Le libéralisme économique repose, entre autres choses, sur cette idée fondamentale selon laquelle les échanges sont, en soi, une forme d'enrichissement.
D'un point de vue général, c'est d'ailleurs un propos assez séduisant et fort répandu : il faut s'ouvrir aux autres, et échanger avec eux, pour s'enrichir à leur contact.
Mais il faut toujours se méfier des évidences, surtout lorsqu'elles emploient des mots ambigus pour s'exprimer. Et ce qui est vrai des relations humaines et de la richesse d'esprit ne l'est pas nécessairement des relations commerciales et des richesses monétaires.
Ecoutons l'histoire déjà ancienne des deux diamantaires d'Anvers.
Un diamantaire trouve dans son tiroir un diamant qu'il avait oublié. Il téléphone à un autre diamantaire de ses amis : "j'ai chez moi un diamant de 10 carats magnifique, est-ce que tu le veux?" "Oh oui, répond l'autre, je te le prends tout de suite à tel prix!" Et l'affaire se conclut. Cependant, peu après, le premier réfléchit : "pour qu'il me l'ait si vite acheté, ce devait être une très bonne affaire." Alors il lui téléphone à nouveau et lui déclare : "je vais te racheter mon diamant 10% de plus que je te l'ai vendu!". Et l'autre, évidemment, le lui revend. Mais celui-ci, à son tour, se dit : "pour qu'il soit revenu chez moi pour me racheter son diamant, c'est que ce devait être une affaire exceptionnelle!" Et ils se revendant ainsi le diamant, avec 10% de plus à chaque fois, pendant des semaines et des semaines! Jusqu'au jour où l'un des deux annonces à l'autre : "c'est tout, je le garde, je ne le vends plus!" Alors son ami de s'écrier : "Mais tu es fou! On gagnait bien notre petite vie tous les deux!"
Qu'il serait donc plaisant que le libéralisme fût vrai! Mais parce qu'il a tort et que l'échange ne produit pas, en lui-même, de richesses, mais ne fait que les déplacer, il ne suffit hélas pas de faire comme ces astucieux personnages pour que tout le monde s'enrichisse.