Le spectacle continu. Il est varié : des batailles de pouvoir, un remaniement ministériel, une université d’été. Il est cependant ennuyeux et consternant, les acteurs n’étant, le plus souvent, pas à la hauteur de la tâche qui leur incombe. Le Président et son premier ministre viennent de confirmer leur choix d'une politique de l'offre au dépend de celle de la demande. Trois membres du gouvernement, prônant une inflexion de cette politique, ont brusquement été évincés de la scène, le tout avec une dramaturgie peu subtile. Après une courte pause, un gouvernement légèrement remanié a fait son apparition, face à un public hésitant entre ennui et incrédulité.
Les commentateurs avertis ont d’emblée situé ces trois acteurs à la gauche du parti "socialiste" ; analyse pertinente s’il en est, au vu de la politique menée par ce parti qui risque de placer à sa gauche la plupart de l'échiquier politique français.
Sur le fond, la question sous-jacente au spectacle, celle des politiques d'offre ou de demande, mérite d'être posée, mais elle a été traitée de manière peu convaincante. La politique de l'offre consiste à fournir aux entreprises des incitations financières, par exemple des allègements fiscaux, pour qu'elles produisent plus et donc qu'elles recrutent davantage. Comme le montre la situation tant nationale qu'internationale, cette politique ne fonctionne plus, et ce depuis de longues années. En France, elle n’a abouti qu’à l’abandon progressif du programme du Conseil national de la Résistance. L'incertitude actuelle incite le plus souvent les entreprises à utiliser les aides financières pour refaire leurs marges plutôt que pour relancer la production. Mais le gouvernement s'obstine à la mener. Il est dans une impasse, mais... maintient le cap! Nous voici rassurés.
La politique de la demande, se centre quant à elle, sur les ménages. L'objectif étant de les inciter à accroître leur consommation, en augmentant les salaires des fonctionnaires ou en réduisant les impôts qui touchent les classes moyennes et défavorisées. Cette politique, bien qu’elle permette de soulager temporairement les familles concernées, ne saurait porter ses fruits, et ce pour les mêmes raisons que la précédente. Au vu de l'inquiétude et de l'insécurité régnant actuellement au sein de la population, elle débouchera plutôt sur une réduction de l'endettement des ménages ou sur une augmentation de leur épargne, que sur une relance de leur consommation.
Ces outils classiques de relance économique sont actuellement inopérants car les problèmes sont nouveaux. Le secteur financier, avec une taille et une complexité démesurée, en est la cause. Ce secteur, au lieu de financer l'économie, trop souvent diffuse des produits financiers toxiques, génère un risque systémique et consume des ressources. Dans le cadre de l'économie casino qu'il a créée, avec la bénédiction des gouvernements actuels et précédents, ni la politique de l'offre, ni celle de la demande ne saurait véritablement fonctionner, c'est-à-dire réduire le chômage de masse et la précarité.
Les solutions passent d’abord par une réduction de la taille, de la complexité ainsi que du pouvoir du secteur financier. Ses lobbys dictent la politique économique et sociale des gouvernements. Les populations votent, mais une seule politique prévaut, celle des marchés financiers ! C’est particulièrement inquiétant pour la démocratie, ou pour ce qui en reste !
A l’heure actuelle, la triste vérité est que le Président normal, comme il s'est présenté en 2012, et ses gouvernements successifs n'ont plus grand chose à offrir de nouveau et d’utile et qu'une grande partie de la population leur demande d'en tirer les conclusions.