POUR UNE EUROPE SOUVERAINISTE SOLIDE

LE PLAN DE M. POUTINE ET M. TRUMP CONTRE L’EUROPE : La situation géopolitique internationale se dégrade rapidement pour l’Europe. Depuis la rencontre entre M. Trump et M. Poutine, le puzzle se met en place et nous comprenons, peu à peu, ce qui se trame.

Europe souverainiste © Marc Charbit Europe souverainiste © Marc Charbit

 POUR UNE EUROPE SOUVERAINISTE SOLIDE
Chronique de Marc Charbit (lecture 18 mn)

LE PLAN DE M. POUTINE ET M. TRUMP CONTRE L’EUROPE

Les deux hommes se sont simplement mis d’accord, pour dépecer l’Europe et se partager la proie. M. Poutine a choisi la cible où faire sauter l’Europe : les pays Balkans de l’ex-Yougoslavie. Après tout, ces pays sont déjà à l’origine de la Première guerre mondiale, on ne change pas une recette qui marche !
Trump ne savait probablement pas, où se situait le Monténégro, lorsqu’à l’issue de cette rencontre, il a déclaré dans son langage enfantin : « Le Monténégro est un tout petit pays, avec des gens très forts et très agressifs ! ». Laissant entendre que cette agressivité pourrait déclencher une troisième guerre mondiale. La prochaine étape ? Sans doute, attiser des haines inters religieuses entre les catholiques, les orthodoxes et les musulmans de ces pays. C’est si facile avec quelques attentats bien ciblés.
Nos deux compères installent les charges, avant d’allumer la mèche.

 Poutine à une revanche à prendre sur les américains depuis la guerre de 1999, qui a vu l’ex Yougoslavie se scinder en 7 pays indépendants, dont le Monténégro et son allié orthodoxe, la Serbie, mais aussi le Kosovo musulman, territoire réclamé par les Serbes. Si les Serbes déclenchaient un nouveau conflit pour ré annexer le Kosovo, M. Poutine y prendrait toute sa part pour aider la Serbie, son peuple frère, de même langue et de même religion, et réparer ainsi l’affront qui avait empêché la Russie de les aider en 1999. Il en profiterait sans doute aussi pour avancer sur le front ukrainien.

En remettant en cause le principe de défense mutuel au sein de l’Otan, M. Trump se prépare à de nouvelles alliances militaires, qui seraient sans doute pro russe, en cas de guerre dans les Balkans. Au pire, il laisserait M. Poutine à la manœuvre, en empêchant l’Otan d’intervenir, il nous a déjà prévenus : « Si, par exemple, le Monténégro est attaqué, pourquoi mon fils devrait-il aller au Monténégro pour les défendre ? »

En analysant cette phrase, on remarque une contradiction avec sa déclaration précédente : « Le Monténégro est une population très agressive », alors que maintenant, il est susceptible d’être attaqué... ? Ce genre de contradiction entre deux phrases masque souvent un mensonge mal étayé, ou, peut-être, a-t-il simplement mal compris les « recommandations » de M. Poutine. Mais attaqué par qui ? Si c’était par des terroristes musulmans kosovars, la Serbie viendrait en aide au Monténégro, ce petit pays allié, mais « très agressif » Et avec la couverture militaire de la Russie, la Serbie pourrait s’emparer du Kosovo musulman et retrouver son influence sur tous les pays de l’ex-Yougoslavie, notamment la Bosnie à majorité musulmane 50 %, mais avec 30 % d’orthodoxes et 20 % de catholiques.

 Trump a déjà rompu les alliances commerciales et climatiques avec l’Europe et tape sans cesse sur l’Allemagne pour la déstabiliser économiquement. Ses intentions sont claires, il veut briser l’Europe.

D’une façon ou d’une autre, Poutine tient Trump par les c……s et s’apprête à serrer. Si Trump était convaincu de haute trahison, par exemple, il finirait ses jours en prison. Une bonne partie des américains, même dans son propre camp, seraient prêt à le croire. Quelques fuites dans la presse suffiraient, M. Poutine a déjà prouvé qu’il savait manipuler l’opinion.

 La Yougoslavie :
Pour mieux comprendre le plan de nos deux compères, il faut retracer rapidement l’histoire de la Yougoslavie, qui est née après la première guerre mondiale et la défaite des Ottomans. Pour ne pas être expulsés comme des étrangers au départ des Turcs, les musulmans de Bosnie doivent faire la démonstration de l'ancienneté de leur présence. Elle doit être comparable à celle des Serbes et des Croates, donc antérieure à leur conversion à l'islam.
Les tensions extrêmes qui règnent entre ces peuples sont étouffées sous la dictature de Tito, mais explosent après sa chute en 1980.

La guerre débute avec la déclaration d’indépendance de la Bosnie musulmane en 1992, qui entraîne le siège de Sarajevo durant 3 ans, par les Serbes orthodoxes qui voulaient préserver l’intégralité de la Yougoslavie. Lors de cette guerre, les Croates catholiques à 90 %, prennent partie pour les Serbes orthodoxes contre les Bosniaques musulmans ; et cela malgré leur hostilité envers les Serbes qui empêchent leur indépendance. Les Croates ont manifestement fait le mauvais choix, ils pensaient peut-être récupérer une partie de la Bosnie qui contient 20 % de catholiques… Et les Serbes qui souhaitaient récupérer le reste du territoire en chassant les musulmans, y ont perdu au contraire, une région de leur pays, avec l’indépendance du Kosovo à majorité musulmane. Mais la minorité Serbe du Kosovo refuse toujours de reconnaître le gouvernement de Pristina et les tensions se poursuivent. Le Kosovo était déjà le point de départ de cette guerre.

Dans ces trois pays ; Serbie orthodoxe, Croatie catholique et Bosnie musulmane ; les nationalismes exacerbés sont intimement liés aux appartenances religieuses. On comprend dès lors, pourquoi ce méli-mélo de peuples, de langues et de religions est si explosif à la moindre étincelle. Il suffirait de rallumer les références au supposé « génocide » dont serait menacée la minorité Serbe du Kosovo pour relancer la guerre. Avec un attentat par exemple…

Portrait de M. Poutine :
Toute cette histoire semble enraciné dans la personnalité de M. Poutine. Il veut se venger de l’Occident qui l’a humilié en lui tournant le dos. Tout commence avec la guerre en ex-Yougoslavie en mars 1999, lorsque M. Clinton décide de faire intervenir l’Otan contre la Serbie orthodoxe, en reconnaissant la sécession du Kosovo musulman, comme état indépendant de la Serbie. Mais stupidement, M. Clinton en a rajouté, en humiliant publiquement M. Eltsine. En effet, le Premier ministre russe, se trouvait dans un avion en direction de Washington lorsqu’il apprit que l’Otan avait commencé à bombarder le Kosovo. Il ordonna au pilote de faire demi-tour. M. Clinton n’avait même pas attendu quelques heures l’atterrissage du ministre Russe, qui lui aurait permit de sauver la face. Quelques mois plus tard, en août, M. Eltsine très affaiblit politiquement, choisi un quasi-inconnu pour lui succéder, un certain M. Poutine, prix à payer pour l’erreur diplomatique grossière de M. Clinton.

En quelques semaines, il devient très populaire en lançant une nouvelle guerre en Tchétchénie, pays musulman. A propos des terroristes tchétchènes, il déclare « On ira les buter jusque dans les chiottes ! ». En 2008, il annexe une partie de la Géorgie. Dans son discours au Parlement en mars 2014, M. Poutine établit clairement qu’il vengeait ainsi la Russie de l’indépendance du Kosovo par l’occident : « Ils ont diffusé ça dans le monde entier. Ils ont baisé tout le monde, et maintenant ils s’indignent ! ». En 2017, M. Poutine refait la même chose, en annexant une partie de l’Ukraine. Il estime qu’il rend à l’occident la monnaie de sa pièce.
Sa politique pro Serbe a permis à la Russie de reprendre une place prépondérante en Serbie. En 2013, ils ont signé un pacte d’alliance militaire. Rappelons-nous qu’en 1914, c’était l’alliance Serbie-Russie qui déclencha le jeu des alliances occidentales et donc, la Première guerre mondiale. La différence, c’est qu’aujourd’hui M. Poutine tient M. Trump au creux de sa main et donc l’Otan avec.

Les cartes de M. Poutine :
Outre d’avoir l’Amérique de Trump au creux de sa main, il dispose d’autres atouts. Il vient de gagner la guerre de Syrie avec son allié l’Iran, le gazoduc passera donc par où il décidera. M. Poutine devient ainsi le « roi du  pétrole », l’Europe devra passer par lui pour s’approvisionner en énergie. C’est cette indépendance au pétrole qui a fait basculer la Turquie en démocrature. Les Turcs avaient abattu par erreur un avion russe et M. Poutine est parvenu à leur tordre le bras. La menace était simple ; représailles militaires et arrêt des importations énergétiques… Un prix très cher à payer… Ou sinon, on peut s’arranger… Il vous suffit de changer vos alliances avec l’Otan dans la guerre en Syrie et passer dans mon camp… Aussitôt dit, aussitôt fait… M. Erdogan se transforme en dictateur et s’allie à la Russie.
Cela pourrait arriver à d’autres pays européen, tant que nous n’aurons pas l’indépendance énergétique.

En cas de guerre mondiale, quelles seraient les Alliances ? Il est évident que toutes les démocratures populistes s’allieraient avec la Russie. Et maintenant que les USA en est devenu une également, il ne reste que l’Europe, donc, la proie idéale. Dans ce contexte, sans l’aide américaine, l’Europe est sûr de perdre cette guerre et de basculer en démocrature, comme déjà quelques pays européens.

Mais que se passerait-il avec Israël ? Il semble que le gouvernement actuel d’extrême droite religieuse, a opté pour le camp des populistes. M. Netanyahu a rencontré plusieurs fois M. Poutine, ainsi que les populistes européens qui l’ont obligé à avaler quelques couleuvres antisémites. Mais en échange de quoi ? Sans doute, la sécurité d’Israël face à l’Iran. Car M. Poutine tient l’Iran dans le creux de sa main, depuis que son pote M. Trump, a rompu les accords sur le nucléaire. S’il le voulait, il pourrait aider l’Iran à obtenir l’arme nucléaire… Mais pour le moment, si Israël assure sa sécurité en bombardant des positions iraniennes en Syrie, sans l’intervention des Russes, c’est qu’ils doivent être un peu d’accord. Et M. Netanyahu s’est empressé de faire voter une loi fondamentale, sur l’ « Etat nation du peuple juif », faisant un pas de plus vers la démocrature.
Mais pourquoi les Russes préfèrent-ils s’allier avec Israël, plutôt qu’avec l’Iran ? Peut-être parce que le pouvoir populiste de M. Netanyahu ressemble plus au sien, qu’a celui des Mollahs. Peut-être aussi que ses guerres en Tchétchénie ou en ex-yougoslavie se font contre les musulmans ? À mon avis, M. Poutine déteste autant les musulmans que les juifs, son choix est stratégique. Israël est une grande puissance informatique, militaire et nucléaire dont il pourrait avoir besoin et qu’il vaut mieux avoir dans son camp avec son puisant allié américain.

Pour ma part, j’espère que le prochain gouvernement Israélien reviendra dans le camp européen, celui de la démocratie et des droits de l’homme. À sombrer dans le néant du populisme autoritaire, Israël y perdrait son âme, et son allié russe d’hier, pourrait bien se retourner un jour contre lui. La Russie a toujours nourri un antisémitisme violent, et la fachosphère est par nature raciste et antisémite.

 Toutes ces hypothèses sont des interprétations voire des spéculations, mais qui reposent sur des lignes de faits bien réels et concordants. M. Poutine a de bonnes cartes en mains pour faire basculer le monde dans une démocrature autoritaire, ambiance fachosphère, doté d’un capitalisme de connivence, qui remplacerait celui de libre concurrence.

L’urgence militaire :
Nous devons, nous aussi en Europe, nous préparer à des bouleversements importants, en élaborant rapidement une indépendance militaire et énergétique suffisante pour y faire face.
Je n’ai pas voté pour M. Macron au premier tour des élections, mais finalement, nous avons la chance d’avoir un président résolument européen. Imaginez si nous avions eu un gouvernement à l’italienne, l’Europe serait morte et avec elle, notre seule chance de sortir de ce pétrin. J’ai toujours voté socialiste et je trouve M. Macron trop à droite. Mais pour moi, l’urgence européenne est devenue prioritaire face à l’urgence des inégalités sociales.
C’est notre seule solution pour contrer les deux populistes, M. Trump et M. Poutine.

 Mais contrairement à son élection surprise en France, où M. Macron a bénéficié de circonstances incroyablement favorables, la construction européenne est dans l’impasse. Notre principal partenaire, Mme Merkel est affaiblit par sa coalition avec la droite. Mais l’Allemagne attend également de la France qu’elle fasse les réformes convenues dans le premier traité avant de passer à un second. C’est une question de confiance qui est en jeu ; pour maintenir la coalition franco-allemande comme locomotive européenne, il faut que les deux partenaires se montrent capables d’effectuer les réformes convenues.
La construction européenne n’a pas le vent en poupe, et beaucoup de pays sombrent dans le populisme d’une droite anti-européenne : l’Italie, la Pologne, la Hongrie… Plus la crise économique et migratoire s’aggrave, et plus les pays se recroquevillent sur eux-mêmes.
À cela, s’ajoutent encore les guerres du Moyen-Orient, qui augmentent à la fois le nombre de réfugiés, et le nombre d’attentats terroristes. Et bientôt, nous devrons faire face aux premiers réfugiés climatiques. Devant cette insécurité générale, on opte souvent pour un chien de garde ; un régime autoritaire qui garantit notre sécurité en échange de notre liberté. On voit apparaître des « démocratures », pour le plus grand plaisir de M. Poutine.

 Les menaces militaires qui se profilent, ne peuvent se résoudre qu’au niveau européen. Combien de temps nous reste t-il avant que M. Poutine et M. Trump n’allument la mèche ?

L’urgence écologique :
Mais plus grave encore que le déclin de l’Europe, il y a l’urgence écologique. La moitié des espèces vertébrées ont déjà disparu. Les températures atteignent régulièrement les 30°, et jusqu’au pôle nord cet été, du jamais-vu ! Les climatologues prédisent, d’ici 15 à 20 ans des températures allant jusqu’à 50°. Notre planète deviendra invivable pour les humains. Comme disait M. Chirac : « La maison brûle (vraiment : 80 personnes brûlées vivent en Grèce), et nous regardons ailleurs ». Comme des grenouilles plongées dans l’eau tiède, la température monte peu à peu et nous nous habituons, jusqu’à ce qu’il soit trop tard. Nous voyons la terre mourir sous nos yeux, à grande vitesse, et nous nous sentons démunis face à cette catastrophe.

Ce problème ne peut être réglé que par une coordination économique mondiale, ou faute de mieux, au niveau du continent européen. Mais cela ne peut en aucun cas être résolu au niveau national.

L’équation est simple, mais difficile à mettre en œuvre. Actuellement, au mois d’août de chaque année, l’humanité a consommé l’ensemble des ressources annuelles que la terre puisse produire. Nous consommons donc « à crédit », grâce à l’argent, un tiers des ressources annuelles sur l’année suivante et ainsi de suite chaque année. Pourtant, notre dette écologique n’est pas payable en argent, au contraire, nous l’aggravons jusqu’à ce que nous ayons une année ou deux d’avance, sur ce qu’elle peut produire. Il nous faudrait alors deux planètes pour continuer à ce rythme, sans quoi, notre planète sera morte, et nous avec. La seule façon de réduire la dette écologique, est de réduire notre consommation.

Il faudrait donc que l’humanité réduise d’un tiers sa consommation pour revenir à la normale. Mais avec un autre paramètre important ; il faut que cela se fasse avec une démographie constante. Le problème ainsi posé, la solution paraît claire, il faut faire de la décroissance. Mais quel est l’homme politique qui osera proposer à ses citoyens de réduire leur consommation ? En quelque sorte, de les appauvrir ? De les détourner des biens matériels polluants pour se tourner vers des biens culturels non polluants, qui enrichissent l’être humain d’une autre façon. Pourtant, il n’y aura pas d’autres solutions, et cette réduction de croissance devra se faire équitablement entre les plus riches et les plus pauvres. Le capitalisme débridé tel qu’on le connaît, est amené à disparaître ou à s’adapter. La liberté économique serait limitée aux capacités de notre planète à reproduire chaque année notre consommation.

Démographie et immigration :
Le problème démographique se pose principalement dans les pays pauvres, et il est tout aussi compliqué à mettre en œuvre, puisqu’il passe par l’éducation de ces populations au planning familial. Mais on pourrait accélérer les choses, grâce à une allocation familiale décroissante par le nombre d’enfants. Par exemple, une allocation de 100, passerait à 80 après le premier enfant, à 50 après le deuxième et à 30 au-dessus de trois enfants. L’intérêt financier accentuerait ainsi l’intérêt démographique, en évitant des mesures autoritaires comme en Chine.
Dans les pays riches occidentaux, nous n’avons pas ce problème. Avec deux enfants en moyenne par couple, cela assure tout juste le renouvellement des populations. Nous manquons parfois de main-d’œuvre, et le vieillissement de la population rend notre économie atone.

Je pense également que l’accueil des migrants doit être stoppé en Europe pendant quelques années. Nous avons sans doute les moyens économiques d’intégrer plus de migrants, et nous en avons parfois même besoin, mais la peur qu’ils suscitent au sein des populations européennes est d’ordre culturel. L’Europe a peur d’une islamisation de ses mœurs et cette peur n’est pas illégitime lorsqu’on connaît les moyens financiers mis en œuvre par les pays du Golfe pour gagner la guerre idéologique, en islamisant l’Europe. Ce plan n’est pas un fantasme complotiste, nous le savons. La laïcité et l’égalité entre hommes et femmes, sont sérieusement remises en cause par une partie des musulmans. Notre République doit rester inflexible sur ces deux points. Pour apaiser cette peur, on vote souvent pour un chien de garde ; un régime autoritaire qui garantit notre sécurité en échange de notre liberté. C’est ce qui est en train de se passer en Europe, et ces nouvelles démocratures tombent facilement dans le camp de M. Poutine.
Les démocrates européens doivent donc prendre cette initiative eux-mêmes, en assurant à la fois la sécurité et la liberté, même si ces mesures leur paraissent contraires aux Droits de l’homme, il s’agit avant tout de calmer les peurs et gagner du temps sur la progression des extrêmes, afin de construire l’Europe dans de meilleures conditions. En compensation, l’Europe pourrait remplacer le budget d’aide aux migrants par des aides allouées aux pays africains pour l’éducation et la santé.

POUR UNE EUROPE SOUVERAINISTE SOLIDE

Pour parer à ces menaces militaires et écologiques, il faut rapidement construire une Europe souverainiste solide, avec les pays européen qui le souhaitent, afin de construire une indépendance militaire et énergétique européenne. Il faut faire cela en préservant la démocratie et les droits de l’homme. Car c’est avec ces valeurs que l’Europe doit aussi gagner la guerre idéologique contre le populisme et l’islamisme.
Il nous faut un contrat social européen.

LE CONTRAT SOCIAL EUROPEEN

L’Europe sociale :
L’Europe ne doit pas être une simple zone de libre-échange. Pour que les pays européens s’unissent idéologiquement, il faut un « contrat social », un traité d’union politique et économique ambitieux. Un programme humaniste consistant à mettre l’économie au service des citoyens et non l’inverse. La dette écologique nous oblige à penser qu’il faudra consommer moins, en tout cas, pas plus que ce que la terre n’est capable de générer par an.
Avons-nous un modèle social et économique qui garantit l’application des droits de l’homme, la liberté d’expression, ainsi qu’un environnement social humaniste ? Une société dans laquelle le travail humain ne serait pas exagérément exploité et permettrait à chacun de vivre dignement ? Où la santé et l’éducation seraient prioritaires sur la concurrence ?
Il semble que c’est dans certains pays nordiques qu’on se rapprocherait le plus de ce modèle.
À partir d’exemples réussis dans chaque pays, on pourrait élaborer un modèle social équilibré, afin d’harmoniser économiquement et socialement les différents pays. Une harmonisation qui se ferait sur la moyenne européenne des différents systèmes fiscaux.

Les différences de mentalité entre les pays du sud, de langues latines, et les pays du nord, de langues germaniques sont, sans doute, des sources d’incompréhension. L’Europe est une mosaïque d’espaces différents avec des héritages politiques et économiques divers.
Cela complique l’élaboration d’un modèle social-démocrate accepté par l’ensemble des pays.
Nous avons déjà vécus ces difficultés autour de la signature de la Constitution Européenne.
Mais il est urgent que nous surmontions nos différences. Nous avons en commun, les droits de l’homme et une vision humaniste de l’organisation sociale. L’enjeu est immense, car nous savons que notre industrie traditionnelle doit opérer une transformation rapide vers une industrie verte et respectueuse de l’environnement, c’est l’avenir à nos enfants qui est en jeu.
L’introduction de Gaïa dans notre petit univers humain nous pose un problème inédit de rapport au temps ; nous sommes dans l’urgence et pour survivre, la terre doit rester vivante.

La zone verte :
Ce « contrat social », serait élaboré par le Conseil Européen, il pourrait faire l’objet d’un référendum dans chaque pays européen. Nous pourrions fonder, une « zone européenne verte », avec tous les pays ayant répondu positivement au référendum. Le terme humaniste indique un modèle social où l’économie est mise au service des besoins des hommes, et non l’inverse, quand les hommes sont asservis à un taux de croissance, quand ils courent de plus en plus vite dans une roue de hamster, sans trop savoir pourquoi.

Cette zone européenne humaniste serait « intra-européenne », elle respecterait les traités européens actuels, mais se doterait d’une banque centrale indépendante du reste de l’Europe. Sa monnaie serait « l’euro-vert » par exemple, un euro valable uniquement dans cette zone, qui servirait seulement à financer le projet de « contrat social et écologique » voté par référendum.

Grâce à la création de monnaie, les investissements de cette Banque centrale se mettront au service de la transition écologique. La dette monétaire est moins grave que la dette écologique, car celle-ci ne peut pas se payer en argent. Il faut, au contraire, un ralentissement de la consommation, car nous approchons à grands pas, de la date limite des déséquilibres climatiques. La transition écologique doit être financée par la dette, parce qu’il y a urgence. Mais afin de la rembourser plus facilement, cette dette aurait un moratoire de quelques années, durant la transition écologique et la relance économique. Ce moratoire serait possible puisque cette dette n’aura pas de créancier, autre que la Banque centrale. Mais le remboursement sera tout de même impératif, pour garder confiance au système monétaire, et que l’ « euro-vert » ne dévalue pas.
Remarquons que le sentiment de confiance est à la base de tous nos échanges commerciaux ou sentimentaux, comme l’amour ou l’amitié. Le taux de confiance se mesure par des enquêtes sur les comportements. Les pays germaniques ont des taux de confiance bien plus élevés que les pays latins, avec près de 80 % pour le Danemark, contre une moyenne de 30 % pour les pays latins. La confiance est la matière première de tous nos échanges, et il serait sans doute intéressant de savoir comment le Danemark est parvenu à un tel résultat.
Le taux de confiance est un facteur important en économie, car il modifie les comportements des individus vers plus d’échanges, ou moins d’échanges s’il règne la méfiance. C’est pourquoi l’économie restera toujours du domaine des sciences humaines et aura toujours du mal à être prédictible. Les citoyens sont d’autant plus unis qu’ils se font confiance. Un « contrat social » juste et transparent, rétablirait une bonne partie de la confiance entre européens.
Il vaut mieux que nos enfants vivent dans un environnement sain, avec une dette économique, plutôt que l’inverse de façon irréversible. La transition écologique devra être une directive contraignante pour tous les pays adhérents à l’Euro-vert.

Pour opérer une transition rapide et « sans douleur », il faudrait d’une part ; libéraliser le marché du travail pour faciliter les changements industriels, et d’autre part ; redistribuer un revenu décent pour tous les citoyens européens qui subissent ces changements, par des périodes de chômage ou de formation.
La robotisation grandissante va sans doute raréfier le marché de l’emploi et nous pourrons réduire le temps de travail des employés. Le revenu de chacun ne peut plus être indexé sur le temps de travail effectué, mais sur la production total (PIB), et selon les besoins de chacun. Certains, ne sont pas d’accord avec ce point de vue, en soutenant qu’en Allemagne, la robotisation est trois fois supérieur qu’en France, et pourtant, il y a toujours un bon marché de l’emploi, sans trop de chômage. Mais il y a une chose dont on ne tient pas compte, c’est que la robotisation a permis de décupler la production, alors que la masse salariale est restée la même. Où va la richesse supplémentaire produite par les robots ?
Dans la poche des puissants évidemment, elle n’est pas redistribuée aux citoyens par des taxes sur la production. C’est ainsi que les écarts entre les pauvres et les riches se sont accrus de façon vertigineuse ces dernières décennies. La robotisation augmente la production pour un coût salarial identique. Et d’ailleurs que ferions-nous, dans le cas hypothétique et futuriste, où la robotisation aurait remplacé tous les employés dans les travaux pénibles ? Comment redistribuerions-nous la richesse aux citoyens si le travail n’existait plus ?

La cohésion sociale d’une société dépend d’une redistribution juste des richesses produites. Car le sentiment de justice améliore encore le sentiment de confiance et donc la cohésion générale d’une nation prête pour atteindre de nouveaux objectifs ensemble.

Une des solutions, consisterait à taxer la production supplémentaire des robots. Un robot qui remplace trois personnes par exemple, devrait payer les charges sociales pour trois personnes, cela financerait un filet de sécurité à tous les citoyens européens, durant les phases de transformations économiques. Le budget pour le revenu minimum par citoyen, devrait correspondre à un certain pourcentage du PIB.
Il y a un autre argument qui permet de penser la raréfaction des emplois. Le plan ambitieux de M. Hollande pour relancer l’emploi grâce au CICE, le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi, n’a pas fonctionné. Au lieu d’augmenter l’emploi, il a augmenté les bénéfices des actionnaires à 13 % au lieu de 4 % habituellement.
La machine est grippée, l’économie réelle reste atone. Pourtant, la finance continue à très bien se porter, les salaires des grands patrons français continuent d’augmenter de façon indécente. En effet, les entreprises n’ont pas besoin de plus d’employés car, grâce à la robotisation, ils produisent suffisamment pour la demande actuelle. Une demande qui a fortement baissé, de par l’appauvrissement des classes moyennes, mais aussi par les changements de comportements des consommateurs vers une plus grande sobriété, permettant d’accompagner la transition écologique.

Il faudrait également garantir la liberté de la Presse, en empêchant les puissants de posséder plus d’un ou deux titres. Il faut sauver le quatrième pouvoir, protéger sa liberté d’expression par des lois indépendantes du pouvoir économique. Il en va de même pour les biens culturels.
Certains voient dans l’économie sociale et solidaire, un modèle alternatif au capitalisme prédateur. L’Europe est capable de construire un tel « contrat social » politique et économique, pour fédérer les pays d’Europe autour d’un projet politique humaniste, qui le fasse rêver et serve de modèle aux autres peuples. De sa réussite, dépendra l’influence idéologique de l’Europe sur le monde.

 Souverainisme européen :
Pour se fortifier économiquement, l’Europe devrait adopter la même technique protectionniste que les autres continents (Amérique, Russie, Chine). Élaborer une sorte de souverainisme européen, par des taxes sur les marchandises qui entrent en Europe et sur les capitaux qui sortent d’Europe, afin de rendre plus rentable l’activité économique à l’intérieur du continent européen.

L'UE est le principal exportateur mondial avec 15,4 % de toutes les exportations, devant la Chine (13,4 %) et les Etats-Unis (10,5 %). Établir des taxes douanières en Europe serait suivi de mesures de rétorsion de la part des autres continents, mais qui eux-mêmes, pratiquent le protectionnisme… C’est M. Trump lui-même qui a ouvert les hostilités en déclarant une guerre commerciale et fiscale à l’Allemagne. Donc, si tout le monde se comporte ainsi, il reste une marge de manœuvre pour les produits importés par nécessité par chaque continent.
Mais l’Europe devrait aussi soutenir les sociétés exportatrices, afin qu’elles ne disparaissent pas, le temps de les réorienter vers le marché intérieur européen.
Il s’agirait d’un souverainisme provisoire, durant quelques années, le temps d’atteindre nos objectifs de relance économiques et d’harmonisation fiscal, avant de réouvrir les frontières fiscales à la concurrence. Car la mondialisation est une bonne chose en soi, elle permettrait de mieux coordonner les activités économiques et écologiques entre les continents. Mais pour réussir cela, les négociations doivent se faire entre continents de puissance à peu près égale, afin d’équilibrer les rapports de force. Car ce n’est pas le plus fort qui doit l’emporter, mais le plus juste.

L’IDÉOLOGIE, ENJEU CRUCIAL DE LA MONDIALISATION

L’Europe politique :
Même si beaucoup de choses séparent les peuples européens, il y a une chose qui les rassemble tous ; l’Europe est le berceau du siècle des lumières, grand siècle par ses philosophes et ses scientifiques, qui ont imposé la raison contre les superstitions, dans la gestion des états et les progrès de l’humanité. À cette époque, ils prônent pour une Europe unie par la paix et fondée sur une civilisation commune. Avec les Lumières, on assiste à une globalisation de l’économie et de la culture qui participe à la création, en filigrane, d’une identité et d’une culture européenne. Les droits de l’Homme deviennent la base de l’idéologie européenne. L’Europe devient une unité construite autour de valeurs et d’inclinations universelles. Les hommes des Lumières, avaient compris l’importance du tiraillement entre préférence nationale et sentiment européen, c’est pourquoi il faut promouvoir notre idéologie comme identité européenne, et comme premier pas vers l’unité politique.
L’Europe s’est protégé du fascisme, par des gouvernements démocratiques, arrimés à l’idéologie des droits de l’homme et de la liberté d’expression. C’est autour de ces droits que nous devons nous regrouper en Europe pour forger notre puissance économique et idéologique. Remarquons que la guerre idéologique se joue principalement sur le choix entre une morale religieuse ou une morale philosophique et laïque, pour organiser les sociétés. Les USA, la Russie et le Moyen-Orient adoptent plutôt une morale religieuse, alors que l’Europe optent une morale philosophique (droits de l’Homme), tandis que la Chine choisie une morale politique (communiste).

 Pouvons-nous vivre en autarcie en Europe ?
L’UE est la première industrie mondiale (automobile, aéronautique, chimie et métaux).
L’agriculture européenne est la deuxième du monde. Les États de l’union ont les réseaux de transport les plus denses du monde.
L’UE est une grande puissance financière avec le lancement de l'euro, qui s'est peu à peu imposée comme l'une des principales devises mondiales.
L'UE a également été à l'origine, de la création de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) et de la mise en œuvre du Protocole de Kyoto (accord sur le climat).

 Pouvons-nous avoir une indépendance énergétique ?
L’Europe importe plus de la moitié de l’énergie qu’elle consomme. Elle l’achète principalement à la Russie. Nous dépendons directement de la Russie, qui est aussi notre opposant dans la guerre pétrolière au Moyen-Orient. Guerre, que la Russie et son allié l’Iran viennent, semble-t-il, de gagner. La dépendance énergétique de la Turquie par la Russie est la raison première de son retournement d’alliance dans la guerre du Moyen-Orient. Cela pourrait très bien nous arriver en Europe.
Notre dépendance sera encore plus grande et nous obligera à céder sur la guerre idéologique.

L’INDÉPENDANCE ÉNERGÉTIQUE EST CRUCIALE DANS LE PROJET EUROPÉEN.

L’Europe pourrait résoudre ces problèmes en quelques années, grâce à une transition vers les énergies renouvelables. La France pourrait produire 100 % d’énergie renouvelable en 2050, par la sobriété énergétique (lutte contre les gaspillages), et l’efficacité énergétique (amélioration des performances). Ces deux leviers permettraient de diviser par deux la consommation totale d’énergie en 2050. Selon le Syndicat des énergies renouvelables (SER), cette mutation radicale est réaliste, même si cela suppose des réorganisations industrielles et des évolutions sociétales drastiques. Cet objectif ambitieux a déjà été voté par les parlementaires.
L’accord de Paris issu de la COP21 vise lui-même la neutralité carbone « dans la seconde moitié du siècle ». L’urgence de la situation écologique devrait inciter l’Europe à utiliser encore provisoirement l’énergie nucléaire, durant la transition énergétique. Mais, il faudra aussi contrer les puissants lobbies de l’énergie pétrolière, que sont les trois géants européens, Shell, BP, Total, qui figurent parmi les 8 premières multinationales mondiales. Les forces contraires sont puissantes.

Conclusion :
L’EUROPE DEVIENT LE SEUL CONTINENT À SOUTENIR UNE IDÉOLOGIE LIBERALE FONDÉE SUR LES DROITS DE L’HOMME !!!

La création d’une armée de défense européenne suffisante et l’indépendance énergétique, sont les deux priorités de l’Union Européenne pour préserver sa liberté d’action. Nous avons déjà bâti l’embryon de cette action, avec la politique européenne de sécurité et de défense commune. Il nous reste à la faire croître.
La situation est sérieuse pour les peuples européens. Nous devons défendre coûte que coûte, la liberté d’expression et les droits de l’homme. Seule une Europe forte économiquement et idéologiquement, pourra résister à l’établissement d’une faschosphère économique ou religieuse mondiale. Les peuples seraient exploités et surveillés de près, par tous les objets connectés qui nous entourent. On ferait aimer aux gens leur servitude, ce qui produirait une dictature sans douleur. Un monde où les puissants seraient tellement puissants, qu’aucun retour en arrière ne serait plus possible. La démocratie et les droits de l’homme seraient bâillonnés définitivement.

POUR SURVIVRE, L’EUROPE DES DROITS DE L’HOMME NE PEUT QUE S’UNIR.

L’Europe dispose de tous les atouts. Si les 28 pays n’en formaient qu’un, l’UE serait l’une des principales puissances de la planète, que ce soit en terme politique, démographique ou économique. La plupart des économistes sont d’accord sur ce point.
Mais ce travail pourrait déjà commencer avec 6 ou 10 pays qui auraient acceptés par référendum, la mise en œuvre d’un contrat social européen.

Marc Charbit

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.