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Billet de blog 29 novembre 2025

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Ma France a été remplacé.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Disparues les heures sonores des villages de France dont les cohortes de chrétiens emplissaient les rues de pieuses processions pour exalter les saints patrons d’une communauté d’hommes et de femmes sur le sol de leurs ancêtres.

Disparues les costumes régionaux, les coiffes et les étoffes tissées du fil des plantes de la terre de nos familles courbées sur le sol où reposent nos aïeux.

Disparues les langues de nos pères et celle de Molière, les mots vernaculaires et les rimes élégantes dans un français séculaire qui chante la gloire de notre histoire.

Disparus les plats de ma mère, le vin de la terre, ils ont disparus des dimanches en famille autour de la table et du feu de la maison du grand-père.

Le temps a fait son œuvre depuis la guerre. Ils ont gagné. Ils ont gagné le droit de s’installer chez nous.

Ils ont remplacé nos clochers par leur tour. Un voile a été jeté sur les hardes de nos campagnes et les coiffes de nos femmes.

Leurs mots fabriquent une langue vulgaire mâtinée de commerce aux sonorités étrangères.

Ils sont partout. Chez nous, dans la rue, sur nos écrans, dans notre langue, dans notre cuisine, dans notre culture, dans nos travails, dans nos magasins. Ils règnent en maitres victorieux.

Ils ont gagné la guerre, les Etatsuniens.

À genoux, la France — vaincue dans le camp des vainqueurs — a ouvert les bras à son généreux allié en contrepartie de son amnésie quant à sa dette de 2 Milliards.

Avant même la signature du Plan Marshall (1947-1951), officiellement le European Recovery Program (ERP), elle signait les accords «   Accords Blum-Byrnes » (mai 1946)

  • Fin du quota strict d’avant-guerre qui limitait les importations de films étrangers.
  • Autorisation d’importer jusqu’à 121 films américains par an.
  • Les films américains pouvaient être projetés 4 semaines sur 13, laissant 9 semaines aux films français.

Ce compromis, très contesté par les cinéastes français, a eu pour effet de recoloniser les écrans français par Hollywood.

Dès mai 1946, de nombreuses réunions de professionnels (réalisateurs, scénaristes, exploitants de salles) dénoncent « la braderie de notre écran national ».

René Clair déclare:

« L’écran français doit rester une fenêtre ouverte sur la France, pas un miroir des États-Unis. »

Quand Jean Renoir, déclare à l’ été 1946.

« Si nous abandonnons nos écrans, nous ne serons plus qu’un peuple de spectateurs devant l’Amérique. »

Trop tard le cheval de Troie est entré. Le massacre peut commencer.

Si Joseph Nye n’a inventé le terme Soft Power qu’en 1990, le phénomène lui-même est né dès cette période.

Les années 1946–1950 marquent les débuts du soft power étasunien :

  • Les États-Unis ont compris que l’influence passe par la culture, pas seulement par la puissance militaire ou économique.
  • Le cinéma, la musique, la publicité et le mode de vie américain sont devenus des vecteurs d’attraction.
  • Les films hollywoodiens ont diffusé des représentations séduisantes de la liberté, de l’abondance, et du rêve américain.

Le soft power prépare la terre et les esprits pour l’offensive économique, parfois militaire de l’empire.

« Les guerres américaines ne sont pas menées pour la liberté ou la démocratie, mais pour ouvrir ou défendre des marchés. »
— Howard Zinn, A People’s History of the United States (1980)

L’idéologie de la « démocratie » ou de la « liberté » a souvent servi de justification morale à ces entreprises.

Les interventions militaires, depuis la fin du XIXᵉ siècle, ont souvent eu pour but de garantir l’accès aux matières premières et aux débouchés commerciaux.

  • 1898 Guerre hispano-américaine.
  • 1899–1902 Guerre des Philippines.
  • 1898–1915 Interventions en Amérique centrale et Caraïbes.
  • 1900 Révolte des Boxers, Chine. Protection des intérêts étrangers.
  • 1914–1918 Première Guerre mondiale Europe. Soutien aux Alliés, défense du commerce international.
  • 1916 Expédition punitive contre Pancho Villa, Mexique.
  • 1918–1920 Intervention en Russie Arkhangelsk, Sibérie. Soutien aux armées « blanches » antibolchéviques
  • 1937–1945 Seconde Guerre mondiale
  • 1945–1949 Occupation du Japon et d’Allemagne Asie / Europe Reconstruction et contrôle post-guerre
  • 1950–1953 Guerre de Corée. Endiguer le communisme
  • 1954–1975 Guerre du Vietnam (et Laos, Cambodge). Contenir le communisme
  • 1958 Soutien au gouvernement pro-occidental.
  • 1961 Baie des Cochons, Cuba. Tentative de renverser
  • 1965 République dominicaine, Caraïbes. Prévenir une révolution communiste.
  • 1983 Grenade, Caraïbes. Renverser un régime marxiste.
  • 1989 Panama, Amérique centrale. Renverser Noriega, protéger le canal .
  • 1980–1988 Soutien à l’Irak, Moyen-Orient. Contenir l’Iran postrévolutionnaire.
  • 1979–1989 Afghanistan (soutien aux moudjahidines) .
  • 1991 Guerre du Golfe, Koweït / Irak. Libération du Koweït, protection du pétrole.
  • 1992–1994 Somalie, Intervention humanitaire (puis échec).
  • 1995 Bosnie ,Balkans. Fin de la guerre civile, OTAN.
  • 1999 Kosovo, Serbie. Protection des populations albanaises, OTAN.
  • 1998 Bombardements contre Al-Qaïda (Soudan, Afghanistan)
  • 2001–2021 Afghanistan, Asie centrale. Démanteler Al-Qaïda, renverser les talibans.
  • 2003–2011 Irak (seconde guerre), Moyen-Orient. Renverser Saddam Hussein, contrôler la région.
  • 2011 Libye (OTAN), Afrique du Nord. Renverser Kadhafi.
  • 2014–2020 Syrie et Irak (contre Daech), Moyen-Orient. Lutte contre le terrorisme islamiste
  • 2017–présent Présence militaire en Afrique (Sahel, Niger, Somalie), Afrique. Lutte contre groupes djihadistes.
  • 2001–présent Interventions par drones, Yémen, Pakistan, Somalie. « Guerre propre » contre le terrorisme.
  • 2020 à 2025 Soutien militaire à l’Ukraine (depuis 2022) contre la Russie.
  • Présence stratégique en Asie-Pacifique (face à la Chine).

Le bilan, c’est plus de 80 interventions extérieures entre 1898 et 2025, et moins de 20 années sans opération militaire majeure.

Les USA sont présents en permanence dans le monde à travers plus de 750 bases militaires dans 80 pays.

Leur logique repose sur 3 axes principaux

  1. Protéger l’accès aux ressources et marchés (Zinn, Chomsky).
  2. Endiguer les rivaux (URSS, Chine, islamisme, etc.).
  3. Défendre ou exporter la démocratie libérale.

Oui, il y a eu un choc des civilisations.

La culture européenne est « menacée » par des valeurs étrangères. On ne se sent plus chez nous. La France subit une invasion. La France fatiguée, en déclin, se livre aux étatsuniens par lassitude morale.

Aujourd’hui, la France génère le deuxième chiffre d’affaires mondial pour McDonald’s selon le site « Oui France »

Le pays de la gastronomie n’a même pas gagné la guerre du sandwich.

La souricière installée en 1992 à Marne la Vallée est devenue le plus grand parc d’attraction en Europe et diffuse l’imaginaire étatsunien sur tout le continent.
La France a-t-elle, à ce point si peu de patrimoine culturel, qu’elle n’a rien à dire de son imaginaire collectif ?

Nous nous abreuvons de Cola jusqu’au diabète. Hollywood et les plateformes façonnent nos mentalités pour qu’elles acceptent le héros, la liberté individuelle, la réussite, la guerre étatsunienne.

Nos vies, nos administrations sont infiltrées par des GAFAM, toujours plus présents dans notre inimité au quotidien.

Oui, nous sommes envahis. Oui, nous sommes remplacés. Oui, nous avons livré notre pays aux étatsuniens.

Qui sont les complices de l’intérieur ? Qui est Vercingétorix ?  Où se trouve Alésia ?

La France s’est livrée sans résistance ou presque. L’Europe devait nous protéger. Elle nous a trompé.

Les USA n’ont eu besoin ni de chars, ni de missiles ou de soldats ; nous avons abdiqué dans les centres commerciaux.

Nous avons rendu les armes à table. Nous avons trahi, assis devant nos écrans.

Vive Gergovie !

Nos alliés sont les Barbares.

Ensemble nous retrouverons l’idée de la France.

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