Entrepreneurs des quartiers, en avant !

L'entrepreneuriat part toujours d'un désir, d'une urgence à faire, à réaliser. Les entrepreneurs sont des observateurs du quotidien, curieux de qui pourrait apporter du mieux être ou de nouvelles solutions. Mais l'entrepreneuriat offre aussi pour les personnes discriminées un contournement possible de ce qui bloque : leur genre, leur couleur, leur origine sociale, leur religion, leur handicap...

L'entrepreneuriat part toujours d'un désir, d'une urgence à faire, à réaliser. Les entrepreneurs sont des observateurs du quotidien, curieux de ce qui pourrait apporter du mieux être ou de nouvelles solutions. Mais l'entrepreneuriat offre aussi pour les personnes discriminées un contournement possible de ce qui bloque : leur genre, leur couleur, leur origine sociale, leur religion, leur handicap... Un double moteur en quelque sorte.

Les Etats-Unis l'ont bien compris, en prévoyant dans leur Small Business Act (une loi datant de 1953 pour le développement des PME et TPE) un volet pour soutenir l'entrepreneuriat des personnes discriminées. Aux Etats-Unis donc, précise un rapport du Sénat français, « le soutien aux PME est devenu un outil au service de l'Affirmative Action, politique de discrimination positive en faveur des personnes dont on considère qu'elles sont désavantagées par le mode de fonctionnement de la société américaine : les noirs américains, les autres minorités ethniques, -hispanique, asiatique ou indienne-, ainsi que les femmes. De nombreuses aides leur sont destinées, qu'il s'agisse de programmes spéciaux de formation, de prêts ou de garanties de prêts, ou d'un accès privilégié aux marchés publics. Une direction des femmes entrepreneurs, Office of Women's Business Ownership, une direction des minorités, Office of Minority entreprise development, et une direction pour les indiens d'Amérique, Office of native American affairs, ont d'ailleurs été mises en place à la SBA, qui sont chargées de la gestion des actions du Gouvernement pour ce type d'entreprise. » (1)

Car, oui, c'est ainsi : l'humain n'aime pas être victimisé et lorsqu'on cherche à le bloquer, il invente, crée, innove et apporte par-là même un possible moteur de renouvellement à toute la société. Un moteur que la France aurait bien tort d'ignorer d'avantage... Selon une étude réalisée par le Think tank Terra Nova et BPIFRANCE LE LAB, laboratoire d’idées de la banque publique d’investissement, 10 % des entreprises installées en ZUS (zones urbaines sensibles) comptent entre 10 et 250 salariés, contre 2% des entreprises à l’échelle nationale.

Les entrepreneurs des quartiers pointent -tel un miroir déformant- tout ce qui bloque de manière plus étendue l'entrepreneuriat en France : des banques qui ne s'inscrivent pas en partenaire (et plus encore lorsqu'il n'y a pas ou moins de patrimoine familial), une culture administrative de la punition où la suspicion et la préjugée culpabilité remplacent le droit à l'erreur (plus encore pour des petites structures qui n'ont pas l'infrastructure nécessaire), la nécessité de l'accompagnement (que l'association Les Déterminés propose aux entrepreneurs des quartiers). Enfin la non inscription de l'échec possible dans le parcours de celui ou celle qui tente, ose et peut donc logiquement échouer, faute d'expérience, de formation ou de confiance parmi ceux qui auraient pu soutenir leur projet.

Ils et elles participent à changer le visage de leur quartier mais pas seulement... Héritiers d'un ADN multiculturel, ils portent avec leurs projets un fort potentiel de mondialisation positive, loin des seules spéculations financières. Car si certains s'ancrent complètement dans leur territoire, et c'est aussi une chance, d'autres créent des passerelles entre les outre-mer et l'hexagone, entre les pays et continents d'origine et la France, une sorte de co-développement affectif, économique et culturel qui consacre leur identité plurielle et celle de la France d'aujourd'hui. Loin des peurs de voir le monde changer qui hantent il est vrai bien des esprits.

Marc Cheb Sun

Entrepreneurs des quartiers, en avant ! Le RDV#1 du magazine vidéo D'ailleurs et d'ici est en ligne : http://dailleursetdici.news/videos

Un 26 minutes multiculturel et multisociétal !

 

1. https://www.senat.fr/rap/r96-374/r96-3741.html

 

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