Qu'y a-t-il de commun entre un diner au Fouquet's, des vacances sur un yacht, une augmentation de salaire pharamineuse, l'amour du clinquant et la nomination du président de France Télévision? Non non, ce n'est pas ce que vous pensez. Le point commun, c'est la lumineuse lutte de la vertu contre l'hypocrisie.
Finis les temps anciens et obscurantistes où les bourgeois se cachaient, honteux, pour dépenser leur argent, terminée l'époque archaïque où il fallait remplir ses poches en prenant sur des fonds secrets, dépassée l'ère sauvage où, en coulisse, il fallait jouer d'influences et de menaces pour décider qui dirigerait la télé publique!
La modernité, enfin, nous éclate à la figure : l'hypocrisie ambiante agonise et, bientôt, l'heure de la vérité brillera sur nous. Cessons donc d'être complexés : puisque nous ne cachons plus rien, qu'aurions-nous donc à nous reprocher?
C'est ainsi que notre président se montre, tel qu'en lui même enfin l'écran télé le change, sans complexes, sans reproches, d'aucuns diraient, sans gène.
Hélas, notre vertueux président, qui, sans cesse, ainsi, nous rappelle à la sincérité, semble ne pas s'être aperçu qu'il y a pire que l'hypocrisie.
La Rochefoucault l'écrivit fort élégamment : "l'hypocrisie est l'hommage que le vice rend à la vertu". Il semble, malheureusement, que nous en soyons arrivé à ce point de décomplexion que la vertu n'ait même plus droit à cet hommage.
Il y a pire que l'hypocrisie, écrivons-nous, et c'est le vice qui se revendique comme vertu.
L'amour de l'argent et du pouvoir est devenu la vertu, et la droite n'est plus la droite des valeurs morales, mais celle des valeurs marchandes.
Il y a du Bourgeois Gentilhomme dans notre président. Il fait de la prose sans le savoir et du cynisme sans s'en douter. Autrefois ce comportement qui associait pouvoir, argent, influence et impudence signait la qualité d'une personne dont la richesse a réussi à le placer plus haut que sa naissance, mais qui n'a pas encore reçu toute l'éducation qui convient à cette position. "Noblesse oblige", disait-on en ces temps surannés. "La réussite autorise", dit-on aujourd'hui.
Loin de moi l'idée de regretter le temps d'une noblesse de sang (qui n'a de noblesse que le nom). Mais il m'arrive, dans certaines nuits d'angoisse, de douter, mécréant que je suis, que l'espérance de la modernité soit celle du règne des parvenus.