# Faut-il "nationaliser" les vaccins contre le Covid-19 ?
Les laboratoires qui ont mis au point les vaccins contre le Covid-19 sont-ils capables de produire seuls les milliards de doses nécessaires pour protéger la planète ? Pour l’instant, la réponse est négative, si l’on en juge par les fortes tensions entre l’Union européenne et l’anglo-suédois AstraZeneca, qui succèdent à celles avec le duo germano-américain BioNTech-Pfizer, tous deux incapables de livrer en temps et en heure les vaccins précommandés.
Au-delà de cette querelle sur l’interprétation des contrats signés, la vraie question est ailleurs : faut-il laisser le monopole de production à un quarteron d’entreprises ou ne faudrait-il pas que les Etats fassent main basse sur les brevets pour permettre à la planète de produire les vaccins en nombre suffisant ? Dans une guerre, puisque c’est la rhétorique employée en particulier par Emmanuel Macron, on mobilise l’ensemble de l’appareil industriel sans se soucier des questions de propriétés intellectuelles. En clair, pourquoi ne pas «nationaliser», contre compensation, les vaccins en les déclarant «bien commun de l’humanité», comme l’a proposé une pétition publiée en octobre par The Lancet et notamment cosignée par une vingtaine de Prix Nobel ? La proposition est d’autant plus pertinente qu’ils ont pu être développés aussi rapidement seulement parce que les laboratoires ont bénéficié de la mobilisation des Etats, et donc de l’argent public (10 milliards de dollars pour l’opération Warp Speed aux Etats-Unis ou encore 2,7 milliards d’euros versés par l’UE).
Une proposition moins novatrice qu’il n’y paraît, puisqu’il «existe dans toutes les législations nationales un système de licence obligatoire et de licence d’office. La première prévoit que, contre rémunération, le propriétaire du brevet ne peut s’opposer à la production d’un médicament, alors que la seconde peut jouer en cas d’urgence sanitaire et ne donne lieu à aucune compensation», souligne Pierre Breesé, conseiller en propriété industrielle. Et les règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) reconnaissent la légitimité de ces licences qui suspendent temporairement le monopole d’exploitation associé à un brevet. Elles sont utilisées, par exemple, en Thaïlande, en Inde ou en Afrique du Sud pour le traitement contre le VIH.
«Mais l’aspect juridique est un épiphénomène : en ces temps de pandémie mondiale, aucun laboratoire ne poursuivra un Etat ou une entreprise qui produirait son vaccin sans autorisation», poursuit Pierre Breesé. # ( ...................)