Les minarets menaçants ou le racisme à la petite semaine

Les Suisses ont, semble-t-il, voté "à une écrasante majorité" contre la construction de nouveaux minarets dans leur pays.

 

Les gens s'émeuvent : nous voilà revenus aux heures les plus sombres de notre histoire! Discrimination, islamophobie, racisme, xénophobie. On ne sait plus quoi dire. Parfois, devant l'hénaurmité des faits, il faudrait pouvoir inventer de nouveaux mots.

 

Cela fait bien des fois que l'on nous annonce le retour du racisme à un niveau réellement nationale. Avec un "vote xénophobe" du peuple suisse tout entier, j'avais espéré être enfin devant un fait inconterstable, sûr et rassurant : je pourrais enfin m'élever contre le monstre depuis mon petit chez moi et me réver en résistant dans le maquis. Hélàs, en fait de xénophobie, que vois-je? Une discrimination maigrichonne comme tout que ça m'en ferait pitié si je m'oubliais.

 

Qu'ont décidé les Suisses? Qu'il ne fallait plus dresser de minarets.

Qu'est-ce un minaret? Une sorte de grande tour, parfois fort belle, en haut de laquelle le muezzin appelle à la prière.

 

Ah! Voilà, me disais-je, la raison : ils ne veulent pas entendre le muezzin. C'est donc bien une sorte d'atteinte islamophobe!

 

Mais qu'est-ce que j'apprends? L'appel à la prière était déjà interdite depuis longtemps.

 

Alors bon, résumons :

Les suisses interdisent l'appel à la prière (qui est la raison d'être des minarets) : ils sont de bons gars tolérants et tout.

MAIS si en plus les Suisses interdisent la construction des minarets (qui ne sont tout de même qu'un peu d'architecture) : ils sont islamophobes.

 

Moi, je trouve que la vraie islamophobie méritait mieux. Là, je suis frustré : je me vois mal dire à quelqu'un qui est contre l'appel à la prière mais pour les minarets qu'il est tolérant, et à celui qui est contre le minaret qu'il est intolérant - alors que j'ai l'impression qu'il est plus logique que le premier.

Bref, je ne sais plus contre quoi résister dans cette histoire.

Sauf à dire qu'il s'agit de minaretophobie. Et, c'est pas beau, ça, la minaretophobie (forcément, puisqu'il y a "phobie" dedans).

Ah si : résister à un fou rire, peut-être, devant les contradictions de mes contemporains.

 

Personnellement, pour être un peu plus sérieux, je suis surtout étonné que si peu de personnes aient voté contre les minarets - et qu'on ait pu penser qu'ils allaient perdre (vive les sondages!). Il faut avoir bien peu de sensibilité populaire pour penser autrement.

Dire, pour autant, que ce vote est "islamophobe", c'est une idiotie : d'abord parce que, jusqu'à preuve du contraire, l'existence d'un minaret sur une mosquée n'est pas un pilier de l'islam. C'est culturel (et parfois fort beau), voilà tout. Et on se demande qui fait le plus d'amalgame dans cette affaire... Ceux qui voient des xénophobes partout, ou ceux qui s'essaient à la nuance.

Ensuite parce que c'est non pas une attaque contre une culture, mais une défense d'une autre, la culture hélvétique.

 

A ce propos, il faut savoir ce que l'on veut : veut-on défendre les cultures ou pas? Si on ne veut pas, il ne faut pas s'émouvoir si on refuse les minarets. Si on le veut, il faut alors se souvenir d'une chose, relativement simple (mais je suis un peu simpliste dans mon genre): préserver la diversité des cultures, ce n'est pas opérer le mélange des cultures.

On ne préserve pas la diversité des couleurs en les mélangeant. Le métissage culturel est la négation de la diversité : cela prend pretexte de la diversité pour conduire finalement à une uniformisation de l'ensemble.

On peut aimer l'idée de trouver du Coca-cola en Amérique, en Inde, en Chine, en Europe et en Australie.

On peut aimer l'idée de trouver des minarets en Amérique, en Inde, en Chine, en Europe et en Australie.

Mais on ne peut pas affirmer en même temps que l'on préserve ainsi la diversité culturelle : la vérité est que l'on fait ainsi un gloubi-boulga culturel mondial où tout se mélange avec tout et où, finalement, les seules différences entre pays ne seront plus les différences culturelles, mais uniquement des différences climatiques et géographiques. Ce qui est une étrange manière de vouloir célébrer la richesse de l'esprit humain.

 

Notez bien que je parle ici de "culture" et de "pays" : je ne dis pas qu'il faut interdire à quelqu'un de vivre sa foi. Là, il y aurait islamophobie et xénophobie. Mais des minarets, franchement... même moi je suis certain que je ne serai pas autorisé à faire n'importe quelle construction dans un petit village suisse : il faut respecter "le style" du coin. Cela dit, pour les plus grandes mosquées, je ne suis pas personnellement contre les minarets. Et, notons-le bien, il y a déjà des minarets en Suisse et les méchants Suisses n'ont pas l'intention de les détruire.

 

Si l'on veut vraiment respecter les cultures, il serait temps de commencer par respecter la nôtre. A entendre certaines personnes, pour recevoir les autres dans leur différence, il faudrait nier sa propre différence. C'est une abérration, une sorte de xénophobie à l'envers. C'est de "l'autophobie". On réclame de soi-même de cesser d'être ce que l'on est pour pouvoir "aimer" les autres. Sans se rendre compte qu'ainsi, souvent, on apprend aux autres à cesser de nous aimer également... (Comment aimer ce qui n'est pas montré aimable?). Cependant, c'est stupide : cela revient encore à une uniformisation. On ne demande plus aux autres de devenir comme soi, on demande à soi "d'accueillir" l'autre, au point de s'y conformer.

 

D'ailleurs, je suis bien sur que certains de ceux-là même qui appellent à défendre à cette occasion la culture musulmane se diront en me lisant : "notre culture? Mais c'est quoi, notre culture? Qu'est-ce que c'est que ce langage discriminatoire?"- tant ils ont déjà intégré le fait que l'Europe, elle, ne doit plus avoir de culture propre.

 

Alors, bon, évidemment, les petits suisses, un peu bêtes, quand on leur demande s'ils sont d'accord pour conformer leur culture à la culture musulmane, ils disent non. On se demande bien pourquoi.

 

 

Ceci dit, puisque ce vote semble géner, je rappelle aux gens concernés qu'ils disposent encore d'une solution moderne : appeler les Suisses à revoter. Cela se fait dans les démocraties nouvelles lorsque les gouvernants ne sont pas contents du vote. (Cf. Lisbonne et le revote de J.F. Lamour).

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