LE JUIF ATHEE

Portrait d'un Français juif athée Cette chronique est une étude approfondie du peuple juif, de l'histoire de l'antisémitisme, du complot juif mondial, et du conflit israélo-palestinien. (lecture 18mn)

                    Je devais avoir 17 ans, en ce jour de jeûne de Yom Kippour, j’étais à la synagogue avec mes parents. Ils étaient croyants, bien que modérément pratiquants. Depuis deux ans déjà, je me posais de nombreuses questions sur les pratiques religieuses. Je n’y croyais plus vraiment, et pour moi, tous ces rituels, quasi-magiques, étaient des gestes déconnectés de la réalité. J’avais choisi ce jour de Yom Kippour pour marquer ma rupture avec le religieux. Je suis sorti de la synagogue et j’ai acheté un paquet de biscuits que j’ai mangé en cachette. Mon émotion était intense, en plein pari de Pascal, si Dieu existait, j’étais mal barré, et s’il n’existait pas, j’avais fait le bon choix. Je voulais simplement que mes actes soient en accord avec mes pensées et ne plus pratiquer de rituels. Avec les années, mes connaissances scientifiques et philosophiques ont conforté mon athéisme. Si Dieu existe, il ne peut qu’avoir la définition de Spinoza, « Dieu c’est la Nature ». Il peut être connu rationnellement par la science et cet effort vers la connaissance procure de la joie. Dieu ne peut pas intervenir dans la vie des hommes, cela rend caduque tous rituels magiques ou religieux. Les prières pour demander ses faveurs sont vaines et inutiles. Il faut améliorer le monde par nous-même, par notre travail.

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Je serais donc à la fois juif et athée, est-ce possible ?

D’une façon générale, tout le monde se fout de savoir si je suis juif, ou athée, ou les deux à la fois. Tout le monde s’en fout, sauf deux catégories de personnes : les Juifs et les antisémites.

 Quand je dis à un juif que je suis athée, il me tape amicalement sur l’épaule et me répond « On s’en fout de tout ça, pour nous, t’es juif quand même ! »

Quand je dis à un antisémite que je suis athée, il me tape méchamment sur l’épaule et me répond « On s’en fout de tout ça, pour nous, t’es juif quand même ! »

Si j’essaie de me justifier en disant que je ne pratique plus la religion ; les premiers me diront « Tu as honte d’être juif ? » et les seconds « Tu as peur d’être juif ? »

 Alors pourquoi juif « quand même » ? Et, que veut dire le mot juif ?

Pour éviter toute confusion, il faut signaler que ce mot à trois sens différents. Il désigne à la fois un « peuple juif », une « religion juive » et un « état juif ».

Le « peuple juif » est difficile à définir. Il est composé de plusieurs ethnies, il y a des grands blonds au nord, des petits bruns au sud, des noirs en Ethiopie, des arabes en Egypte et des asiatiques en Asie centrale. Il n’est pas une ethnie homogène, reconnaissable (même si, dans certains milieux antisémites, le gros nez soit à la mode). Tous les juifs ne sont pas sémites et beaucoup de sémites ne sont pas juifs. Le terme « antisémite » est incorrecte, il vaudrait mieux dire « anti juif ».

Ce peuple n’est pas non plus défini par un pays, sauf depuis la création d’Israël, l’état juif. Quelle est la nature de cet état d’Israël qui s’ouvre à la venue des Juifs du monde entier ? Comment définir ce peuple juif ou cette identité juive ?

Il faut déjà faire une dissociation, entre judaïcité et israélianité. Même peu nombreux, il existe des israéliens qui ne sont pas juifs. La société israélienne est un cas paradoxal, celle d’une collectivité juive « déjudaïsée ». Même si le peuple juif est une notion problématique, la constitution d’une nation juive israélienne, elle, est bien certaine.

En somme, si la religion ne définit pas le peuple juif, qu’est-ce qui le définit ?

Dans ses « Réflexions sur la question juive », Sartre pensait que ce n’était ni leur passé, ni leur religion, ni leur sol qui unissaient les fils d’Israël, et que bien que le juif  fût parfaitement assimilable, il se définissait comme celui que les nations ne voulaient pas assimiler. Sartre conclut que c’est le regard d’autrui qui fait du Juif, un Juif. Dès le moment où l’antisémitisme disparaîtra, les Juifs disparaîtront…

Il avait sans doute raison pour les juifs athées attaché à leur pays, tel que moi ; mais ce n’est sans doute pas le cas pour la majorité des juifs, qui se sentent reliés entre eux par la religion. Des juifs aspirant à pérenniser le judaïsme en tant que culture, langue ou religion, sans oublier le rapport particulier à la terre d’Israël.

Il y a deux types de Juifs : ceux qui sont centrés sur Israël et qui partiront s’y installer pour réaliser la prière annuelle « L’an prochaine à Jérusalem », et ceux qui resteront des citoyens comme les autres, dans leur pays d’origine, tant qu’il ne seront pas menacés. Tel est mon cas, j’ai eu la chance d’être français et j’aime la France, je n’ai aucune envie de partir. 

 On n’a donc pas besoin de pratiquer la religion juive pour être juif ? Ce serait de naissance, presque génétique, ce serait comme être noir, on ne peut pas le renier. Pourtant être juif, ne peut pas être une race, puisqu’ils ne sont pas une ethnie reconnaissable. L’identité juive serait donc plutôt historique qu’ethnique. Les Juifs seraient un peu les produits de l’histoire.

Mais alors, si je ne pratique plus le rituel religieux, fais-je encore partie du peuple juif ? Oui, me répondent les juifs et les antisémites. « Tu fais parti du peuple juif !» un peuple inventé par les uns et fantasmé par les autres, au point d’en faire une race.

Cette histoire, un peu compliquée, m’oblige donc à utiliser l’oxymore de « juif athée », pour me définir.

Cependant, je ne suis pas un juif israélien, mais un français juif. Je ne suis donc pas juif par mon pays comme un israélien, ni par ma religion. En France, je me sens libre de critiquer le gouvernement israélien actuel, pour sa politique d’extrème droite, associé aux religieux, pour la colonisation des territoires occupés, contraire au droit international, et pour la force inapproprié utilisée parfois contre les palestiniens.

 Les premiers sionistes juifs étaient laïc, c’était les juifs ashkénases cultivés établis Europe centrale. Ils ont fondé un état démocratique et socialiste avec les Kibboutz. La deuxième vague d’émigration des juifs séfarades, venus d’Afrique, moins érudits et plus religieuses, posa problème. Ils étaient déconsidérés et méprisés par les ashkénases, mais cependant, ils faisaient plus d’enfants, si bien que deux générations plus tard, les religieux ont pris le pouvoir en Israël, et avec l’extrême droite, ils ont défiguré le projet socialiste des premiers sionistes, qui impliquait une sortie de la religion et la rupture avec le judaïsme diasporique.

C’est aussi un état dont le livre fondamental est la Bible, et dont la morale repose sur la vision des prophètes juifs. Dans la société israélienne, il existe des tensions croissantes entre juifs laïques et juifs ultra-orthodoxes. Seule la laïcité pourra résoudre ces questions, comme la liberté de pratiquer, ou de ne pas pratiquer une religion, et le respect mutuel des libertés. Israël est un État dont les valeurs sont à la fois juives et démocratiques. Parmi ces valeurs, certaines sont particulières et d’autres sont universelles. Il faudrait mieux favoriser le courant universaliste, car ce courant s’accorde mieux aux valeurs humanistes, pour un état démocratique comme Israël. Un Israélien athée ne doit pas être considéré comme juif, il doit avoir le droit et la possibilité, de vivre laïquement en Israël, avec des cérémonies laïques pour les naissances, mariages et décès. Il n’a plus besoin d’être juif par la religion, puisqu’il l’est par la nationalité. Et puis une religion dont les membres ne peuvent pas sortir, est une secte.

Quand les religieux prennent le pouvoir politique, ce n’est jamais très bon. Ils ont une vision prophétique du « Grand Israël », ils deviennent très vite des va-t-en-guerre soutenus généralement par l’extrême droite. Israël doit rectifier le tir et revenir à une démocratie laïque stricte, qui ferme l’accès du politique aux partis religieux.

D’autre part, s’il est vrai que le peuple juif a reçu une clé spéciale pour entrer dans la maison « Israël », cela n’autorise pas une discrimination envers les non-Juifs. Les israéliens doivent tenir compte du fait qu’ils ne vivent pas seulement entre Juifs. Dans l’état d’Israël, Juifs et Arabes sont des citoyens égaux en droits. Le sionisme est né en réponse à la discrimination et au racisme. Les valeurs d’Israël en tant qu’état démocratique se doivent d’interdire toute discrimination.

Pour toutes ces raisons, les juifs européens ou américains ne doivent pas être associés à la politique menée en Israël. C’est un amalgame que font facilement les antisémites pour justifier leurs violences. Ils ne distinguent plus les trois sens différents du mot « juif ».

Mais l’histoire qui relie ce peuple juif, au-delà des ethnies et des nations, se confond aussi avec l’histoire de l’antisémitisme.

La haine des juifs commence vraiment avec l’arrivée du christianisme. Ceux-ci, protégés par les Romains, ne peuvent pas les accuser d’avoir crucifié Jésus, ils accusent alors les juifs de sa mort. Au Ve siècle, l'Église d'Antioche, les accusait d'être le « peuple déicide », tueur de Dieu. Cette responsabilité hors de toute mesure a été abondamment relayée, et a justifié les pires folies sanguinaires. Cet antisémitisme va durer pendant 2000 ans, car le christianisme parviendra à s’emparer du pouvoir politique au troisième siècle, avec l’empereur Constantin. Le christianisme va se radicaliser contre les juifs, puis contre les protestants et culminer avec un dogmatisme violent, aboutissant à l’inquisition, qui durant 3 siècles (du 15° au 18° siècle) punit de mort tous les non-croyants et les hérétiques qui remettent en cause, soit la morale, soit la cosmologie biblique. Le mythe de « l’usurier juif », associé à ceux du « Juif errant », et de l’appartenance à une « espèce démoniaque », se met en place au Moyen-Âge.

Mais l’usure pratiquée par les Juifs cessa pratiquement à la fin du XIIIe siècle, remplacée par celle des Lombards et des Cahorsins ; cette concurrence venue d’Italie, leur sera fatale. Pourtant aucune haine éternelle contre les Lombards ne s’est jamais manifestée. De même, après la Réforme protestante, Calvin a accepté le prêt à intérêt, et la Banque protestante a favorisé « l’usure », sans que l’on assiste à un « anti-protestantisme » éternel. La haine antisémite perdurait après le départ des juifs. Ce phénomène d’antisémitisme sans juif montre bien qu’il s’agit de projections psychologiques et non d’une réaction fondée sur une réalité.

C’est vrai qu’en période de crise, on préfère voler les riches, et les juifs sont une proie facile, facilement haïssable. On peut ainsi les tuer en ayant « bonne conscience » puisqu’on débarrasse la société d’une « espèce nuisible ».

L’holocauste nazi était d'une autre nature, ce crime ne visait pas seulement la richesse des banquiers juifs, c’était un génocide total du peuple juif, l’extermination méthodique d’une « race ».

On voit bien que l’antisémitisme dépasse le cadre de la haine contre l’usure. C’est, à la fois, une haine fantasmée contre les juifs, accusés d’avoir « tué Jésus pour de l’argent » ; et une peur des juifs, accusés d’un « complot mondial ».

Les juifs sont brinquebalés d’un pays à l’autre de l’Europe, chaque fois qu’un vent mauvais souffle dans leur pays d’adoption.

En Angleterre, les Juifs sont considérés comme étant propriété du roi qui leur doit protection moyennant finances : ils sont collecteurs de fonds et prêteurs sur gages à son service.

Au 15ème siècle, les juifs d’Espagne et du Portugal sont convertis de force au catholicisme. Les pogroms russes commencent en 1820, puis en France avec l’affaire Dreyfus en 1894, pour finir avec la solution « finale » nazie en Allemagne. Les juifs sont pillés, expulsés ou tués.

Tout cela a entraîné la naissance du sionisme avec Theodor Herzl qui, avec l’aide de philanthropes juifs, achetèrent au Sultan Turc, des terres en Palestine souvent incultes, pour ébaucher le futur territoire juif. Après la première Guerre Mondiale, laFrance et le Royaume-Uni se partagèrent les dépouilles de l'empire Ottoman qui avait choisi le mauvais camp. Le Royaume-Uni obtint la Palestine, et la France la Syrie.

Conformément à la déclaration Balfour de 1917, les Juifs commencèrent à immigrer en plus grand nombre en Palestine, surtout dans les années 1930 à cause de la politique antisémite d'Hitler. En 1936, le grand Mufti de Jérusalem, finira par s'allier avec l'Allemagne nazie ; il choisira lui aussi, le mauvais camp.

 Après la guerre, en 1948, l’ONU recommande le partage de la Palestine en un État arabe et un État juif, avec pour Jérusalem un statut international spécial sous l’autorité administrative de l’Organisation des Nations Unies. L’Agence juive a accepté cette résolution, mais ce plan n’a pas été accepté par les Arabes palestiniens et les États arabes.

La plupart des pays musulmans vont se réunir autour d’un ennemi commun, les juifs et l’état d’Israël, accusés d’avoir volé la terre du peuple palestinien.

Auparavant, la Palestine n’avait jamais été un pays constitué, ce territoire a appartenu à l’empire Ottoman pendant plusieurs siècles, puis après la première Guerre Mondiale, il devient un territoir administré par les Anglais. Il faut attendre 1974 pour qu'un sommet arabe reconnaisse l'OLP comme le seul représentant du peuple palestinien. Le peuple palestinien n’existe pas plus que le peuple juif. Mais, même s’ils ont été tous les deux inventés, ils existent bel et bien aujourd’hui.

Depuis la création d’Israël, l’antisémitisme classique catholique deviendra peu à peu un antisémitisme musulman qui associe le sionisme, le judaïsme et l’état d’Israël en un seul ennemi commun. C’est sur cette idéologie que s’appuie l’islam politique pour rassembler ses troupes. Cet antisémitisme musulman prend de plus en plus d’ampleur en Europe.

Depuis 1948, toutes les tentatives pour une paix a deux états ont échouées, faute d’un accord sur deux points essentiels : le retour des réfugiés palestiniens en Israël, et le partage de Jérusalem.

 

Le retour des réfugiés :

Si on tient compte du fait que l’état d’Israël a été créé pour donner un refuge au peuple juif, alors, il faut que cet état garde sa spécificité juive. Le retour des réfugiés palestiniens en Israël, estimé à plus de quatre millions, enlèverait de fait, cette particularité. La plupart des élections seraient remportées par la population musulmane. Cette revendication palestinienne est donc impossible à accepter par l’état d’Israël. Mais ils pourraient retourner en Palestine, dans leur nouvel état, avec une aide financière négocier avec l’état israélien. Les deux nouveaux états choisiraient une autre ville que Jérusalem comme capitale.

 Mais comment un français athée d’origine juive comme moi, peut-il admettre la création d’un état juif ? Moi qui suis porté par la démocratie laïque comme système politique, et par les droits de l’homme comme système moral. Cette position est quasiment indéfendable et absurde. Oui, absurde, mais elle est la réponse à une autre absurdité qui sévit depuis 2000 ans, l’antisémitisme mondial qui refait surface régulièrement çà et là, lorsque la folie s’empare des hommes. Pour ma part, en tant qu’athée, je n’aime pas utiliser le terme « état juif » mais plutôt « état du peuple juif ». Nous avons vu que le terme « peuple juif », ne signifie pas à grand chose, ni une race, ni une nation, alors qui est juif ? Le plus simple est de considérer comme juif, toute personne désignée comme tel, par les antisémites. Ces juifs méritent la protection dans un « état du peuple juif ».

 Le partage de Jérusalem :

Un partage de la ville sainte entre les palestiniens et les israéliens serait possible, bien que difficile. La chose avait pratiquement été réglée avec les accords de Camps David, qui ont fini par capoter.

Cependant, ce partage, s’il était trouvé, serait une véritable injustice pour les chrétiens. En effet, c’est là que vécut et mourut Jésus. Les chrétiens auraient bien plus de droits pour posséder une partie de la ville sainte, que les musulmans, qui s’y sont installés bien après. Pour les musulmans, Jérusalem n’est que la troisième ville sainte de l’islam après la Mecque et Médine, alors qu’elle est la première pour les chrétiens. De 638 à 1917, Jérusalem fut plusieurs fois dominée par des dynasties islamiques sans qu'aucune ne la prenne pour capitale.

Alors que la volonté des chrétiens à récupérer cette ville s’était déjà manifestée violemment au cours de l’histoire, avec les croisades.

 En 1948, selon le plan de partage de la Palestine, il aurait dû y avoir trois entités distinctes : une sous contrôle israélien, une sous contrôle palestinien et une comprenant Jérusalem et ses faubourgs (dont Bethléem) sous contrôle international. Selon la communauté internationale, le statut de la ville doit faire l'objet de négociations entre Israéliens et Palestiniens.

Après la conquête de la ville en 1967, Israël déclare en 1980, par une Loi fondamentale que « Jérusalem unifiée est la capitale éternelle et indivisible d’Israël ». Le Conseil de sécurité, considère aussitôt cette loi israélienne, comme nulle et non avenue. C’est une violation du droit international. La résolution invite les États membres à retirer leur mission diplomatique de la ville. Le Vatican, non plus, n'accepte pas l'annexion de Jérusalem par Israël. Il préconise « un statut spécial, internationalement garanti ».

 Il me semble que nous sommes à un moment de l’histoire, où les chrétiens devraient revendiquer leur part de la ville sainte, par une déclaration du pape à l’ONU. En entrant dans le jeu, la revendication chrétienne pourrait rebattre les cartes d’une situation géopolitique figée. L’ONU devrait soutenir cette revendication en usant de tous ses pouvoirs. Cette revendication, justifiée par l’histoire de la chrétienté, pourrait relancer les pourparlers de paix, et peut-être, résoudre le problème millénaire du statut de Jérusalem, ville sainte pour les trois religions monothéistes.

Si le Pape et L’ONU exigeaient, comme c’est leur droit, une tripartition négociée de Jérusalem, cela permettrait également de résoudre les problèmes religieux qui les opposent. Une réconciliation par la reconnaissance réciproque des valeurs morales des trois grands prophètes monothéistes, Moïse, Jésus et Mahomet, dans ce qu’ils avaient de commun dans leur humanisme et leur spiritualité. L’accord sur le territoire de Jérusalem, deviendrait aussi une réconciliation sur le plan spirituel et religieux des trois monothéismes. Un tel accord aurait un retentissement énorme sur les croyants du monde entier, et garantirait une paix interreligieuse. Ce serait un joli résultat politique pour l’ONU dans sa mission pour la paix.

Les musulmans devraient soutenir une telle revendication, car une négociation à trois partenaires, leur permettraient d’obtenir un partage plus équitable de la ville. L’intérêt pour les juifs se traduirait par une baisse considérable de l’antisémitisme mondial.

 Depuis la résolution de 1948, Jérusalem a un statut international spécial sous l’autorité administrative de l’Organisation des Nations Unies, ce n’est pas un territoire israélien. L’ONU aurait le droit d’organiser une négociation tripartite pour le partage des lieux saints de Jérusalem. Cela pourrait s’imposer en exerçant des pressions internationales sur les deux belligérants. Toutes les grandes puissances pourraient se mettre d’accord sur un tel projet.

L’ONU serait chargé d’administrer la ville, pour l’organisation civique, la justice et la police. Elle déplacerait son siège de New-York à Jérusalem. La laïcité serait le rempart contre un retour du religieux en politique à Jérusalem. Israël et la Palestine auraient leur capitale administrative dans une autre ville.

Le problème de Jérusalem devrait être résolu à part de celui des frontières israélo-palestiniennes. L’enjeu d’une réconciliation mondial des trois monothéismes dépasse de loin leur problème. Jérusalem deviendrait la capitale spirituelle des trois religions, administrée par l’ONU.

 Le problème des frontières et du retour des réfugiés serait résolu plus tard, lorsque les belligérants décideront de se reparler avec une volonté de paix réelle. Pour le moment, c’est une chimère, mais on peut toujours rêver avec l’exemple récent de la Corée. Après des décennies de tensions extrêmes, un traité de paix vient d’être signé entre les présidents des deux Corée…

Le complot juif :

Il existe encore un autre antisémitisme, qui n’est ni catholique, ni musulman, c’est un antisémitisme d’extrême droite (mais pas que), qui accuse les juifs de vouloir dominer le monde. Une théorie du complot incarné par les protocoles des Sages de Sion , document du début du XX° siècle, se présentant comme un programme juif de domination du monde. En réalité, écrit par le faussaire antisémite russe Golovinski , pour le compte de la police politique stariste . La thématique du complot juif connaît aujourd'hui une popularité nouvelle dans certains mouvements extrémistes musulmans, comme le Hamas qui se réfère explicitement aux Protocoles des Sages de Sion dans sa Charte.

Il existe également la thèse d’un complot judéo-maçonnique, imaginé en 1893, par l’archevêque halluciné Léo Meurin, dans son livre « La franc maçonnerie Synagogue de Satan ».

Le complot juif a revêtu quatre formes historiques : en premier lieu durant l'Antiquité et le Moyen-Âge, il se présente sous la forme de rumeurs de complots locaux, car les Juifs seraient solidaires entre eux. À ces rumeurs s'ajoutent de multiples calomnies comme celles de la « haine du Christ, donc de Dieu », et donc aussi des chrétiens, qui peut se traduire par des accusations d'infanticide rituel.

En deuxième lieu, à partir du XIX° siècle, il prend la forme de récits plus ou moins élaborés de complots nationaux, car les Juifs forment un « corps étranger » et jouent un « rôle d'État dans l'État ».

En troisième lieu, de la fin du xixe siècle au milieu du XX° siècle, le complot juif devient un « complot international ou mondial ». De même, la grande dépression de1929 est considérée par certains antisémites, comme la démonstration du complot juif mondial. Remarquons que cela correspond au début de la mondialisation économique. Tous les perdants de cette mondialisation basculent facilement dans l’antisémitisme, trouvant chez les juifs, le bouc émissaire idéal à leurs malheurs, à la fois riche et détestable.

Depuis 1948 et la création de l'état d'Israël, le complot juif devient le « complot sioniste mondial ».

Que répondre à cela ?

Historiquement, il est vrai que les juifs, depuis leur exode en l’an 70, ont joué le rôle de banquier à travers le monde. Le christianisme proscrit le prêt à intérêt car, comme pour les Grecs, le temps n'appartenant pas aux hommes, ils n'ont pas le droit, ni de le vendre ni de le faire fructifier.

La religion juive n’interdit pas cette activité. La richesse est un moyen de servir Dieu, d'être digne de lui. C’est un moyen, pas une fin, d'autre part, les sacrifices humains et la loi du talion sont remplacés par un dédommagement monétaire. C'est un moment essentiel de la civilisation : l'amende remplace les représailles, l'argent interrompt la violence. 

Dès la sortie d'Egypte, dans le Sinaï, une partie du peuple juif fabrique un dieu d'or. Le châtiment est terrible : le peuple doit rester dans le désert assez longtemps pour qu'y meurent toutes les générations fautives. Au Xe siècle avant notre ère, le roi Salomon rappelle dans son discours, que le peuple juif ne doit s'enrichir que pour enrichir les autres. C'est aussi à cette époque qu'est institué l'impôt de solidarité, première apparition historique de l'impôt sur le revenu, avec des règles très précises : taux supérieur à 10 %, anonymat et redistribution intégrale aux pauvres.

Babylone et Alexandrie, qui sont, au IIIe siècle avant notre ère, les capitales de l'économie mondiale, fonctionnent grâce au savoir et au commerce des marchands juifs lettrés. Ils acquièrent progressivement une compétence et une légitimité fondées sur la confiance et sur des techniques financières et commerciales efficaces. Ils inventeront en particulier le chèque, le billet à ordre, la lettre de change, la notion de « prix juste » des biens alimentaires, dont la marge doit être limitée à 1/6, l'interdiction de la spéculation. Pratiquement tous les problèmes de l'économie moderne sont traités.

Les califes ne recrutent leurs conseillers et experts économiques, que parmi les juifs. Mais c’est aussi une nécessité pour eux, car il y a dans l'islam la même interdiction du prêt à intérêt que chez les chrétiens. Et les juifs sont parmi les rares à savoir lire et écrire. Ils sont donc les seuls capables d'organiser ces prêts, dont l'économie commence alors à avoir besoin.

Vers l'an mille, il n'y a guère plus de 150 000 juifs en Europe, qui, pendant trois siècles, se retrouvent être les seuls à avoir le droit de faire des prêts, alors que le besoin d'argent devient considérable.

Mais la condition des juifs en Europe n’est pas si enviable : impossibilité de posséder la terre, autorisation de séjour temporaire, interdiction d’être soldat, obligation de résidence dans certaines zones ou certains quartiers. Par mesure de ségrégation, le concile du Latran, en 1215, les contraint à porter un signe distinctif. On veut alors éviter la cohabitation et les mariages mixtes. C'est ainsi que naissent les premiers ghettos .

Des contraintes qui pesaient lourd sur l'activité des Juifs. Dans toutes les grandes villes européennes, il y avait un ghetto juif, que les touristes visitent aujourd’hui. L’  « esprit antisémite européen » maintenait un cordon sanitaire qui permettait aux juifs de participer à la vie publique, mais qui les forçaient néanmoins à rester juifs, envers et contre eux-mêmes, en les empêchant de s’assimiler.

 Cependant, on constate que les juifs ont acquis une très grande expérience de la banque, c’est donc normal qu’ils excellent dans ce domaine. Marx, avait compris que le judaïsme était à l'origine de la pensée économique moderne. La simple logique voudrait qu’on essaye plutôt d’apprendre des juifs, et de leur savoir-faire, au lieu de les pourchasser. Sartre dépeint l’antisémite comme un lâche qui ne veut pas s’avouer sa lâcheté. Au lieu de prendre exemple sur meilleur que soi, on préfère le tuer et le voler. Les juifs ont cependant connu une période faste au Moyen Âge, sous le règne de Charlemagne. L'empereur appréciait leur sens du commerce, leur science, leurs talents d'artisans. Ils amenaient avec eux la prospérité. Malheureusement, cela n’a pas duré.

 La situation va changer durant l'entre-deux-guerres. Une à une, les grandes banques juives s'effondrent ou passent aux mains de non-juifs. À Vienne au XIXe siècle, les juifs étaient sortis de la finance et du capital, pour le théâtre, la psychanalyse et la littérature. Au début du XXe, la bourgeoisie juive américaine passe de la finance à la distraction et à la communication : édition musicale, radio et cinéma, dont les films sont totalement étrangers au judaïsme. Mais les juifs réussissent encore dans d’autres domaines. Les enfants des banquiers sont devenus avocat, chirurgien, artiste, musicien, scientifique ou écrivain. Et ils réussissent dans leur domaine. La participation des juifs est importante dans le développement industriel du XIXe siècle, en particulier dans les industries de la communication, de l'automobile, et de l'aviation. Les juifs poussent même le vice à exceller dans le domaine du banditisme. La mafia juive de New-York tenait tête à la mafia italienne, et que dire de Madoff, qui avec 65 milliards de détournements, principalement dans la communauté juive, s’est hissé à la première place des arnaqueurs. Et oui, les juifs sont des hommes comme les autres.

Peut-être qu’ils sont un peu plus motivés que les autres, car se sentant toujours menacés, ils ont l’obligation de réussir. Depuis sa création, en quelques décennies, Israël est devenu une grande puissance économique, informatique, et militaire. Pour tous les juifs du monde, Israël a obligation de réussir.

« Mais alors, ils sont partout ! », « Ils veulent dominer le monde ! », « Mais comment font-ils ? », « Il s’entraide entre juifs, et travaillent en communauté ! »

 C’est vrai, les juifs travaillent souvent entre eux, leur histoire les amène à ne se faire confiance qu’entre juifs. Mais n’est-ce pas aussi le cas de toutes les communautés ? Qu’elle soit chinoise, portugaise, ou italienne, tout le monde privilégie sa communauté. L’explication est donc un peu courte. On ne peut pas devenir un grand artiste ou écrivain ou scientifique grâce au piston de sa communauté.

Alors, qu’est-ce qui a forgé, dans la culture juive, cette volonté d’être bon dans son domaine ?

L’antisémitisme pourrait bien y avoir joué un rôle important. En 2000 ans d’histoire, les juifs savent qu’ils peuvent être menacés, pillés et chassés de leur pays d’adoption. Ils savent aussi qu’en cas de malheur, la seule chose qu’ils pourront emporter avec eux, c’est leur cerveau. Grâce à leur éducation et à leur volonté, ils pourront plus facilement se réinstaller ailleurs. L’inquiétude et l’angoisse, devenant le propre même de l’esprit juif qui, même totalement déjudaïsé, serait la source de sa créativité.

 À cela s’ajoute la tradition religieuse qui invite les juifs à toujours se questionner pour évoluer. La révélation biblique est une parole articulée, intelligible, adressée par Dieu, mais la révélation s’est arrêtée. Peu après la destruction du premier Temple, Dieu se voile la face, Il ne parle plus aux êtres humains. Le Talmud y perçoit la fin de la révélation et le début de l’interprétation. Le sage devient alors préférable au prophète. C’est pourquoi le questionnement incessant du texte remplace la manifestation occasionnelle de Dieu. L’interprétation génère du sens, en ce qu’elle enchaîne sur un discours nouveau.

 Il semble bien que ce soit cette qualité présente dans la culture juive, cette volonté à exceller dans leur domaine d’activité, qui soit la cause de tous les problèmes antisémites. Dès que les juifs s’installent dans un pays, ils réussissent et s’enrichissent, même peu nombreux, ils deviennent visibles et attisent les convoitises. On les malmène, on les vole et on les chasse vers un autre pays, où ils seront accueillis comme de pauvres réfugiés. Quelques générations plus tard, grâce à leur volonté de bien faire et de réussir, ils redeviennent riches et, même peu nombreux, ils redeviennent visibles, alors on les malmène, on les vole et on les chasse vers un autre pays. Éternel recommencement de l’histoire.

La seule solution pour les juifs de sortir de ce cercle vicieux, était d’avoir un état juif pour s’y réfugier en cas de besoin. C’est vers 1900 qu’émerge le projet sioniste des juifs européens, pour créer un état laïc en Palestine.

Mais, la création d’Israël en 1948, n’a pas réglé le problème de l’antisémitisme, il s’est même propagé dans le monde musulman. Et plus l’antisémitisme augmente, et plus les juifs du monde entier soutiennent l’existence d’Israël, comme dernier refuge. La peur engendre la haine, un cercle vicieux dont nous ne sommes pas près de sortir.

Mais en voici un autre : au cours des millénaires, l’exode du peuple juif, à fait de lui un peuple, sans ethnie définie, et sans fontière. Seulement relié entre eux par la pratique d’un rituel religieux. Ce rituel religieux les unit aussi, par la promesse de Moïse d’être le « peuple élu » de Dieu. Pour être un juif « élu », il faudrait donc être un descendant de ce peuple ? Celui que Moïse à sortie d’Egypte ? Et cette qualité se transmettrait donc, depuis cette date, de façon génétique ? Et Moïse, a t-il existé ? Mais comment reconnaître ce peuple ?

Des douze tribus de l’Antiquité, dix se sont mélangées aux assyriens ; et avant même l’ère chrétienne, des juifs s’hellénisaient de leur propre initiative. Plus tard une grande partie fut christianisée ou islamisée, le plus souvent de force. Ces juifs-là ne feraient plus partie du peuple  « élu » ? Les juifs religieux se contentent de dire, qu’est juif, tout enfant né d’une mère juive. Mais alors, mon fils qui est né d’une mère non-juive, n’est plus juif ? Pourtant, il porte un nom juif, le mien. Qu’en pense les antisémites ?

Et les autres alors ? Tous les non juifs de la planète ? Ils ne seront jamais « élu » de Dieu ? C’est tout de même injuste de Sa part ! Dans un esprit de justice, les juifs devraient renoncer à cette exclusivité divine, et donner la possibilité à tous le monde d’être « élu » de Dieu, comme l’ont déjà fait les deux autres monothéismes. Les juifs pourraient faciliter la conversion au judaïsme, réduit à quelques prières, afin que tous les « gentils » qui le souhaitent, puissent accéder à cette promesse divine. Le fait de vouloir rester l’unique peuple « élu », fermé sur lui-même, alimente aussi l’antisémitisme.

Le « peuple juif » existe parce qu’il a été inventé par Moïse, puis pourchassé, pendant des millénaires par des antisémites hallucinés. Les juifs sont victimes d’une pathologie mentale mondiale, les personnes atteintes d’antisémitisme font des projections fantasmatiques contre une race qui n’existe pas : les juifs. Quelle que soit la situation, ils les accusent d’un complot mondial satanique. Plus la situation économique se dégrade dans un pays, et plus la fièvre monte. Cette hallucination collective antisémite engendre un cercle vicieux historique, dans lequel la peur engendre indéfiniment la haine. Un éternel recommencement de l’histoire, puisqu’à chaque situation semblable, on réagit de façon semblable : et la peur des juifs engendre toujours la haine des juifs. Il s’agit de résoudre toutes ces histoires de mythologies bibliques qui alimentent les délires antisémites qui ont conduit à l’holocauste.

Sur notre planète, il n’y a pas un « problème juif », il y a un problème pour les juifs. Si Dieu existe, il nous a considérablement compliqué l’existence. Espérons que le messie arrive vite, pour nous démerder tout ça.

 Marc Charbit

 

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