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Billet de blog 3 avr. 2020

Lettre aux confinés

Confinés, jetés aux confins de la vie sociale, parce que chacun est potentiellement « l’ennemi »...

Marc PINTOU
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Chers confinés,

Ce confinement, nous dit-on, est l’occasion de faire tout ce pour quoi nous n’avons jamais assez de
temps : dormir, se reposer, s’occuper des enfants, des proches, de soi, cuisiner, lire, rêver,
s’ennuyer, … ; il serait opportun, une chance même, il devrait nous permettre de nous ressourcer,
propice à la tranquillité, voire à la méditation ; et nous ressortons immanquablement nos quelques
rudiments de philosophie pour convoquer Pascal et son « tout le malheur des hommes vient d’une
seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos dans une chambre ».

Le malheur, dans ce confinement, n’est-il pas d’y être forcés, d’être jetés aux confins de la vie
sociale, dans une individualité retranchée des autres, parce que chacun est potentiellement
« l’ennemi », porteur d’une maladie mortelle ?

Ce confinement n’a vraiment rien du « savoir demeurer en repos » du philosophe, ni de la
claustration choisie du religieux, du renoncement consenti au monde, pas seulement parce qu’il
n’est pas voulu, parce qu’il serait imposé du dehors par la situation, mais bien parce qu’il est
nécessaire à la préservation de nos vies : c’est la peur de la mort qui nous gouverne à présent.

Ce confinement, ce retrait de nos vies est une urgence de conservation, une stérilisation pour ne
pas mourir ; cette réclusion chez nous, contre nous, est une sauvegarde, une survie, pour tenter
de demeurer. L’interdiction qui nous est faite de « ne pas quitter la chambre » est une relégation
de la vie même, nous éloignant toujours un peu plus du monde, de la nature et des autres vivants.
C’est pourquoi, aussi « résilients » que nous soyons, en lui, nous ne ressentons aucune paix, aucune
sérénité. Il y a comme une angoisse latente, une oppression résiduelle qui, même sans être
contaminés, nous empêche de souffler.

Est-ce encore vivre que de ne pas pouvoir étreindre nos parents, nos enfants et petits-enfants ?
Est-ce vivre que de ne plus pouvoir donner la main, de ne plus pouvoir toucher la peau des
choses ? Est-ce vivre que de ne plus pouvoir respirer et embrasser le monde ?

Le plus tragique est que la plupart d’entre nous ne voient là qu’une parenthèse, un temps mort,
une pause temporaire dans le jeu social, et se disent : « après cette crise tout reviendra à la
normale »…

Souhaiter cela c’est se condamner à rester confinés dans les limbes de l’égoïsme, irresponsables
malades d’un virus plus inhumain encore que le « corona » : malades de nous-mêmes, malades
d’avoir accepté, jour après jour, cette « normalité » d’une société ennemie de la Vie.
Au fond de ce confinement, continuer de souhaiter que tout redevienne comme avant c’est, dans
le déni le plus total de ce qui est déjà là, pour notre malheur, tuer tout espoir d’avenir…

Voilà bien où nous a menés la folle liberté d’un monde absolument dérégulé, d’un monde où « Le
plus bel ordre est semblable à un tas d’ordures rassemblées au hasard. », Héraclite d’Ephèse.
Un monde où la liberté mal comprise, celle d’entreprendre à tout va, de faire ce que l’on veut,
d’agir comme si nous étions « maîtres et possesseurs de la nature », nous a fait devenir
étrangers à nous-mêmes, et n’être plus que des exilés de la Vie.

Tout le malheur d’être confinés vient d’une seule chose, qui est de n’avoir pas su devenir des
Hommes.

Marc

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