On entend ici et là des propos alarmistes sur la chute du PIB, en France, en Europe, dans le monde. Et alors, est-ce si grave ? Déjà, le personnel soignant ne doit pas être trop d’accord avec cette « baisse d’activité » annoncée. La baisse d’activité n’est pas pour tout le monde. Nous devrions considérer d’autres indices, comme l’indice de développement humain, qui prend plus en compte les soins médicaux. Ce serait une bonne façon de reconnaitre le travail du personnel soignant et des accompagnants.
Ensuite, pourquoi ne pas accepter que la production fasse une pause ? Si nous voulons lutter contre les changements climatiques, nous savons que nous devrions produire moins certains produits. Nous devons réfléchir ou imposer un nouvel indice de développement. Il y a longtemps que le PIB ne fait plus l’unanimité.
Le risque essentiel de la baisse d’activité est de laisser des personnes sans ressources. D’où l’inquiétude liée à l’augmentation du chômage ou à la mise en chômage partiel d’un nombre important de personnes. Faisons donc un calcul rapide.
Nous sommes actuellement, en France, 30 millions de personnes en activité ou en recherche d’activité (données INSEE, T4 2019). En raison de la pandémie, 53% de ces personnes sont en télétravail ou en activité complète. Nous avons donc 14,1 millions de personnes à aider. Le confinement total a duré deux mois. Pour estimer les besoins de ces 14,1 millions de personnes pendant ces deux mois, nous pouvons prendre le salaire moyen mensuel net qui est de 2 238 euros, soit 75 euros par jour. Cela représente une somme de 63 milliards d’euros.
Énorme, n’est-ce pas ?
Mais la fortune estimée des 39 familles les plus riches de France, toutes milliardaires, est de 439,4 milliards d’euros. 14,5% de cette fortune représente 63 milliards d’euros.
Ainsi, en prenant, par une taxe, un impôt exceptionnel, seulement 14,5% de la fortune de 39 familles françaises, on pourrait compenser, pour les personnes en perte d’activité, la baisse des revenus en lien avec la pandémie. Et encore, mes calculs sont larges. Les 14,1 millions de personnes n’ont pas toutes tout perdu ; certaines peuvent être moins financées.
Certains diront que 14,5% d’impôt supplémentaire représente une grosse somme. À voir.
Comme je l’ai écrit plus haut, le salaire moyen net permet de disposer de 75 euros par jour. Imaginez maintenant une famille à qui vous donnez 10 000 euros par jour depuis 1789. 10 000 euros, c’est tout de même 367 fois plus que 75 euros. Et bien, cette famille qui reçoit 10 000 euros par jour depuis 231 ans n’est pas milliardaire. Elle possède seulement 800 millions d’euros. Cela signifie que les 39 familles les plus riches de France ont plus de 10 000 euros par jour à leur disposition, pour 230 années. Les descendants peuvent voir venir les crises…
Si on prend 14,5% à ces familles, elles ont plus que 8 500 euros par jour à leur disposition. Cela reste très confortable, et nous sommes au-dessous de la réalité.
On dira aussi que ces familles méritent cet argent, qu’elles ont travaillé et qu’il n’y a pas de raison qu’elles paient pour les autres. Mais est-ce normal que 39 familles possèdent tant ? Et si elles se sont enrichies, c’est aussi grâce aux personnes qui ont participé à la production de leurs produits, qui ont acheté, qui ont dépensé. Ford avait compris et a mieux payé ses employés pour qu’ils puissent acheter ses voitures. Si ces familles se sont tant enrichies, c’est parce que les autres existent.
Enfin, il ne s’agit pas d’appauvrir ces familles mais de faire en sorte qu’elles s’enrichissent moins vite. Le magazine Challenges indique qu’en 2019 les 500 plus grandes fortunes ont progressé de 6 %, en 2018 de 17% et en 2017 de 25%. En moyenne, par an, ces fortunes progressent plus que les 14,5 % que l’on pourrait récolter d’après mes calculs.
Les deux dernières années, la famille de Bernard Arnault a doublé sa fortune, qui est maintenant à 90 milliards d’euros. À elle toute seule, elle pourrait donner les 63 milliards d’euros nécessaires pour combler la baisse des revenues liée à la pandémie. Il lui resterait 27 milliards d’euros, soit l’équivalent de la troisième fortune de France.
Il faut donc arrêter avec cette idée de catastrophe liée à une baisse du PIB. De l’argent existe, il doit être redistribué. Il est important de changer notre l’évaluation de notre développement. La pandémie peut être l’occasion.