LE VOILE : UN PROBLEME SANS SOLUTION

Quand les fondamentalistes nous réclament par la justice, de respecter la loi républicaine sur la liberté de se vêtir, ils ont raison sur la forme mais pas sur le fond. Ils instrumentalisent notre justice.

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Nous comprenons bien leur double langage concernant le voile. Alors, devons nous respecter la loi, bien que nous sachions qu’ils sont de mauvaise foi ? Car sans quoi, ils réclameraient ce même droit dans les pays arabo-musulmans, bien avant de le faire en Europe. D’ailleurs, nous devrions peut-être l’exiger d’eux, comme preuve de leur bonne foi ! 

A mon avis, il faut respecter ce droit à la liberté de se vêtir.

Légiférer sur le port des vêtements deviendrait une usine à gaz pour distinguer ce qui relève d’une mode laïque ou d’une mode religieuse. Les starlettes américaines des années 50 portaient toute le voile avec des lunettes de soleil. De plus, chaque vêtement désigné comme religieux par la loi, pourra facilement être modifié par ceux qui le porte. Ces lois seraient des restrictions de liberté inutiles.

Mais il y a aussi un autre problème. Depuis la libération de la femme en occident, les comportements sociaux ont beaucoup évolués. Et nous n’acceptons plus que les femmes soient soumises par la force.
Le problème avec le voile islamique est qu’il symbolise la soumission de la femme à la loi des hommes et des religieux. Cela constitue pour nous européens, un retour en arrière vers la civilisation d’avant, celle dont nous ne voulons plus, ni revoir ni revivre.
C’est un véritable choc entre des cultures irréconciliables.

Alors pouvons-nous légiférer sur cela ?
Je ne le crois pas non plus, ce serait encore une usine à gaz. Car à quoi reconnaît-on qu’une femme est libérée ? Une femme peut porter un voile par tradition, mais être active par son métier ou dans sa vie familiale, et se sentir libre.

Mais voilà encore un autre problème : que fait-on des femmes qui souhaitent être soumises à un homme et à une religion ? Devons-nous les forcer à se libérer ? La liberté ne se donne pas, elle se prend. Les femmes musulmanes doivent se libérer par elles-mêmes, comme l’ont fait les femmes européennes, par des mouvements sociaux et à travers des associations.
L’état pourrait aider financièrement ce type d’association de femmes musulmanes qui remettent en cause des règles religieuses quand elles ne sont pas conformes avec ce nouvel humanisme européen que sont les droits de l’homme.

 Mais nous devons également relativiser le problème, la plupart des femmes musulmanes européennes ne portent pas le voile, elles se sont adaptées aux mœurs européennes et ne souhaitent plus retourner aux rituels religieux anciens. Celles qui portent encore le voile se font remarquer, à mon avis, elles ne dépassent pas 20% des musulmanes en Europe. Le port du voile est de toute façon en accord avec la laïcité, il n’est pas en directement en contradiction avec la liberté des femmes, même si au fond, il est un symbole se soumission.

Par contre nous assistons à un coup de force des fondamentalistes, soutenu par des états orientaux, qui font de la propagande, à travers les médias, les écoles, ou les mosquées, pour forcer les femmes musulmanes européennes à revenir dans la tradition religieuse. Le port du voile est le curseur visible de leur avancée.

C’est bien sûr à elles de résister, car personne ne peut le faire à leur place. Elles doivent se proclamer des mœurs européennes, de celles qui acceptent et pratiquent une religion, tant qu’elle n’empiète pas sur le respect et l’égalité entre les hommes et les femmes.
Les religions chrétienne et juive, sont parvenues à s’adapter à ces nouveaux comportements. Elles n’ont pas modifié leur religion, mais simplement, elles ne l’appliquent plus à la lettre. Dans les pratiques, elles n’en gardent que la dimension spirituelle et humaniste. Les croyants adaptent leur religion afin qu’elle soit compatible avec les droits de l’homme et de la femme.

Les femmes européennes sont déterminées, elles souhaitent conserver cette liberté car, grâce à leurs combats, elles sont parvenues à orienter la société vers des pratiques et des mœurs plus équilibrés. La libération des femmes européennes est un combat qui est loin d’être terminé, ni gagné. En France, état laïc depuis 1905, ce n'est qu'en 1965 que les femmes mariées ont obtenu le droit d'exercer une profession et d'ouvrir un compte bancaire personnel sans l'autorisation de leur conjoint. L’application des lois est lente et difficile car elle touche à des comportements profonds.
Cette liberté et cette égalité doivent se vivre réellement dans les foyers musulmans européens. Ce ne doit pas être une simple apparence consistant à porter le voile ou pas, mais cela se constate, lorsque dans les foyers, il y a un partage des tâches ménagères et familiales, et surtout, lorsque les femmes ont le droit de choisir leur formation, leur travail et leur mari.
Les Européens, dans leur ensemble, ne souhaitent plus revenir à une société de modèle tribal, patriarcal et religieux.

Est-il possible pour les musulmans de respecter les lois d’égalité homme/femme sans enfreindre leur religion ? Je ne suis pas un spécialiste, mais les Kurdes en Syrie ont récemment proclamé l’égalité de l’homme et de la femme : si tous les musulmans étaient sur la même ligne, le port du foulard ne poserait plus aucun problème, tout comme la kippa juive ou le turban sikh n'en posent aucun.
Une religion qui ne pourrait pas s’adapter à ces nouveaux comportements ancrés dans les lois, n’aurait pas sa place en Europe.

Mais il nous faut aussi gagner la bataille de la propagande, que nous subissons actuellement, par une action politique contre les états d’Orient qui la fomentent. Justement, le Kurdes sont en pointe dans ce combat contre l’obscurantisme arabo-musulman. Ils ont une pratique plus humaniste de leur religion, même si tout cela est assez récent, ils ont proclamé l’égalité entre les hommes et les femmes, c’est le plus important. De ce fait, c’est les Kurdes que l’Europe devrait soutenir, dans sa lutte contre la propagande religieuse orientale. Les femmes musulmanes européennes pourraient se réclamer d’une pratique « à la Kurde » de la religion, qui respecte l’égalité homme/femme. Les Kurdes sont l’exemple qui rend la chose possible pour tout musulman.

 Que nous reste t-il comme réaction possible ? En premier, nous avons le devoir de dénoncer ces doubles langages, montrer que nous ne sommes pas dupes. Déconstruire la propagande. Ensuite aider la communauté musulmane à éviter ces pièges, en soutenant les associations de libération.

Mais d’autre part, nous ne pouvons pas obliger une population qui vit selon certains rites religieux, à changer subitement pour adopter nos modes de vie ; surtout quand il s’agit du comportement patriarcale, profondément enraciné dans des traditions millénaires. Cette adaptation ne peut se faire qu'en 2 ou 3 générations.

Ainsi, ce choc de civilisations n’a pas de solution juridique, et cela se complique avec l’arrivée massive de migrants, chassés d’Orient par les guerres pétrolières et religieuses... Alors nous préférons instinctivement nous séparer de ces populations aux mœurs trop patriarcales et religieuses, laissant ainsi apparaître une forme de xénophobie… Justement ce que les fondamentalistes souhaitent, aggravant la situation par des attentats en Europe, afin de récupérer les musulmans européens à leur cause orientale… Cercle vicieux.

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