L'Enfer ? Non merci.

(Ce billet commun et co-signé a d'abord été publié par Vincent Présumey sur son Blog où après un peu plus de 24 heures, il compte déjà plus de 150 commentaires en cette matinée du 11 Juillet.)

Nous venons tous deux de connaitre une « punition » par la « modération » de Mediapart : une semaine de bannissement, pardon de « suspension de vos droits participatifs pendant une durée d’une semaine », à savoir que vous ne pouvez ni écrire quoi que ce soit ni intervenir en quoi que ce soit (sauf « alerter ») et que vous voyez en bas des forums apparaître le bandeau suivant : « Les commentaires sont réservés aux abonnés », alors que vous êtes pourtant toujours abonné et prélevé mensuellement pour cela (les demandes d’explication à la « modération » sur ce point n’ont eu aucune réponse).

Marc Daniel Lévy a été « puni » pour avoir réagi violemment au message suivant : « Effectivement l'islamophobie est le "nouvel antisémitisme". Et d'ailleurs Marc Daniel Levy est de ce point de vue un parfait antisémite. », et un peu plus loin dans le même message : « D'ailleurs si les propos antijuifs du général Delawarde choquent Levy, il trouve par contre tout à fait acceptable ses propos haineux vis-à-vis de l'islam. » Ces infamies sordides n’étaient que le couronnement d’une vague de calomnies orchestrées sur les forums de Mediapart : un participant de longue date de Mediapart, militant des droits humains, socialiste et révolutionnaire de toujours, militant antiraciste, et d’origine juive, était et est doublement diffamé comme « islamophobe » et comme « antisémite », et aussi taxé de soutien à tout ou partie des positions des généraux factieux qui se sont exprimés le 21 avril dernier dans Valeurs actuelles. Cette dernière calomnie, où le ridicule s’ajoute à l’odieux, a été mise en avant très exactement depuis la parution de la prise de position du blog Arguments pour la lutte sociale contre les dits « généraux », publiée par Marc D. Lévy sur son blog de Mediapart..

Non seulement la « modération » a interdit Marc Daniel Lévy d’expression pendant une semaine, à titre d’avertissement, mais elle a consciencieusement, délibérément, laissé en place au vu et su de tous, ces diffamations sur les forums de Mediapart. Sur ceux-ci, un militant antiraciste juif peut être dénoncé comme islamophobe, antisémite et sympathisant des généraux, de manière permanente et sans problème. Sa réaction indignée lui vaut bannissement et maintien public de la double, ou triple, diffamation. Ainsi agit la « modération » de Mediapart.

Vincent Présumey a été « puni » pour « harcèlement », le dit « harcèlement » consistant à avoir publié cinq ou six messages sous les billets de blog d’un individu qui le traite, lui et d’autres, de raciste et d’islamophobe, et appelle à leur « bannissement à vie ». Sous l’article de V. Présumey L’idéologie ambiante cet individu a déposé des centaines, nous disons bien des centaines de messages agressifs et/ou insultants, et des dizaines d’autres sous plusieurs autres de ses billets. V. Présumey subit sur les forums de Mediapart un harcèlement systématique de la part du même groupe. Mais V. Présumey et M.D. Lévy ont un gros défaut : ils répondent. Cela ne plait pas aux bonnes âmes. Et ils ironisent, chose indispensable dans ces cas-là. Les centaines et centaines de messages compulsifs, dont beaucoup appelant à le bannir à vie de Mediapart, ont fini par inspirer à V. Présumey un surnom approprié, évoquant à la fois la toute-puissance infantile et l’incontinence. La "modération" a donc estimé que le harcèlement résidait dans le fait de déformer le pseudo d'un autre abonné et de publier des messages supposés insultants sous quelques-uns de ses billets de blogs l’abonné en question est effectivement protégé par son anonymat, à la différence de Vincent Présumey, et si celui-ci est accusé de « harcèlement » pour cinq ou six messages au plus, les centaines, peut-être les milliers, de messages compulsifs maniaco-délirants faisant une fixation contre lui, de la part de la prétendue victime, ne semblent point poser problème.

En ce qui concerne Vincent Présumey les forums de Mediapart, après d’autres expériences politiques, sont l’un des endroits qui lui ont durci le cuir. Il avait en effet pu constater que même aux temps où ses billets de blog étaient fréquemment promus en Une dans la colonne du Club, notamment au sujet de l’Ukraine, les harceleurs, polices politiques ou idiots utiles de celles-ci, se déchainaient sous ceux-ci, allant jusqu’à des menaces physiques explicites. Une certaine impuissance de la modération était alors évidente, mais elle ne méritait pas de guillemets car on voyait qu’elle cherchait, sans y arriver, à préserver un minimum de résistance à la terreur. Déjà en ce temps-là, des bonnes âmes étaient choquées que l’on se défende, que l’on contre-attaque et que l’on manie l’ironie. Tout du moins la modération ne protégeait-elle pas ostensiblement harceleurs, calomniateurs et personnages menaçants …

Aujourd’hui il faut le dire : les forums de Mediapart sont l’un des pires enfers du net francophone. Facebook est une belle prairie immaculée à côté d’eux. Cette honte s’étale quotidiennement. Si les déchainements de violence sur ces forums ont pu autrefois interroger la modération, ils ne posent plus aucun problème aujourd’hui à la « modération » : elle les tolère avec complaisance, pour le moins. Les faits rapportés dans cet article le démontrent après beaucoup d’autres sur lesquels nous avions déjà alerté. Deux questions se posent donc : pourquoi ? et : jusqu’où ?

 

Pourquoi ? Les harceleurs qui traitent des militants ouvriers, démocratiques, antiracistes et laïques de racistes, d’islamophobes et du pire, ont pleinement bonne conscience en ces lieux. Ils ont l’onction et la bénédiction de l’idéologie ambiante rédactionnelle. Toute rédaction a parfaitement le droit d’avoir, si possible explicitement pour que ce soit clair, une orientation idéologique. Le problème commence quand ladite idéologie, comme analysé dans l’article maudit de Vincent Présumey sur L’idéologie ambiante, prévoit par avance que ses contradicteurs ne sauraient être mus par des arguments, mais par leur essence « blanche », « occidentale », « cisgenre », « laïcarde » (comme disaient les pétainistes), et autres termes essentialisants. L’idéologie dominante ne conçoit pas que l’on puisse la critiquer : elle essentialise par avance tout contradicteur et refuse donc le débat contradictoire argumenté.

Les forums de Mediapart offrent de ce phénomène une illustration spectaculaire et accablante. Et quand la modération, sans guillemets, partage cette idéologie et agit à son compte, elle devient une « modération » qui est entraînée ... jusqu'où ?

Ainsi sont promus des billets dépourvus de toute argumentation construite, consistant en la répétition de mots clefs et d’accusations standardisées. Tel fut, par exemple, l’attaque contre le rapport Stora porté par le billet promu, et vide, d’Olivier Le Cour Grandmaison : commençant par poser, sans démonstration, que le Stora du rapport n’avait rien à voir avec le Stora historien, il évitait du coup toute argumentation, car il était en effet difficile de démontrer que le rapport Stora n’était pas la prolongation du travail d’historien de Stora, tout entier articulé autour du combat pour la vérité historique intégrale comme antidote à toutes les blessures mémorielles et à toutes les exigences de censure, de fausses excuses ou de réduction au silence.

Nous avons évoqué cet exemple comme illustration typique d’une ligne éditoriale qui n’arrive plus à argumenter, alors que cela serait souhaitable et possible, parce qu’elle est installée dans le confort de ceux qui pensent incarner le Bien.

La discussion semble un effort trop lourd à assumer. Mieux vaut tenter de laisser dans l’enfer du club, livrées aux harceleurs, toute critique qui ouvrirait la voie à une véritable discussion.

Peut-être la rédaction – hé oui, nous parlons bien à présent de la rédaction et non plus de la prétendue « modération », car c’est bien d’elle qu’il s’agit – croit-elle avoir un alibi : l’ennemi serait là, qui dénonce l’ « islamo-gauchisme », le RN à nos portes, Macron autoritaire, etc., etc., et donc, la défense de « notre camp » justifie quelques entorses à la démocratie, n’est-ce pas …

On aura reconnu là le vieil argument du stalinisme. Et, justement, disons-le : ces accusations permanentes, se substituant, et ayant pour fonction de s’y substituer pour tenter de les interdire, à toute discussion argumentée, ces accusations d’islamophobie, de racisme, ces infamies jetées aujourd'hui quotidiennement par paquets entiers sur celles et ceux qui pensent autrement et ne doivent donc plus en avoir la liberté, ces accusations sont, intellectuellement, politiquement, et moralement, du même niveau que celles lancée en 1937 par les procureurs staliniens sous le nom d’ hitléro-trotskysme(l’un de nous avait en 2017 signé une tribune contre cette vieille infamie, avec Benjamin Stora et Michel Broué).

La différence, non négligeable, est que ceux qui les lancent n’ont pas de Guépéou à leur disposition (juste une « modération » !).

Macron s’en prend aux libertés publiques, les généraux factieux parlent de guerre civile, le RN est une puissance électorale malgré le coup qu’il a pris les 21 et 27 juin (coup que la ligne rédactionnelle s'attache d'ailleurs à minimiser), Blanquer et Vidal se servent du thème de l’ « islamo-gauchisme ». Faut-il vraiment nous faire l’insulte de prétendre que nous ignorerions tout cela ?

Mais c’est bien parce que tout cela est une réalité que la liberté de débat la plus totale et la recherche la plus acharnée du débat argumenté doivent prévaloir parmi tous ceux qui disent vouloir agir pour l’émancipation humaine !

Remarquons d’ailleurs que le degré de calomnie et de violence de l’auteur de la double calomnie contre M.D. Lévy a atteint son niveau maxima d’intensité précisément à partir du moment où les militants dont il veut interdire l’expression ont été les premiers à appeler à une contre-attaque claire contre les "généraux"  …

On se permettra d’ailleurs de rappeler que le grand chef des calomniateurs, des flics et de la gangrène dans le combat pour l’émancipation prolétarienne et humaine, qui fusillaient trotskystes, poumistes, anarchistes et socialistes de gauche en Espagne en 1937 soi-disant parce qu’il fallait serrer les rangs contre la menace fasciste, deux ans plus tard signait un pacte avec Hitler. Et dès 37 des éléments d’antisémitisme et de chauvinisme racial apparaissait dans l’URSS des procès de Moscou. Que cela plaise ou non, le débat sur le tropisme racialiste et antisémite au cœur, et pas sur les marges, de l’idéologie ambiante pour laquelle nous sommes coupables de penser autrement, doit aussi être mené. De ce point de vue nous nous permettons de nous interroger : que se passe-t-il au juste dans les têtes d’une « modération » qui fait le choix de laisser calomnier un juif comme islamophobe, antisémite et complice des généraux ?

Concluons. C’est assurément la nature, et donc l’avenir proche, de Mediapart, qui sont ici en jeu. Si Mediapart devient, ce qui est déjà en partie le cas vu ce qui se passe dans le Club, une officine de chasse aux sorcières, le Mediapart démocratique et le Mediapart du journalisme d’investigation sont menacés. Le club ne peut pas devenir un enfer sans que tout Mediapart ne trahisse son projet fondateur. Nous-mêmes nous nous posons la question : pouvons-nous moralement, continuer à alimenter de billets un lieu où une telle dérive a commencé ?

Précisons-bien que cette dérive ne consiste pas pour nous dans l’idéologie adoptée par la rédaction, qui en a le droit. Elle consiste dans son incapacité, pour l'heure, à dissocier son idéologie de la chasse aux sorcières, de la censure, de la calomnie contre ceux qui pensent autrement. Et les choses en sont là, aujourd’hui.

Cela doit s’arrêter. Immédiatement. La rédaction peut-elle encore comprendre que là est son intérêt si elle s’inscrit dans ce qu’a été Mediapart ? et que tel est son intérêt si son attachement à telle ou telle idéologie est encore fondé dans une aspiration démocratique ? Ce n’est pas une affaire d’années, ni de mois, qu’on se le dise (le maintien, ou non, du présent billet, est d'ailleurs bien sûr un premier test).

 Marc Daniel Lévy, Vincent Présumey, le 08/07/21.

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