avec des armes à feu. Plusieurs personnes ont été blessées. Quatre jeunes gens ont été tués. Un est dans un état grave. Il s’agit de la criminalisation de la pauvreté et des mouvements sociaux, des luttes et des occupations. »

Les journées précédant l’ouverture de la Coupe du monde ont vu des milliers d’autochtones de l’Amazonie protester contre le vol de leurs terres et la déforestation à grande échelle au profit des compagnies agroalimentaires et des grands propriétaires terriens. Le Brésil est le pays qui compte le plus grand nombre de meurtres et de disparitions de militantes pour l’environnement, à cause de son immense territoire forestier et agricole et des protestations vives des sans-terres, de la paysannerie pauvre et des peuples autochtones.

Comme tous les aspects de la vie sociale, le sport est formaté selon les nécessités du capital. Au lieu d’encourager la pratique populaire de ce sport formidable qu’est le soccer, la FIFA, avec la complicité des gouvernements et des capitalistes, en fait un spectacle marchand où les aspects négatifs pour les masses ressortent largement : appauvrissement, expulsions, racisme, sexisme et répression à grande échelle. 

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