Seigneur, pardonnez-leur, car ils ne savent pas... faire leur métier.

Le Pape Benoit XVI est-il un fou nazi assoiffé de sang qui se réjouiraient de ce que des hommes violent des petites filles et leur transmettent le Sida? Ou bien est-il un ahuri simplet qui ne comprend rien au monde?

 

A lire les journaux, de la manière dont ils ont bien souvent traité les "affaires" successives de Williamson, de la folie des évêques Brésiliens et des propos du Pape sur le Sida, nous sommes mis devant cette alternative. Et dans ces conditions, en effet, qui ne se révolterait pas et ne réclamerait pas la démission de ce monstre?

 

Il y a malgré tout une troisième possibilité : c'est que les journalistes ne sachent plus faire leur métier objectivement, et préfère faire des "unes" sensationnelles plutôt que de respecter la vérité d'un discours.

 

La puce m'a été mise à l'oreille lorsque, ahuri moi-même face à cette alternative (tout de même très grave), j'ai décidé benoitement d'aller me rendre compte en lisant les propos complets du Monsieur. Hélas, c'est qu'il est difficile d'avoir un journal qui les retranscrive sans les couper!

 

Un florilège (si l'on peut dire...):

 

"On ne peut pas régler le drame du Sida avec la distribution de préservatifs, qui au contraire augmentent le problème" a estimé mardi le Pape.

Le Point : (http://www.lepoint.fr/actualites-societe/sida-les-propos-de-benoit-xvi-suscitent-l-indignation-en-france/920/0/326734)

 

Il y a estimé que l'on ne pouvait "pas régler le problème du sida", pandémie aux effets dévastateurs en Afrique, "avec la distribution de préservatifs". "Au contraire, (leur) utilisation aggrave le problème".

L’express : (http://www.lexpress.fr/actualite/societe/religion/le-pape-conteste-l-efficacite-du-preservatif_747417.html)

 

Le Pape a déclaré ce mardi que le problème du sida ne "peut pas être réglé" par "la distribution de préservatifs". "Au contraire, leur utilisation aggrave le problème". Selon lui la solution passe par "un réveil spirituel et humain".

Libération : (http://www.liberation.fr/monde/0101555967-benoit-xvi-l-utilisation-du-preservatif-aggrave-le-probleme-du-sida)

 

On voit qu'il est difficile d'avoir l'ensemble de son intervention. Qu'a-t-il donc dit?

 

"Je dirais qu'on ne peut vaincre ce problème du sida uniquement avec des slogans publicitaires.

Si on le fait sans âme, si les africains ne s'aident pas eux-mêmes, on ne peut résoudre ce fléau avec la distribution de préservatifs ;"

 

Pour la suite, il y a deux versions : l'une orale, l'autre écrite (qui est la position officielle du Vatican) :

(cf. http://www.la-croix.com/article/index.jsp?docId=2368376&rubId=4078 )

 

Dans le "vif" de l'entrevue : " au contraire, ils augmentent le problème"

Dans la version écrite et approuvée : "au contraire, cela risque d'augmenter le problème".

 

Mais la différence ne m'intéresse pas, et pour éviter toute ambigüité, je retiendrai la version la plus polémique.

 

De toute façon, dans les deux cas, j'ose affirmer que les journalistes n'ont pas réellement rendu compte des propos de Benoit XVI.

 

Si je dis à mes élèves : "Si vous ne travaillez pas, vous n'aurez pas le Bac", est-ce la même chose que si je disais simplement "Vous n'aurez pas le Bac!"? Evidemment non.

Et mes élèves en concluent même : "si je veux avoir mon bac, il faut que je travaille." C'est ce qu'on appelle une bête logique conditionnelle.

 

Lorsque le Pape dit "Si on le fait sans âme, [...] on ne peut résoudre ce fléau avec la distribution des préservatifs; au contraire, ils augmentent le problème", est-ce la même chose que s'il avait dit simplement, sans la conditionnelle : "On ne peut pas résoudre ce fléau avec la distribution des préservatifs; au contraire, ils augmentent le problème!"? Evidemment non.

Et des lecteurs objectifs auraient même pu en déduire que "si on veut résoudre le problème en distribuant des préservatifs, il faut le faire avec âme".

Est-ce une condamnation du préservatif, ca?

Eh bien, vous avez un Pape qui dit cela.

Et vous voulez sa démission.

 

Censeurs volontaires, ou ahuris incapables de reconnaitre une conditionnelle? Les journalistes pourront se juger eux-mêmes... s'ils y parviennent.

Mais pour cela, il faut être capable de juger après examen, et non de suivre la meute des préjugés.

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