Trop de masques tuent le masque

Et si en rendant obligatoire le masque dans tout Paris et dans plusieurs villes, on ne favoriserait pas plutôt la propagation du virus par le classique "Effet rebond" ?

Lorsqu'en mai j'ai vu apparaître les premiers masques en extérieur, c'était surtout devant le Bon Marché, grand magasin du 7e arrondissement de Paris, pendant la pause des employé.e.s. La plupart de ces personnes fumait et portait donc leur masque sous le menton. Et je me suis alors demandé si une deuxième vague ne pouvait pas venir d'une mauvaise utilisation du masque. 

Ensuite, j'ai repris le travail, autre que le télétravail, en me rendant sur mon lieu de travail, justement. Mon employeur m'a donné une dizaine de masques lavables très peu adaptés : symétrie totale haut-bas, devant-derrière, ce qui rend impossible de savoir dans quel sens on a mis ce satané masque ; masque qui glisse continuellement, donc pose de mes mains en permanence pour repositionner ; mauvaise odeur, rendant le port vraiment désagréable.

Après une journée, j'ai décidé de porter un masque fait maison, en me disant que j'avais vécu la journée où j'avais connu le plus de risques de me contaminer. J'ai donc porté mon masque maison dans les endroits clos, dans les transports en commun, chez le coiffeur, mais je profitais du dehors pour respirer, m'aérer et oublier un peu cette épidémie. Je voyais tout de même avec inquiétude la disparition des gestes barrières des porteurs de masque : distance non respectée, lavages moins fréquents des mains, nombreux gestes de réajustement vers le visage. Et lorsque deux masqués se parlent, ils ont les visages à 20 cm l'un de l'autre pour se comprendre.

Quand les lois sont apparues pour le port du masque en extérieur, l'inquiétude a augmenté. Toutes les interdictions ou les contraintes en extérieur entraînent une augmentation des activités en intérieur. Lorsque les plages sont interdites dans la nuit dans le sud-ouest, le nombre d'appels pour tapage nocturne augmente. Si on généralise le port du masque à l'extérieur, le nombre de rencontres et d'invités dans les soirées à l'intérieur vont augmenter. Or, on sait que c'est à l'intérieur que les contaminations ont lieu. Donc, il faut arrêter de punir, de contraindre, d'imposer des règles non comprises, non rationnelles, juste pour donner l'impression de contrôler la situation. Le port du masque sans explication, sans discernement donne des fausses impressions de sécurité, favorise des comportements à risque et est contre-productif. C'est ce que l'on appelle "l'effet-rebond". 

Image du British medical journal indiquant les risques de contaminations selon les conditions et le port du masque. Sans masque, en extérieur aéré, le risque de contamination est faible. © Two metres or one: what is the evidence for physical distancing in covid-19? BMJ 2020; 370. © Nicholas R Jones, clinical researcher; Zeshan U Qureshi, Image du British medical journal indiquant les risques de contaminations selon les conditions et le port du masque. Sans masque, en extérieur aéré, le risque de contamination est faible. © Two metres or one: what is the evidence for physical distancing in covid-19? BMJ 2020; 370. © Nicholas R Jones, clinical researcher; Zeshan U Qureshi,

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